En résumé : dans le glaucome, l’OCT permet de mesurer l’épaisseur des fibres nerveuses rétiniennes (RNFL) autour de la papille et du complexe ganglionnaire maculaire. Ces mesures objectivent la perte de fibres, souvent avant l’atteinte du champ visuel. L’OCT est recommandée au diagnostic puis tous les 6 à 12 mois, selon la rapidité d’évolution. Elle est remboursée à 70 % par l’Assurance Maladie dans le cadre du suivi d’un glaucome diagnostiqué.
Gaston, 78 ans, traité pour un glaucome chronique à angle ouvert, passe tous les six mois une OCT du nerf optique. Pour lui, comme pour beaucoup de patients, cet examen sert à vérifier que les fibres nerveuses ne s’amincissent pas trop vite. Cet article détaille ce que mesure l’OCT dans le glaucome et comment lire les données.
Glaucome : rappel d’une maladie silencieuse
Le glaucome est une neuropathie optique progressive, le plus souvent liée à une élévation de la pression intraoculaire (PIO). Il détruit peu à peu les axones du nerf optique et, si rien n’est fait, conduit à une perte irréversible du champ visuel.
Selon les données SFO, le glaucome touche environ 1 à 2 % des personnes de plus de 40 ans en France. La forme à angle ouvert est la plus fréquente. Son diagnostic repose sur trois piliers : la mesure de la pression intraoculaire, l’analyse du nerf optique et le champ visuel.
Pourquoi l’OCT est devenue incontournable
L’OCT apporte une mesure objective, reproductible et chiffrée de l’épaisseur des fibres nerveuses. Avant sa généralisation, l’évaluation reposait sur la photographie du fond d’œil et l’appréciation visuelle de la papille. Les progrès technologiques ont permis de détecter des pertes fibrillaires très fines, parfois avant toute altération du champ visuel.
La HAS et la SFO reconnaissent l’OCT comme un examen de suivi structurel du glaucome, en complément du champ visuel qui en mesure la répercussion fonctionnelle.
Ce que mesure l’OCT dans le glaucome
L’OCT du nerf optique analyse plusieurs paramètres :
- Épaisseur de la couche des fibres nerveuses rétiniennes (RNFL) autour de la papille, sur un cercle de 3,4 mm de diamètre.
- Épaisseur par quadrant : supérieur, inférieur, nasal, temporal.
- Aire et volume de l’excavation papillaire (rapport cup/disc).
- Complexe ganglionnaire maculaire (GCL+IPL) : mesure sur la macula, riche en cellules ganglionnaires.
- Analyse sectorielle avec comparaison à une base de données normative ajustée à l’âge.
Les logiciels affichent des codes couleurs : vert (dans la norme), jaune (limite), rouge (en dessous de la norme pour l’âge).
Interpréter un résultat OCT de glaucome
Quelques repères aident à comprendre un compte-rendu :
- RNFL moyen normal : environ 90 à 110 µm.
- Perte globale > 5 µm entre deux examens : progression suspecte.
- Atteinte préférentielle des quadrants supérieur et inférieur : schéma classique du glaucome.
- Amincissement du complexe ganglionnaire maculaire : signal précoce.
- Rapport cup/disc élevé : évocateur mais non spécifique.
L’interprétation demande une lecture longitudinale : c’est l’évolution dans le temps qui compte, plus qu’un chiffre isolé. La SFO recommande d’utiliser le même appareil pour comparer les examens successifs.
Rythme de suivi recommandé
Le rythme dépend du stade du glaucome, de la rapidité d’évolution et des facteurs de risque :
- Au diagnostic : OCT de référence, avec photographie de papille et champ visuel.
- Glaucome débutant équilibré : OCT tous les 12 mois.
- Glaucome modéré : tous les 6 à 12 mois.
- Glaucome évolutif ou mal équilibré : tous les 3 à 6 mois.
- Hypertonie oculaire sans glaucome : OCT de référence, puis annuelle.
La décision revient à l’ophtalmologue traitant, qui croise les données avec la pression intraoculaire, le champ visuel et la tolérance du traitement.
Déroulement pratique de l’examen
L’OCT se déroule en cabinet, en consultation courte :
- Installation devant l’appareil, menton posé sur la mentonnière.
- Fixation d’une cible lumineuse.
- Acquisition des coupes péripapillaires et maculaires.
- Analyse automatique par le logiciel.
- Interprétation par le médecin.
La dilatation pupillaire n’est pas systématique. L’examen dure quelques minutes par œil, sans douleur ni contact. La qualité des images dépend de la coopération, de la transparence des milieux oculaires et de l’absence de mouvements.
Tableau : paramètres OCT clés dans le glaucome
| Paramètre | Valeur normale indicative | Signal glaucome |
|---|---|---|
| RNFL moyen | 90-110 µm | < 80 µm suspect |
| RNFL quadrant supérieur | 120-140 µm | Amincissement localisé |
| RNFL quadrant inférieur | 120-140 µm | Amincissement localisé |
| Complexe GCL+IPL | 70-85 µm | < 70 µm |
| Rapport cup/disc vertical | 0,3-0,5 | > 0,6 évocateur |
| Asymétrie entre les deux yeux | < 10 % | > 20 % suspect |
Les limites de l’OCT
L’OCT n’est pas un examen magique. Plusieurs facteurs peuvent fausser les résultats :
- Myopie forte : l’allongement de l’œil modifie les structures et les comparaisons normatives.
