En résumé : les gouttes instillées avant une consultation ophtalmologique servent à dilater la pupille, anesthésier la cornée ou colorer le film lacrymal pour repérer des lésions. Elles durent de quelques minutes à plusieurs heures. La dilatation gêne la vision de près et la conduite pendant 3 à 6 heures. C’est un acte de routine, sans danger dans l’immense majorité des cas.

Jeanne, 72 ans, arrive en consultation et s’étonne : « Pourquoi me mettre des gouttes, docteur ? » La réponse dépend du collyre utilisé. Derrière une simple goutte se cache un examen précis, impossible sans cette préparation.

Les trois familles de collyres utilisés en consultation

Les mydriatiques (dilatation de la pupille)

Pour examiner le fond d’œil, le cristallin et la rétine, l’ophtalmologue doit agrandir la pupille. Les collyres les plus courants :

  • Tropicamide (Mydriaticum) : dilatation en 20 à 30 minutes, retour à la normale en 4 à 6 heures.
  • Phényléphrine (Néosynéphrine) : effet en 15 à 20 minutes, associée au tropicamide.
  • Atropine : dilatation longue (plusieurs jours), utilisée surtout chez l’enfant pour certains examens ou traitements.
  • Cyclopentolate (Skiacol) : utilisé chez l’enfant pour mesurer la réfraction objective (voir article dédié).

Les anesthésiques

Avant une prise de pression intra-oculaire par tonométrie à aplanation, un retrait de corps étranger ou une suture, l’ophtalmologue utilise :

  • Oxybuprocaïne (Novésine) : effet en 30 secondes, durée 15 à 30 minutes.
  • Tétracaïne : anesthésie plus prolongée, en usage hospitalier.

La sensation est celle d’un œil « un peu engourdi », sans douleur. L’effet s’estompe en moins d’une heure.

La fluorescéine

Colorant jaune-orangé, la fluorescéine colore le film lacrymal et révèle les érosions, ulcères ou corps étrangers de la cornée sous lumière bleue. Elle est indispensable pour diagnostiquer une kératite, un herpès cornéen ou un traumatisme. L’effet disparaît en quelques minutes (lavage lacrymal naturel).

À quoi sert la dilatation concrètement ?

Sans dilatation, l’ophtalmologue ne voit qu’une partie centrale de la rétine. Avec la pupille agrandie, il accède :

  • à la rétine périphérique (pour dépister un décollement, une déchirure, une tumeur) ;
  • au cristallin dans son intégralité (cataracte débutante) ;
  • au nerf optique (glaucome, œdème papillaire) ;
  • à la macula (DMLA, œdème maculaire).

Chez le patient diabétique, la dilatation est systématique pour le dépistage annuel de la rétinopathie diabétique (HAS 2020).

Effets secondaires et précautions

Pendant quelques heures

  • Vision floue de près : lecture difficile pendant 3 à 6 heures.
  • Sensibilité à la lumière (photophobie) : la pupille dilatée laisse entrer plus de lumière.
  • Conduite déconseillée après une dilatation, surtout en voiture. Il est recommandé de venir accompagné ou en transport en commun.

Rarement

  • Réaction allergique locale (picotements, rougeur) : rare, réversible.
  • Crise aiguë de glaucome par fermeture de l’angle chez les patients à risque : très rare, mais l’ophtalmologue contrôle la profondeur de la chambre antérieure avant de dilater. En cas d’antécédent connu, il faut le signaler.
  • Réactions systémiques (palpitations, bouche sèche) : exceptionnelles, plus fréquentes avec l’atropine chez l’enfant.

Conseils pratiques avant la consultation

  • Prévoir une paire de lunettes de soleil pour le retour.
  • Éviter de conduire seul si une dilatation est prévue.
  • Signaler un antécédent de glaucome à angle fermé, une allergie, un traitement en cours (bêtabloquants, anticholinergiques).
  • Enlever les lentilles de contact avant l’examen (le collyre pénètre mieux).
  • Ne pas se frotter les yeux après l’instillation.

Karim, 33 ans, consulte un vendredi à 17 h : il anticipe qu’il ne conduira pas le soir et prévoit ses lunettes de soleil.

Cas particulier de l’enfant

Chez l’enfant, la dilatation est fréquente pour mesurer la réfraction (Skiacol) ou examiner le fond d’œil. Les collyres utilisés sont plus puissants et durent plus longtemps (jusqu’à 24-48 heures pour l’atropine). Les parents doivent être informés :

  • vision de près floue ;
  • grande sensibilité à la lumière ;
  • éviter écrans et lecture prolongée pendant l’effet.

FAQ

La dilatation est-elle douloureuse ?
Non. Quelques picotements à l’instillation, sensation de chaleur transitoire. Aucune douleur pendant l’examen.

Combien de temps avant l’examen faut-il instiller les gouttes ?
Généralement 20 à 30 minutes pour les mydriatiques classiques. La secrétaire ou l’assistant instille les gouttes dès l’arrivée en salle d’attente.

Peut-on refuser la dilatation ?
C’est possible, mais l’examen de la rétine périphérique sera très limité. En cas de risque (antécédents familiaux de décollement, myopie forte, diabète), le refus est médicalement déconseillé.

Existe-t-il un collyre qui annule la dilatation ?
Oui, des collyres antagonistes (pilocarpine faible dose) existent, mais ils ne sont pas systématiquement utilisés. L’attente naturelle est la règle.

Peut-on travailler sur écran après une dilatation ?
La vision de près étant floue, c’est peu productif pendant 3 à 6 heures. Mieux vaut planifier une matinée ou un créneau sans tâches précises derrière.

Ce qu’il faut retenir

  • Trois types de collyres : mydriatiques (dilatation), anesthésiques, fluorescéine.
  • Dilatation nécessaire pour examiner la rétine, le cristallin, le nerf optique.
  • Effet de 3 à 6 heures (plus long chez l’enfant avec atropine).
  • Conduite déconseillée, lunettes de soleil utiles.
  • Signaler antécédent de glaucome à angle fermé avant dilatation.

Pour aller plus loin


Pour aller plus loin :

Expert en problèmes de vue et fatigues des yeux.

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