En résumé : la conjonctivite touche la conjonctive, une membrane transparente sans nerfs, et provoque surtout rougeur, démangeaisons et écoulement. La kératite, elle, concerne la cornée, un tissu très innervé, et s’accompagne de douleur intense, photophobie et souvent baisse de vue. La kératite est une urgence ophtalmologique, pas la conjonctivite banale.

Deux inflammations, deux tissus différents

Pour bien distinguer les deux, il faut d’abord comprendre l’anatomie de la surface oculaire.

La conjonctive est une fine membrane transparente qui tapisse la face interne des paupières et se reflète sur le blanc de l’œil. Elle contient de petits vaisseaux qui rougissent en cas d’inflammation, mais peu de terminaisons nerveuses sensibles.

La cornée est le hublot transparent qui ferme l’avant de l’œil. Elle est dépourvue de vaisseaux (c’est pourquoi elle peut être transplantée), mais elle est extrêmement innervée. Une atteinte cornéenne fait donc très mal.

C’est pour cette raison que Rémi, 48 ans, qui décrit « la pire douleur oculaire de sa vie » après avoir mal nettoyé ses lentilles, doit être orienté sans attendre vers un service d’urgence : la kératite se suspecte sur la douleur, pas seulement la rougeur.

Quels symptômes orientent vers une conjonctivite ?

  • Rougeur diffuse sur tout le blanc de l’œil
  • Sécrétions : purulentes (bactérienne), muqueuses (virale), aqueuses et démangeaisons (allergique)
  • Paupières collées au réveil
  • Peu ou pas de douleur (plutôt des picotements)
  • Photophobie modérée ou absente
  • Vision peu ou pas altérée (parfois brouillée par les larmes)

Quels symptômes orientent vers une kératite ?

  • Douleur vive, parfois majeure (« comme un caillou dans l’œil »)
  • Photophobie intense — la lumière est intolérable
  • Vision floue ou trouble en baisse
  • Larmoiement abondant
  • Rougeur en couronne autour de la cornée (cercle périkératique)
  • Parfois tache blanche visible sur la cornée
  • Sensation de corps étranger plus forte que dans une conjonctivite

Ce tableau justifie une consultation ophtalmologique en urgence.

Les causes à connaître

Pour la conjonctivite

  • Virale (adénovirus surtout)
  • Bactérienne (Staphylococcus, Haemophilus, Streptococcus pneumoniae)
  • Allergique (pollens, acariens, cosmétiques)
  • Irritative (écrans, pollution, chlore)

Pour la kératite

  • Kératite herpétique — herpes simplex, récidivante, aggravée par les corticoïdes
  • Kératite bactérienne — notamment liée aux lentilles
  • Kératite amibienne — grave, souvent chez porteurs de lentilles (Acanthamoeba)
  • Kératite sèche — œil sec sévère
  • Kératite UV — photokératite (soudure, neige, UV)
  • Kératite après traumatisme ou projection
  • Kératite fongique

Les porteurs de lentilles sont la population la plus à risque de kératites infectieuses graves.

Un test simple : la règle de la douleur

Sans remplacer l’examen médical, un principe clinique est constamment rappelé par la Société française d’ophtalmologie :

« Œil rouge + douleur = consultation ophtalmologique sans délai »
« Œil rouge + baisse de vue = urgence ophtalmologique »

La douleur est rare dans une conjonctivite isolée. Si elle est intense, il faut suspecter une kératite, une uvéite ou un glaucome aigu.

Quels examens pour faire la différence ?

L’ophtalmologiste recourt à plusieurs outils simples :

  • Examen à la lampe à fente — grossissement important
  • Test à la fluorescéine — une goutte de colorant met en évidence toute érosion ou ulcère de la cornée
  • Acuité visuelle
  • Mesure de la pression intra-oculaire
  • Prélèvements pour culture si doute d’infection grave

Un simple test à la fluorescéine permet souvent de trancher en moins d’une minute.

Et les porteurs de lentilles ?

Cas particulièrement à risque. Toute rougeur douloureuse chez un porteur de lentilles doit être considérée comme une kératite potentielle jusqu’à preuve du contraire.

Conduite à tenir :

  • Retirer immédiatement les lentilles
  • Ne pas les remettre tant que l’avis ophtalmologique n’a pas été rendu
  • Consulter en urgence
  • Conserver les lentilles et l’étui (pour prélèvement éventuel)

L’abus de port (dormir avec, étendre la durée d’utilisation, mauvais nettoyage) est le principal facteur de risque.

Que faire en attendant la consultation ?

  • Pas de cortisone en automédication
  • Pas de gel anesthésique répété — aggrave les lésions
  • Lavage au sérum physiologique possible
  • Lunettes noires pour soulager la photophobie
  • Ne pas frotter l’œil
  • Éviter le maquillage et les lentilles

Prendre un rendez-vous ophtalmologique en urgence. En dehors des heures ouvrables, le 15 oriente vers le service le plus adapté.

Exemples concrets

Oksana, 35 ans, consulte pour un œil gauche rouge avec picotements et écoulement muqueux. Pas de douleur vive, pas de baisse de vue : conjonctivite virale, soins de surface.

Inès, 22 ans, porteuse de lentilles, consulte pour un œil rouge avec « œil qui pique comme jamais », photophobie et vision floue : elle est adressée aux urgences ophtalmologiques. Diagnostic : kératite bactérienne liée à un non-changement de ses lentilles mensuelles.

FAQ

Une conjonctivite peut-elle évoluer en kératite ?
Oui, c’est la kératoconjonctivite (adénovirus notamment). La kératite peut suivre la conjonctivite.

Peut-on avoir une kératite sans douleur ?
Rarement. Certaines formes virales ou neurogènes donnent des kératites peu douloureuses, mais c’est l’exception.

Comment soigner une kératite ?
Selon la cause : antibiotiques, antiviraux, cicatrisants. Toujours sur prescription ophtalmologique.

Les kératites laissent-elles des séquelles ?
Parfois (taie cornéenne, baisse de vue). D’où l’importance d’une prise en charge précoce.

Puis-je utiliser le collyre de ma conjonctivite précédente ?
Non. Les antibiotiques locaux ne conviennent pas à toutes les infections, et certains aggravent une kératite herpétique.

Signes d’alerte à retenir

  • Douleur vive
  • Photophobie marquée
  • Baisse de la vue
  • Sensation de corps étranger intense
  • Tache blanche visible sur la cornée
  • Porteur de lentilles : toujours suspecter une kératite

Pour aller plus loin

  • Société française d’ophtalmologie — œil rouge douloureux
  • HAS — kératites et ulcères cornéens
  • Ameli.fr — conduite à tenir œil rouge
  • Voir aussi : kératite, uvéite, lentilles et hygiène

Pour aller plus loin :

Expert en problèmes de vue et fatigues des yeux.

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