Chez l’enfant, la myopie peut progresser de –0,50 à –1 dioptrie par an. Ralentir cette progression est aujourd’hui un objectif de santé publique, car elle limite le risque de myopie forte à l’âge adulte et ses complications oculaires. Plusieurs stratégies validées existent : atropine à faible dose, orthokératologie, verres à défocalisation et lentilles spécifiques, combinées au temps passé en extérieur.

Pourquoi freiner la myopie de l’enfant

La myopie infantile est en progression dans le monde entier. L’INSERM et la Société Française d’Ophtalmologie (SFO) relaient des projections préoccupantes, avec une augmentation particulièrement marquée en Asie mais aussi en Europe.

L’enjeu n’est pas uniquement l’épaisseur des verres : plus la myopie est forte, plus l’œil est long, et plus le risque de complications à l’âge adulte augmente :

  • Décollement de rétine.
  • Glaucome.
  • Maculopathie myopique.
  • Cataracte précoce.

Réduire le niveau de myopie atteint à l’âge adulte, même de 1 ou 2 dioptries, change significativement le risque rétinien à 40, 50 ou 60 ans.

Les signes d’une myopie évolutive chez l’enfant

Quelques situations doivent alerter les parents :

  • Plissement des yeux pour voir de loin.
  • Rapprochement de l’écran ou du cahier.
  • Chutes plus fréquentes de la performance scolaire.
  • Maux de tête en fin de journée.
  • Paire de lunettes récente qui ne « tient » plus.

Un bilan annuel chez l’ophtalmologiste ou un bilan orthoptique dans les cadres prévus par l’Assurance Maladie permet de dépister et d’évaluer cette progression.

Les stratégies de freinage

L’atropine à faible concentration

L’atropine à 0,01 %, 0,025 % ou 0,05 % en collyre, instillée chaque soir, est aujourd’hui la stratégie pharmacologique la plus étudiée. Les essais cliniques rapportent un ralentissement de la progression de l’ordre de 30 à 60 % selon la concentration.

  • Peu d’effets secondaires à faible dose.
  • Léger éblouissement parfois, photophobie transitoire.
  • Prescription encadrée par l’ophtalmologiste.

Les préparations sont réalisées par certaines pharmacies hospitalières ou officines. L’utilisation est référencée dans les fiches HAS et SFO.

L’orthokératologie

L’orthokératologie consiste à porter la nuit des lentilles rigides qui aplatissent temporairement la cornée. Résultat : vision corrigée pendant la journée sans lentilles, et ralentissement documenté de la progression myopique d’environ 30 à 50 %.

Cette option nécessite une bonne hygiène, un bon contrôle et un suivi régulier chez un ophtalmologiste formé.

Les verres à défocalisation

Des verres spécifiques intègrent un système de zones optiques qui modifient la défocalisation périphérique de l’image. Les technologies DIMS (Defocus Incorporated Multiple Segments) et HAL (Highly Aspherical Lenslets) rapportent un ralentissement mesurable sur plusieurs années d’utilisation. Ce sont des verres de lunettes standards pour l’enfant, avec un coût supérieur aux verres classiques.

Les lentilles souples de défocalisation

Des lentilles souples quotidiennes ou mensuelles, dites « dual focus », existent également, avec des résultats comparables aux verres spécifiques.

Le temps passé en extérieur

Plusieurs études citées par l’INSERM montrent qu’au moins 2 heures par jour en extérieur ralentissent l’apparition et la progression de la myopie chez l’enfant. La lumière naturelle et la vision à distance semblent jouer un rôle protecteur.

Adapter l’hygiène visuelle

Quelques bonnes habitudes sont encouragées :

  • Respecter la distance de lecture (au moins 30-40 cm).
  • Alterner vision de près et vision de loin (règle 20-20-20).
  • Éclairer correctement les espaces de travail.
  • Limiter les écrans, en particulier avant 6 ans.
  • Dormir suffisamment.

Elles complètent — sans remplacer — les stratégies médicales.

Le rôle des parents

Les parents jouent un rôle clé :

  • Repérer les signes précoces.
  • Prendre rendez-vous pour un bilan.
  • Accompagner le traitement (observance du collyre, pose des lentilles de nuit).
  • Encourager les activités en extérieur.
  • Limiter les écrans, en particulier en continu.

Le suivi du poids visuel est aussi important que celui de la croissance physique.

Exemple concret

Léa, 9 ans, est passée de –1 à –3 D en deux ans. Sa myope mère a consulté un ophtalmologue pédiatre qui a proposé un verre de lunettes à défocalisation HAL, associé à une recommandation de 2 heures d’extérieur par jour. Après un an, sa progression est passée à –0,25 D seulement.

Prise en charge et coûts

L’Assurance Maladie ne rembourse pas spécifiquement ces dispositifs, mais :

  • Les lunettes avec verres à défocalisation sont remboursées selon la convention, avec un reste à charge plus ou moins important.
  • Les lentilles d’orthokératologie sont rarement prises en charge.
  • L’atropine faible dose nécessite une prescription, avec remboursement limité.

Les complémentaires santé peuvent proposer un forfait spécifique.

FAQ

À partir de quel âge peut-on freiner la myopie ?
L’atropine, l’ortho-K et les verres peuvent être envisagés dès l’apparition d’une progression, souvent entre 6 et 12 ans.

Ces méthodes « guérissent »-elles la myopie ?
Non, elles la ralentissent.

Faut-il combiner plusieurs stratégies ?
Parfois oui, selon la progression. À discuter avec l’ophtalmologiste.

Les écrans sont-ils vraiment responsables ?
Ils sont suspectés, mais le manque de temps extérieur semble plus déterminant.

Un enfant myope doit-il porter ses lunettes en permanence ?
Le plus souvent oui, c’est recommandé par l’ophtalmologiste.

Ce qu’il faut retenir

  • La myopie de l’enfant peut progresser de –0,50 à –1 D par an.
  • Plusieurs stratégies ralentissent la progression : atropine, ortho-K, verres à défocalisation.
  • Deux heures d’extérieur par jour sont protectrices.
  • L’objectif : limiter la myopie adulte et les risques rétiniens.
  • Suivi annuel indispensable.

Ressources officielles

Pour aller plus loin : La myopie peut-elle s’améliorer : ce que dit la science, Orthokératologie : principe, bénéfices et remboursement, Lentilles de nuit pour myopie : orthokératologie expliquée.


Pour aller plus loin :

Expert en problèmes de vue et fatigues des yeux.

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