En résumé : la conduite impose une acuité visuelle d’au moins 5/10 aux deux yeux (ou sur le seul œil fonctionnel), un champ visuel horizontal de 120° et une vision binoculaire correcte pour les catégories dites « lourdes ». Un avis ophtalmologique est obligatoire pour les permis professionnels, les permis « lourds » (C, D, E), et lors de certaines visites médicales. Le code de la route sanctionne les manquements.
Le cadre réglementaire
L’aptitude visuelle à la conduite est définie par l’arrêté du 28 mars 2022 fixant la liste des affections médicales incompatibles avec l’obtention ou le maintien du permis de conduire. Ce texte distingue :
- Groupe léger (permis A, B, B1) : exigences de base, auto-évaluation essentiellement.
- Groupe lourd (C, C1, D, D1, CE, DE, taxis, VTC, ambulanciers, moniteurs d’auto-école) : contrôle médical obligatoire.
L’ophtalmologue intervient pour établir un certificat d’aptitude quand la réglementation l’exige, ou pour évaluer un candidat présentant une pathologie.
Les exigences visuelles pour le permis B (groupe léger)
Pour conduire une voiture légère, il faut :
- Acuité visuelle binoculaire corrigée d’au moins 5/10.
- Si un œil est à moins de 1/10, l’autre œil doit avoir au moins 6/10 (avec correction si nécessaire).
- Champ visuel horizontal binoculaire d’au moins 120°.
- Absence de diplopie (vision double) non compensée.
En pratique, l’auto-école ou le candidat déclarent l’aptitude sur l’honneur. Une consultation ophtalmologique n’est pas systématique, mais fortement conseillée avant l’inscription, surtout après 50 ans.
Les exigences pour le groupe lourd (C, D, etc.)
Les seuils sont plus stricts :
- Acuité visuelle avec correction : 8/10 pour le meilleur œil, 1/10 pour l’autre au minimum.
- Champ visuel horizontal de 160° au total.
- Vision binoculaire effective.
- Absence de diplopie.
Le candidat doit présenter un certificat médical d’aptitude délivré par un médecin agréé par la préfecture. L’examen ophtalmologique peut être exigé pour les cas complexes (antécédent de chirurgie, pathologie oculaire évolutive).
Quand une consultation ophtalmologique est-elle obligatoire ?
Une consultation spécialisée est requise dans plusieurs situations :
- Visites médicales périodiques des conducteurs professionnels (transport routier, taxi, VTC, ambulance, chauffeur poids lourds).
- Après un accident avec traumatisme ou perte de vision.
- En cas de pathologie évolutive : glaucome avancé, rétinopathie, DMLA, suite de décollement de rétine.
- Après une chirurgie oculaire récente (cataracte avec implants multifocaux, chirurgie réfractive).
- Renouvellement du permis après un contrôle médical recommandant un avis spécialisé.
Le médecin agréé de la préfecture peut demander un complément ophtalmologique avant d’émettre son avis.
Les pathologies qui impactent l’aptitude à la conduite
Glaucome avancé
Un glaucome évolué entraîne un rétrécissement du champ visuel périphérique, dangereux en conduite. Le suivi avec champ visuel annuel est indispensable, et l’ophtalmologue peut déconseiller la conduite.
DMLA
Atteinte du champ central, la DMLA peut rendre la lecture des panneaux difficile. La conduite reste parfois possible selon l’acuité, mais la vision de nuit devient critique.
Cataracte
L’éblouissement nocturne et les halos autour des phares sont des signes classiques. La chirurgie améliore généralement l’aptitude à la conduite. Un délai post-opératoire (souvent une à deux semaines) est conseillé avant de reprendre le volant.
Diplopie post-chirurgie du strabisme ou du nerf
Elle impose soit une correction (prisme), soit une occlusion d’un œil, avec impact variable selon les catégories de permis.
Hémianopsie
Amputation d’un hémichamp visuel (souvent après AVC) : le plus souvent incompatible avec la conduite.
Que faire en cas d’aptitude limitée ?
L’ophtalmologue peut recommander, selon les cas :
- Le port permanent de lunettes ou lentilles (mention « conduite avec correction » sur le permis).
- La conduite de jour uniquement.
- La limitation aux trajets connus ou à certaines zones.
- L’arrêt de la conduite.
Ces recommandations sont transmises au patient, qui reste responsable de les appliquer. En cas de doute, le médecin peut inciter à une visite auprès d’un médecin agréé de la préfecture.
Le rôle du médecin agréé et de la commission médicale
Le médecin agréé de la préfecture est un généraliste formé à l’évaluation de l’aptitude. Pour les cas complexes, la commission médicale primaire du département statue à partir des éléments fournis (certificats ophtalmologiques, neurologiques).
Brigitte, 68 ans, glaucome à un stade avancé, a vu son permis limité à la conduite de jour par la commission médicale, sur avis de son ophtalmologue. Chaque renouvellement demande un nouveau champ visuel.
Conséquences juridiques d’un manquement
Conduire avec une vision incompatible expose à :
- Une nullité d’assurance en cas d’accident, si la pathologie était connue et non déclarée.
- Des poursuites pour mise en danger en cas d’accident corporel.
- La suspension administrative du permis par la préfecture.
La déclaration de l’aptitude est un engagement personnel. Pour les professionnels, la non-déclaration d’une pathologie oculaire peut entraîner des sanctions complémentaires.
L’examen ophtalmologique pour certificat d’aptitude à la conduite
Lorsqu’il est demandé, le certificat ophtalmologique comprend :
- Mesure de l’acuité visuelle de chaque œil, avec et sans correction.
- Mesure du champ visuel (souvent par champ visuel automatisé type Humphrey ou Octopus).
