En résumé : les collyres du glaucome sont efficaces mais pas anodins. Les effets secondaires sont principalement locaux (rougeur, picotements, allongement des cils, irritation chronique) ; certains peuvent être systémiques (bronchospasme, bradycardie pour les bêta-bloquants, sécheresse buccale pour les alpha-agonistes). Connaître ces effets permet d’en parler à l’ophtalmologue et d’ajuster le traitement.

Pourquoi se préoccuper des effets secondaires ?

Le traitement du glaucome est un traitement à vie. Sur dix, vingt, trente ans, les effets indésirables, même légers, peuvent devenir inconfortables et conduire à des arrêts de traitement dommageables pour le nerf optique.

La tolérance est un pilier de l’observance. La SFO et l’ANSM invitent à signaler tout symptôme inhabituel, car des alternatives existent presque toujours. Luc, 43 ans, arrêtait régulièrement son collyre à cause d’une rougeur invalidante. Un changement vers une forme sans conservateur a résolu le problème.

Les effets secondaires locaux communs

Certains effets sont partagés par l’ensemble des collyres, souvent liés au conservateur :
Rougeur conjonctivale passagère ou chronique.
Picotements, brûlures à l’instillation.
Sécheresse oculaire ou aggravation d’une sécheresse préexistante.
Blépharite (inflammation du bord des paupières).
Vision floue passagère dans les premières minutes.

Le chlorure de benzalkonium, conservateur le plus utilisé, est le principal responsable de l’irritation chronique. Passer à une version sans conservateur atténue souvent ces symptômes.

Les analogues de prostaglandines

Effets fréquents.
– Rougeur des yeux (la plus visible pour l’entourage).
– Allongement, épaississement et assombrissement des cils.
– Pigmentation cutanée péri-oculaire (cernes bruns).
– Assombrissement progressif et irréversible de l’iris, surtout chez les iris clairs ou mixtes.

Effets plus rares.
– Uvéite antérieure (surtout à l’introduction).
– Œdème maculaire cystoïde (à surveiller chez les patients opérés de cataracte).
– Réactivation d’un herpès oculaire.

À savoir. L’allongement des cils et l’assombrissement de l’iris sont sans gravité médicale mais peuvent être esthétiquement gênants. Mieux vaut le savoir avant d’entamer le traitement.

Les bêta-bloquants

Effets locaux.
– Picotements, sécheresse.
– Hypoesthésie cornéenne (diminution de la sensibilité).

Effets systémiques. Ils passent dans la circulation sanguine et peuvent avoir des conséquences à distance :
– Bradycardie (ralentissement du rythme cardiaque).
– Bronchospasme : contre-indication formelle en cas d’asthme ou de BPCO sévère.
– Hypotension artérielle.
– Fatigue, baisse de tolérance à l’effort.
– Troubles de l’humeur, dépression.
– Dysfonction érectile.

Précaution clé. Compresser l’angle interne de l’œil (canthus interne) 1 à 2 minutes après instillation réduit fortement le passage systémique. Fermer les yeux sans serrer aide également.

Georges, 70 ans, sportif retraité, a vu ses performances en vélo baisser après l’introduction d’un bêta-bloquant topique. Un passage à une prostaglandine seule a résolu le problème.

Les alpha-2-agonistes (brimonidine)

Effets locaux.
– Rougeur oculaire.
– Allergie retardée fréquente (dermatite périoculaire) apparaissant après plusieurs mois, imposant l’arrêt du traitement.

Effets systémiques.
– Sécheresse buccale.
– Somnolence, fatigue.
– Hypotension artérielle.
– Attention : à éviter chez le nourrisson (risque d’apnée).

Les inhibiteurs de l’anhydrase carbonique topiques

Effets locaux.
– Picotements.
– Goût amer après instillation (caractéristique).
– Blépharite, sécheresse.

Effets systémiques (rares avec les formes topiques).
– Fourmillements, troubles digestifs.
– Attention en cas d’allergie aux sulfamides.

