En résumé. Un œil rouge associé à une douleur vive n’est jamais une simple conjonctivite. Les diagnostics à évoquer en priorité sont la kératite, l’uvéite antérieure, la crise de glaucome aigu par fermeture de l’angle, la sclérite, une érosion cornéenne ou un corps étranger. La consultation est une urgence : la SFO recommande une prise en charge dans les heures qui suivent l’apparition de la douleur.
Pourquoi un œil rouge douloureux est-il différent ?
La rougeur d’une conjonctivite banale provoque une gêne, un picotement, une impression de grain de sable, mais rarement une douleur vraie. Lorsqu’un patient décrit une douleur profonde, pulsatile, aggravée par la lumière ou par les mouvements oculaires, les diagnostics changent. Les structures concernées sont la cornée, l’uvée, le nerf optique ou la sclère, riches en fibres sensitives.
Séverine, 54 ans, consulte aux urgences pour une douleur intense de l’œil droit, apparue brutalement en soirée, avec halos colorés autour des lumières et nausées. Le diagnostic retenu est une crise de glaucome aigu par fermeture de l’angle : elle bénéficie d’un traitement hypotonisant en urgence, suivi d’une iridotomie au laser. Ce tableau, bien que moins fréquent que la conjonctivite, illustre la gravité potentielle d’un œil rouge douloureux.
Les principaux diagnostics à évoquer
Kératite
Inflammation de la cornée (la « vitre » transparente à l’avant de l’œil). Causes principales : virus de l’herpès, bactéries, amibes (souvent chez les porteurs de lentilles), brûlure UV (soudeur, ski sans lunettes).
Signes : douleur intense, photophobie, larmoiement, blépharospasme (impossibilité d’ouvrir l’œil), baisse de vision. Le diagnostic repose sur l’examen à la lampe à fente avec coloration à la fluorescéine.
Uvéite antérieure
Inflammation de l’iris et du corps ciliaire. Souvent idiopathique ou liée à une maladie systémique (spondylarthrite, sarcoïdose, HLA-B27). Rougeur péricornéenne, douleur sourde, photophobie, myosis (pupille resserrée).
Crise de glaucome aigu par fermeture de l’angle
Augmentation brutale de la pression intra-oculaire. Douleur oculaire violente, halos, vision floue, céphalées, nausées et vomissements. Urgence absolue : un retard de prise en charge peut entraîner une atrophie du nerf optique irréversible.
Sclérite et épisclérite
Inflammation de la sclère (blanc de l’œil). L’épisclérite est bénigne, l’œil est rose et modérément douloureux. La sclérite, plus rare, est très douloureuse, souvent associée à une maladie auto-immune (polyarthrite rhumatoïde, granulomatose).
Érosion cornéenne et corps étranger
Douleur en coup de poignard, larmoiement, impossibilité d’ouvrir l’œil. Histoire typique : branche, ongle, poussière, lentille mal manipulée.
Quels examens en urgence ?
L’ophtalmologue réalise en consultation d’urgence :
- mesure de l’acuité visuelle,
- examen à la lampe à fente,
- coloration à la fluorescéine (recherche d’érosion, ulcère),
- mesure de la pression intra-oculaire,
- examen du fond d’œil si nécessaire.
Ces examens permettent de distinguer les diagnostics et d’orienter le traitement. Aucun de ces gestes n’est réalisable par un médecin généraliste sans équipement dédié : d’où l’importance d’une orientation rapide vers les urgences ophtalmologiques.
Traitements selon le diagnostic
Les traitements ne sont instaurés qu’après examen spécialisé. De façon schématique :
- Kératite herpétique : antiviral local (aciclovir) ± oral.
- Kératite bactérienne : antibiotique local à large spectre, parfois hospitalisation.
- Uvéite antérieure : corticoïdes locaux et mydriatiques sous contrôle ophtalmologique.
- Glaucome aigu : hypotonisants oraux et locaux, puis iridotomie au laser.
- Sclérite : AINS, corticoïdes, traitement de la maladie sous-jacente.
- Érosion cornéenne : pansement, antibiotique local préventif, cicatrisation en 24 à 72 heures.
Attention : les corticoïdes locaux, parfois pris sans ordonnance, peuvent aggraver une kératite herpétique ou un glaucome. L’ANSM rappelle que leur prescription relève de l’ophtalmologue.
Que faire en attendant la consultation ?
- Ne pas frotter l’œil.
- Retirer les lentilles de contact.
- Ne pas appliquer de collyre non prescrit.
- Pas de cache serré.
- Noter l’heure de début, les circonstances, les signes associés.
- Se rendre aux urgences ophtalmologiques les plus proches ou contacter le 15.
Œil rouge douloureux chez l’enfant et la personne âgée
Chez l’enfant, une douleur oculaire associée à une rougeur doit faire évoquer une kératite (notamment herpétique si vésicules péri-oculaires), une cellulite préseptale ou un corps étranger. La consultation en urgence est la règle.
Chez la personne âgée, la crise de glaucome aigu par fermeture de l’angle est plus fréquente, particulièrement chez les patients hypermétropes à chambre antérieure étroite. Des antécédents de halos colorés en soirée ou de douleurs oculaires transitoires doivent alerter.
Où consulter en urgence ?
Les urgences ophtalmologiques des CHU sont ouvertes 24h/24 dans les grandes métropoles. En cas de difficulté d’accès, le 15 (SAMU) oriente vers la structure adaptée, qui peut être une garde ophtalmologique de clinique privée conventionnée. Les cabinets de ville ne prennent généralement pas en charge ce type d’urgence en dehors des créneaux ouverts.
FAQ
Douleur oculaire sans rougeur : est-ce moins grave ?
Pas nécessairement. Une névralgie, une névrite optique ou une migraine ophtalmique peuvent se manifester par une douleur sans rougeur. La consultation reste recommandée si la douleur persiste.
Peut-on mettre du paracétamol en attendant ?
Oui, le paracétamol aux doses habituelles est compatible et permet d’atténuer la douleur sans masquer le diagnostic.
Combien de temps avant de consulter ?
Idéalement dans les heures qui suivent l’apparition de la douleur. Au-delà de 24 heures non consultées, le pronostic visuel peut être compromis dans les formes graves.
La photophobie est-elle toujours pathologique ?
Non, mais associée à une rougeur et une douleur, elle oriente fortement vers une kératite ou une uvéite.
Signes d’alerte
- Douleur oculaire intense et brutale
- Photophobie marquée
- Baisse de vision
- Halos colorés autour des lumières
- Nausées, vomissements associés
- Traumatisme récent
Ce qu’il faut retenir
- Œil rouge + douleur = consultation en urgence.
- Les diagnostics à exclure sont kératite, uvéite, glaucome aigu, sclérite.
- Pas d’automédication, en particulier pas de corticoïdes locaux.
- Les urgences ophtalmologiques et le 15 restent les bons recours.
Ressources officielles
- Société Française d’Ophtalmologie — sfo.asso.fr
- HAS — has-sante.fr
- ANSM — ansm.sante.fr
- Ameli — ameli.fr
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