- Test de vision binoculaire et recherche de diplopie.
- Test de vision des contrastes et de résistance à l’éblouissement, essentiels pour la conduite nocturne.
- Examen du fond d’œil en cas de pathologie oculaire ou de doute.
- Vérification de la correction portée et de son adaptation.
Le certificat est nominatif, daté, signé, avec éventuelles restrictions (port obligatoire de verres correcteurs, conduite de jour uniquement, interdiction de certaines catégories). Il est remis au médecin agréé de la préfecture ou à la commission médicale.
Renouveler son permis après 60, 70 ou 80 ans
En France, le permis B n’a pas de limite d’âge légale, sauf pour les usages professionnels (chauffeurs routiers, taxis). En revanche :
- Après 60 ans, il est recommandé de consulter un ophtalmologue tous les 1 à 2 ans.
- À partir de 70 ans, beaucoup de médecins encouragent une auto-évaluation honnête de la capacité à conduire.
- Certaines assurances majorent les primes sans exiger de contrôle, mais peuvent réviser leur position en cas de sinistre révélant une inaptitude visuelle non déclarée.
Brigitte, 68 ans, glaucome avancé, a fait évaluer son champ visuel avant de renouveler son contrat d’assurance. La commission médicale de la préfecture a limité son permis à la conduite de jour. Un compromis qui préserve son autonomie tout en renforçant la sécurité.
Cas particuliers : poids lourds, ambulances, VTC, taxis
Les conducteurs professionnels sont soumis à une visite médicale périodique obligatoire, tous les 5 ans avant 55 ans, puis plus fréquemment. Les critères incluent :
- Acuité visuelle sans ambiguïté.
- Champ visuel étendu.
- Vision binoculaire effective.
- Résistance à la fatigue visuelle.
- Absence de pathologie évolutive incapacitante.
En cas de pathologie (glaucome, diabète, cataracte opérée), l’avis ophtalmologique est intégré au dossier. Une inaptitude prononcée peut entraîner la perte de l’emploi, avec des recours possibles (reclassement, contestation médicale).
Les obligations déclaratives
Tout conducteur est tenu de déclarer spontanément une pathologie ou un traitement modifiant son aptitude. Les principales situations concernées en ophtalmologie :
- Chirurgie récente (cataracte, rétine).
- Apparition d’une pathologie chronique (DMLA, glaucome).
- Baisse visuelle soudaine.
- Diplopie.
- Crise de glaucome aigu.
La déclaration s’effectue auprès de la préfecture (service des titres), souvent via un médecin agréé. Elle peut déboucher sur un contrôle médical, avec maintien du permis, restrictions ou retrait selon les cas.
Les sanctions en cas de défaut d’aptitude
Le Code de la route prévoit plusieurs sanctions :
- Amende de 135 € pour conduite avec correction non portée (si mention « port obligatoire » sur le permis).
- Suspension administrative pouvant aller jusqu’au retrait du permis en cas d’inaptitude confirmée.
- Nullité d’assurance en cas d’accident si une pathologie connue n’a pas été déclarée.
- Mise en cause pénale pour homicide involontaire ou blessures involontaires en cas d’accident grave.
Ces conséquences soulignent l’importance du dialogue avec son ophtalmologue : ne jamais masquer une pathologie par peur de perdre son permis. Un accompagnement permet souvent de maintenir la conduite avec des adaptations.
FAQ
Dois-je passer chez l’ophtalmologue avant de passer mon permis B ?
Ce n’est pas obligatoire, mais fortement conseillé, surtout si vous n’avez jamais consulté ou si vous avez plus de 45 ans.
À quel rythme refaire un contrôle pour un permis professionnel ?
Tous les 5 ans jusqu’à 55 ans, tous les 2 ans entre 55 et 60 ans, puis tous les ans (délais variables selon l’activité et la catégorie).
La chirurgie de la cataracte impose-t-elle un arrêt de la conduite ?
Oui, temporairement. L’ophtalmologue indique la durée (souvent 1 à 2 semaines par œil opéré).
Peut-on conduire avec un œil fonctionnel unique ?
Oui, sous conditions : l’œil restant doit atteindre 5/10 et le champ visuel doit rester suffisant. Un délai d’adaptation est exigé.
Comment contester un refus d’aptitude ?
Un recours auprès de la commission médicale d’appel est possible. Le candidat peut présenter un avis ophtalmologique complémentaire.
Ce qu’il faut retenir
- Le permis B exige au minimum 5/10 de vision binoculaire corrigée et 120° de champ visuel horizontal.
- Les permis lourds imposent des seuils plus stricts et un contrôle médical régulier.
- L’ophtalmologue est consulté en cas de pathologie ou pour les permis professionnels.
- Certaines pathologies (glaucome, DMLA, hémianopsie) limitent ou interdisent la conduite.
- Conduire sans aptitude expose à la nullité d’assurance et à des sanctions pénales.
Pour aller plus loin
- Consultation ophtalmologique chez la personne âgée : spécificités
- Consultation ophtalmologique pour le dépistage des maladies chroniques
- Consultation ophtalmologique en entreprise : ce que dit la médecine du travail
Ressources officielles : Service-Public.fr – Permis et santé · Sécurité routière · SFO · Arrêté du 28 mars 2022
Pour aller plus loin :
- Trouver un ophtalmologue disponible en France : méthodes et délais
- Désert médical et ophtalmologie : solutions pour consulter
- Ophtalmologue ou ophtalmologiste : y a-t-il une différence ?
- Téléconsultation ophtalmologique : quand est-ce pertinent ?
- Obtenir un rendez-vous ophtalmologue rapide : pistes concrètes