Les miotiques (pilocarpine)

Effets locaux.
– Myosis (pupille très serrée), vision sombre dans les environnements peu éclairés.
– Céphalées, douleur au-dessus de l’arcade.
– Accommodation forcée, vision floue de près chez le sujet jeune.

Effets plus rares.
– Décollement de rétine chez le myope fort.
– Bronchospasme, bradycardie à forte dose.

Les conservateurs : responsables d’une partie des effets

Le chlorure de benzalkonium, présent dans de nombreux collyres, est bactéricide mais agressif pour la cornée. À long terme, il entretient une inflammation chronique, une sécheresse, une intolérance.

Les versions sans conservateur (unidoses, flacons spéciaux) sont disponibles pour quasiment toutes les molécules, au même prix de remboursement. Elles sont particulièrement conseillées :
– En polythérapie (2 ou 3 collyres par jour).
– En cas de sécheresse oculaire préexistante.
– Chez les porteurs de lentilles.
– Chez les patients ayant eu une chirurgie cornéenne.

Quand consulter pour un effet secondaire ?

Certains signes imposent une consultation sans tarder :
Baisse de vision brutale.
Douleur oculaire vive.
Œil rouge très irrité persistant.
Palpitations, essoufflement, vertiges après mise de gouttes.
Éruption cutanée périoculaire marquée.

Dans ces situations, ne pas arrêter seul le traitement sans avis : la PIO remonte vite.

Que faire en cas de mauvaise tolérance ?

Plusieurs leviers :
– Passer à une version sans conservateur.
– Changer de molécule dans la même famille.
– Changer de famille.
– Opter pour une association fixe (moins de gouttes, moins de conservateurs cumulés).
– Proposer un laser SLT pour réduire ou supprimer le traitement médical.
– Envisager une chirurgie si les alternatives ne conviennent pas.

Fadila, 56 ans, a combiné changement vers un collyre sans conservateur et laser SLT : elle a pu descendre d’une bithérapie à une monothérapie avec une tolérance nettement meilleure.

Signaler un effet indésirable

Tout effet indésirable inhabituel ou grave peut être signalé :
– À l’ophtalmologue et au médecin traitant.
– Au pharmacien.
– Sur le portail de signalement des effets indésirables (signalement-sante.gouv.fr, piloté par l’ANSM).

Ce signalement alimente la pharmacovigilance et contribue à la sécurité sanitaire.

FAQ

Mes cils ont beaucoup poussé, est-ce normal ?
Oui, c’est un effet classique des prostaglandines. Sans danger, mais parfois gênant esthétiquement.

Mon œil s’est foncé, est-ce réversible ?
Non, l’assombrissement de l’iris est définitif. Surtout marqué sur les iris clairs ou noisette.

Le collyre peut-il provoquer des palpitations ?
Oui, les bêta-bloquants topiques peuvent avoir des effets cardiaques. En parler au médecin.

Dois-je arrêter mon collyre si je suis enceinte ?
Jamais sans avis médical. Une consultation dédiée est indispensable pour adapter le traitement.

Le collyre peut-il aggraver une sécheresse oculaire ?
Oui, surtout en présence de conservateur. Les formes sans conservateur sont à privilégier.

Ce qu’il faut retenir

  • Les collyres du glaucome ont des effets locaux fréquents et parfois systémiques.
  • Les prostaglandines modifient cils, iris et paupières sans gravité médicale.
  • Les bêta-bloquants peuvent avoir des effets cardiaques et respiratoires.
  • Le passage au sans conservateur soulage souvent l’irritation chronique.
  • Tout effet nouveau ou gênant doit être signalé à l’ophtalmologue.

Pour aller plus loin

  • Nos articles sur les familles de collyres, le laser SLT, la sécheresse oculaire.
  • Ressources officielles : Ameli.fr, ANSM, SFO, HAS.
  • Associations : Association France Glaucome, Association Valentin Haüy.

Pour aller plus loin :

Expert en problèmes de vue et fatigues des yeux.

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