En résumé : pour réaliser un fond d’œil détaillé, l’ophtalmologue utilise des collyres mydriatiques qui dilatent la pupille. Les trois principaux sont le tropicamide (Mydriaticum), la phényléphrine (Néosynéphrine) et l’atropine. Ils agissent en 20 à 30 minutes, entraînent une vision floue de près et une photophobie pendant plusieurs heures. Les précautions concernent surtout les patients à angle iridocornéen étroit, les nourrissons et les femmes enceintes.
Priscille, 29 ans, enceinte de 6 mois, hésite à accepter les gouttes avant son fond d’œil. Denis, 52 ans, craint un « coup de pression » après la Néosynéphrine dont il a entendu parler. Connaître les produits utilisés aide à lever les inquiétudes courantes.
Pourquoi dilater la pupille
La pupille est l’orifice central de l’iris. À l’état de repos, elle mesure 2 à 4 mm de diamètre. Pour observer correctement la périphérie de la rétine, il faut l’élargir à 6 à 8 mm.
Sans dilatation, l’ophtalmologue ne voit qu’une partie de la rétine centrale. Une dilatation permet d’explorer :
- la macula en détail ;
- le nerf optique ;
- les vaisseaux rétiniens ;
- la périphérie rétinienne (déchirures, décollements).
Les trois collyres les plus utilisés
Tropicamide (Mydriaticum 0,5 % ou 1 %)
Le plus courant en routine. Parasympatholytique : bloque l’action du muscle sphincter de l’iris.
- Délai d’action : 20 à 30 minutes.
- Durée : 4 à 6 heures.
- Avantages : dilatation rapide, fiable, bien tolérée.
- Inconvénients : paralyse également l’accommodation (vision floue de près), sensation de brûlure à l’instillation.
Phényléphrine (Néosynéphrine 2,5 % ou 10 %)
Sympathomimétique : stimule le muscle dilatateur de l’iris.
- Délai : 20 à 40 minutes.
- Durée : 3 à 5 heures.
- Souvent associée au tropicamide pour une dilatation plus puissante.
- Précaution : effet vasopresseur possible (discrète élévation tensionnelle). Prudence en cas d’HTA sévère, de cardiopathie, d’arythmie, d’hyperthyroïdie.
Atropine (0,3 %, 0,5 %, 1 %)
Parasympatholytique puissant.
- Délai : 30 à 45 minutes.
- Durée : jusqu’à 7 à 10 jours pour la dilatation, parfois 15 jours pour l’accommodation.
- Utilisation : réfraction cycloplégique chez l’enfant, traitement d’uvéite, contrôle de myopie évolutive (atropine à faible concentration).
- Effets indésirables : sécheresse de bouche, tachycardie, rougeur cutanée, troubles digestifs chez le nourrisson.
Deux autres produits utiles
Cyclopentolate (Skiacol 0,5 %)
Parasympatholytique à action rapide et relativement brève.
- Délai : 15 à 30 minutes.
- Durée : 4 à 24 heures.
- Surtout utilisé pour la mesure de la réfraction chez l’enfant et pour dilater en préopératoire.
Collyres combinés
Des spécialités associent plusieurs molécules (ex : tropicamide + phényléphrine) pour optimiser la dilatation tout en limitant le volume d’instillation.
Déroulement de l’instillation
En pratique, l’infirmier, l’orthoptiste ou l’ophtalmo procède ainsi :
- Patient assis, tête légèrement inclinée en arrière.
- Tirer légèrement la paupière inférieure.
- Instiller 1 goutte dans le cul-de-sac conjonctival.
- Fermer l’œil 1 à 2 minutes, comprimer doucement l’angle interne pour limiter le passage systémique.
- Attendre 20 à 30 minutes pour observer la dilatation.
Parfois, une seconde instillation est nécessaire si la dilatation est insuffisante.
Le collyre pique brièvement (quelques secondes), larmoie un peu, parfois une sensation de goût amer descend dans la gorge (passage par le canal lacrymal).