- Cataracte ou opacité cornéenne : dégrade la qualité des images.
- Artefacts de segmentation : le logiciel peut mal délimiter les couches.
- Apprentissage de la base : les données normatives ne couvrent pas toutes les populations.
C’est pourquoi l’OCT ne remplace pas le champ visuel ni l’examen clinique. Elle s’intègre dans un suivi global.
OCT et champ visuel : lecture combinée
Dans le glaucome, la SFO recommande une lecture combinée de l’OCT (structure) et du champ visuel (fonction). Trois schémas se rencontrent en pratique :
- Concordance normale : OCT et CV rassurants. Situation stable, suivi annuel ou biannuel.
- Atteinte structurelle précoce : OCT pathologique, CV encore normal. Signal d’alerte, souvent chez les glaucomes débutants.
- Atteinte fonctionnelle marquée : CV altéré, OCT déjà à son plancher. Caractéristique des glaucomes avancés.
- Discordance : l’un pathologique, l’autre normal. Nécessité de confirmer et d’explorer d’autres causes.
Cette approche multifactorielle limite les faux positifs et affine la surveillance.
OCT et autres neuropathies optiques
L’OCT n’est pas spécifique du glaucome. Elle détecte aussi d’autres atteintes du nerf optique :
- Neuropathie optique ischémique (NOIA) : amincissement segmentaire souvent altitudinal.
- Neuropathie optique toxique (éthambutol, amiodarone, méthanol) : atteinte centrale, souvent bilatérale.
- Neuropathie optique compressive (tumeur, anévrisme) : nécessité d’IRM.
- Sclérose en plaques : séquelles de névrite optique, atteinte du complexe ganglionnaire maculaire.
- Drusen du nerf optique : aspect particulier à repérer.
Un compte-rendu OCT anormal sans pression élevée invite à explorer ces diagnostics différentiels.
Les progrès récents : analyse du complexe ganglionnaire maculaire
L’analyse du complexe ganglionnaire maculaire (GCL+IPL) est un progrès récent. Les cellules ganglionnaires sont fortement concentrées dans la macula ; leur perte y est souvent détectable avant celle des fibres péripapillaires. Des logiciels dédiés, validés par les constructeurs, permettent de cartographier l’amincissement et de détecter les formes précoces. Cette technique est particulièrement utile en cas de myopie forte, où la mesure RNFL péripapillaire est moins fiable.
Conseils pour optimiser son suivi OCT
Quelques conseils pratiques pour un suivi de qualité :
- Conserver les examens successifs (format papier ou numérique).
- Mentionner toute chirurgie oculaire récente (cataracte, laser) qui modifie les mesures.
- Signaler toute baisse visuelle récente entre deux examens.
- Vérifier la correction portée pendant l’examen (lunettes, lentilles).
- Prévoir un rythme régulier décidé avec l’ophtalmologue traitant.
Remboursement et prise en charge
L’OCT est remboursée à 70 % par l’Assurance Maladie pour le suivi d’un glaucome diagnostiqué, selon la cotation CCAM. En cas d’hypertonie oculaire isolée, la prise en charge varie et il faut se renseigner auprès de son caisse.
Pour plus de détails, Ameli.fr publie la grille CCAM et les modalités du parcours de soins coordonné.
FAQ
L’OCT suffit-elle à diagnostiquer un glaucome ?
Non. Le diagnostic associe OCT, pression intraoculaire, examen clinique de la papille et champ visuel.
Que faire si l’OCT montre une progression ?
L’ophtalmologue peut renforcer le traitement (collyres, laser, chirurgie) selon l’ampleur de la perte et les autres examens.
Peut-on faire l’OCT sans dilatation des pupilles ?
Oui, dans la majorité des cas. La dilatation est demandée en cas de mauvaise qualité d’image ou d’examen associé du fond d’œil.
Les résultats varient-ils d’un appareil à l’autre ?
Oui, les seuils diffèrent selon les constructeurs. Il est recommandé de suivre un patient sur la même machine pour comparer.
Une OCT anormale signifie-t-elle forcément un glaucome ?
Non. Elle oriente mais d’autres causes existent : myopie forte, neuropathie optique, drusen papillaires, anomalies congénitales. Seul le médecin conclut.
Ce qu’il faut retenir
- L’OCT mesure objectivement la perte de fibres nerveuses dans le glaucome.
- RNFL moyen normal : 90 à 110 µm.
- Suivi recommandé tous les 6 à 12 mois selon le stade.
- L’OCT complète, mais ne remplace pas, le champ visuel et la mesure de la pression.
- Remboursement à 70 % dans le cadre d’un glaucome diagnostiqué.
Pour aller plus loin
- OCT en ophtalmologie : principe et indications
- Bilan OCT en ophtalmologie : comprendre les images
- Champ visuel et glaucome : suivi au long cours
- Mesure de la pression intraoculaire : tonométrie expliquée
- Ameli.fr — Glaucome et prise en charge
- Société Française d’Ophtalmologie — Glaucome
- HAS — Recommandations glaucome
Pour aller plus loin :
