En résumé : la conjonctivite hémorragique aiguë se reconnaît à l’apparition brutale d’un œil rouge vif avec hémorragies sous-conjonctivales en taches, associée à des picotements et des larmoiements. Elle est le plus souvent d’origine virale (entérovirus, adénovirus) et très contagieuse. Un avis médical est recommandé sous 24 à 48 heures, et une consultation ophtalmologique urgente s’impose en cas de baisse de vision ou de douleur intense.

Qu’est-ce qu’une conjonctivite hémorragique ?

La conjonctive est la fine membrane qui recouvre le blanc de l’œil et l’intérieur des paupières. Quand elle s’enflamme au point que de petits vaisseaux se rompent, des taches rouge sang apparaissent sous sa surface : on parle alors de conjonctivite hémorragique aiguë (CHA).

Cette forme particulière est décrite depuis 1969 par l’Organisation mondiale de la santé, notamment lors d’épidémies en Afrique et en Asie. En France, elle reste plus rare que la conjonctivite virale classique mais se déclare parfois par bouffées épidémiques, en particulier l’été.

Prenons l’exemple de Rémi, 48 ans. Au réveil, il découvre un œil entièrement rouge avec une tache sanglante bien visible sur le blanc de l’œil. Aucun traumatisme la veille, mais une sensation de grain de sable et une gêne à la lumière. Ce tableau évoque une conjonctivite hémorragique, et non une simple hémorragie sous-conjonctivale isolée.

Quels sont les signes qui doivent alerter ?

La conjonctivite hémorragique se reconnaît à plusieurs signes combinés :

  • Rougeur intense d’apparition brutale (en quelques heures)
  • Taches rouges profondes sur le blanc de l’œil, parfois étendues
  • Sensation de corps étranger, grattements, brûlures
  • Larmoiement important, parfois clair puis muqueux
  • Paupières légèrement gonflées
  • Parfois ganglion pré-auriculaire palpable devant l’oreille

Contrairement à une hémorragie sous-conjonctivale isolée (indolore, sans larmoiement), la conjonctivite hémorragique s’accompagne toujours d’une inflammation active.

Signes d’alerte nécessitant un avis ophtalmologique rapide :

  • Baisse de la vue, même modérée
  • Douleur vive, pas seulement une gêne
  • Photophobie importante
  • Sécrétions purulentes abondantes
  • Atteinte du deuxième œil en 24 à 48 heures avec aggravation

Quelles sont les causes les plus fréquentes ?

Dans la majorité des cas, la conjonctivite hémorragique est virale. Deux familles de virus dominent :

  • Entérovirus (notamment EV-70, coxsackie A24) — responsables d’épidémies tropicales mais aussi de cas isolés en Europe
  • Adénovirus — les mêmes qui provoquent les conjonctivites virales classiques

D’autres causes sont possibles mais plus rares : bactéries (Streptococcus pneumoniae, Haemophilus), leptospirose, ou forme associée à une kératoconjonctivite épidémique.

Le mode de transmission est manuporté (mains souillées, objets partagés, serviettes) et par les sécrétions lacrymales. La contagiosité est élevée pendant environ 7 à 14 jours.

Comment se déroule la prise en charge ?

La conjonctivite hémorragique virale évolue le plus souvent spontanément vers la guérison en 7 à 14 jours, selon les recommandations de la Haute Autorité de santé (HAS) et de la Société française d’ophtalmologie (SFO). Aucun antiviral oculaire n’a démontré d’efficacité supérieure au traitement symptomatique dans les formes communes.

La prise en charge repose sur :

  • Lavages oculaires au sérum physiologique en dosettes unidoses
  • Compresses fraîches pour soulager les brûlures
  • Hygiène rigoureuse des mains, mouchoirs et linge de toilette à usage individuel
  • Éviction des lentilles de contact jusqu’à guérison complète
  • Arrêt temporaire du maquillage des yeux

Un collyre antiseptique ou antibiotique peut être prescrit par le médecin en cas de surinfection bactérienne suspectée. La décision revient au professionnel de santé après examen.

Faut-il consulter aux urgences ?

Non dans la majorité des cas. Un rendez-vous auprès d’un médecin traitant ou d’un ophtalmologiste dans les 24 à 48 heures est généralement suffisant.

Une consultation en urgence ophtalmologique s’impose en revanche si :

  • La vision baisse d’un coup
  • La douleur devient intense
  • Un trouble de la pupille apparaît
  • Les deux yeux deviennent très rouges avec fièvre
  • Une plaie oculaire est suspectée

En cas de doute et en dehors des heures de consultation, le SAMU (15) peut orienter vers le service d’urgence ophtalmologique le plus proche.

Comment limiter la contagion autour de soi ?

La conjonctivite hémorragique se transmet très facilement. Les mesures suivantes sont recommandées par l’Assurance Maladie :

  • Lavage fréquent des mains au savon ou au gel hydroalcoolique
  • Mouchoirs jetables, pas de serviettes partagées
  • Linge de toilette et taie d’oreiller lavés à 60 °C
  • Pas de contact direct (bise, partage d’oreiller, maquillage)
  • Éviction d’activités collectives si atteinte des deux yeux ou sécrétions abondantes

Pour les professionnels en contact avec le public et les soignants, un arrêt de travail peut être justifié selon l’intensité des symptômes.

Quelles complications possibles ?

Elles sont rares dans les formes virales courantes. Dans les entérovirus les plus agressifs, une atteinte cornéenne transitoire (kératite ponctuée superficielle) peut se voir. Exceptionnellement, une paralysie transitoire d’un nerf crânien a été rapportée dans la littérature.

Chez un porteur de lentilles, le risque principal est la surinfection bactérienne. Chez le sujet immunodéprimé, une surveillance rapprochée est souhaitable.

FAQ

Combien de temps dure une conjonctivite hémorragique ?
En général 7 à 14 jours. Les taches rouges peuvent mettre quelques semaines à se résorber complètement, comme un bleu qui s’estompe.

Peut-on travailler avec une conjonctivite hémorragique ?
Cela dépend du métier, de l’intensité des symptômes et du risque de contamination. L’avis du médecin permet d’adapter.

Peut-on mettre ses lentilles ?
Non, tant que l’œil n’est pas complètement guéri. Il faut aussi jeter lentilles, produits et étui utilisés récemment.

Est-ce contagieux pour les enfants ?
Oui, très. En collectivité, une éviction temporaire peut être indiquée selon l’avis médical.

Les collyres de cortisone sont-ils utiles ?
Ils ne sont pas recommandés sans avis ophtalmologique et peuvent aggraver certaines infections.

Signes d’alerte à retenir

  • Baisse de vision brutale
  • Douleur vive
  • Photophobie importante
  • Sécrétions purulentes abondantes
  • Atteinte cornéenne suspectée (halo, flou)

Pour aller plus loin

  • Ameli.fr — fiche conjonctivite
  • Société française d’ophtalmologie (sfo.asso.fr)
  • HAS — recommandations œil rouge aigu
  • Voir aussi : conjonctivite à adénovirus, kératite, yeux collés au réveil

Pour aller plus loin :

Expert en problèmes de vue et fatigues des yeux.

Leave A Reply