Effets secondaires et précautions
Effets locaux
- Brûlure à l’instillation.
- Rougeur conjonctivale transitoire.
- Vision floue de près pendant plusieurs heures.
- Photophobie (gêne à la lumière).
Effets systémiques possibles
- Avec la phényléphrine 10 % : élévation de la pression artérielle, tachycardie. La version 2,5 % réduit ce risque.
- Avec l’atropine : sécheresse buccale, rougeur, tachycardie, rarement confusion chez le sujet âgé.
- Réactions allergiques locales rares.
Contre-indications et précautions
- Angle iridocornéen étroit : risque de crise de glaucome aigu par fermeture de l’angle. Un examen préalable est toujours réalisé.
- Hypertension sévère, cardiopathie instable, arythmie : phényléphrine à dose réduite ou évitée.
- Grossesse : tropicamide utilisable, phényléphrine évitée autant que possible.
- Allaitement : passage minime dans le lait, utilisation possible.
- Nourrisson : protocoles spécifiques, utilisation prudente de la phényléphrine.
Les informations d’emploi officielles sont disponibles sur ansm.sante.fr.
Cas particuliers et alternatives
Dilatation insuffisante
Chez les patients à iris foncé, diabétiques, ou après chirurgie intraoculaire, la dilatation peut être insuffisante. Des collyres combinés ou une nouvelle instillation sont envisagés.
Contre-indication à la dilatation
Quand la dilatation est risquée ou impossible, l’ophtalmo peut recourir à :
- rétinophotographie non mydriatique ;
- OCT sans dilatation ;
- ultra-wide field (imagerie rétinienne à grand champ) dans certains centres.
Ces techniques ne remplacent pas totalement le fond d’œil dilaté mais offrent une alternative utile pour le dépistage.
Après le fond d’œil dilaté
Conseils pratiques à la sortie :
- Ne pas conduire pendant 4 à 6 heures (8 à 24 heures avec cyclopentolate).
- Prévoir des lunettes de soleil.
- Éviter les tâches de précision (lecture, écran).
- Boire normalement, pas de précaution alimentaire particulière.
- Pour l’atropine, prévoir plusieurs jours de gêne, surtout chez l’enfant pour la cycloplégie.
Ayoub, 41 ans, a été dilaté au tropicamide à 14 h : à 17 h, il avait encore une vision floue de près mais pouvait marcher normalement. Vers 19 h, tout était revenu à la normale.
Remboursement
Les collyres utilisés au cabinet sont fournis par l’ophtalmo et inclus dans le forfait de l’examen. Lorsqu’une prescription est faite pour un usage à domicile (traitement, dilatation avant consultation à distance), les collyres remboursables le sont selon leur statut. Le détail est disponible sur Ameli.fr.
FAQ
Puis-je refuser les collyres ?
Oui, mais le fond d’œil sera moins complet. L’ophtalmo discutera des alternatives.
Les collyres passent-ils dans le sang ?
Un peu, surtout la phényléphrine. C’est pourquoi la concentration et le nombre de gouttes sont soigneusement choisis.
Peut-on utiliser ces collyres chez l’enfant ?
Oui, avec des protocoles spécifiques. Le Skiacol est fréquent chez l’enfant.
Et si je porte des lentilles ?
Les retirer avant l’instillation ; les remettre 15 à 20 minutes après.
Combien de temps dure vraiment la dilatation ?
4 à 6 heures avec tropicamide, jusqu’à une semaine avec atropine.
Ce qu’il faut retenir
- Tropicamide, phényléphrine, atropine : trois molécules principales.
- Action en 20 à 30 minutes, durée variable (4 h à plusieurs jours).
- Brûlure brève, vision floue de près, photophobie.
- Précautions : angle étroit, HTA sévère, nourrisson, grossesse.
- Alternatives sans dilatation : rétinophotographie, OCT, imagerie ultra-wide field.
Ressources officielles
- ANSM — bon usage des collyres mydriatiques
- Société Française d’Ophtalmologie — sfo.asso.fr
- Ameli.fr — informations patient
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