En résumé : la conjonctivite néonatale désigne toute inflammation de la conjonctive apparue dans les 28 premiers jours de vie. Elle peut être chimique, bactérienne (notamment à gonocoque ou à chlamydia) ou virale. Les formes bactériennes précoces sont une urgence ophtalmologique car elles peuvent menacer la cornée. Toute rougeur oculaire chez un nouveau-né justifie un avis médical dans les 24 heures.
Qu’appelle-t-on conjonctivite néonatale ?
La conjonctivite néonatale, ou ophtalmie néonatale, regroupe les inflammations conjonctivales du nouveau-né de moins de 28 jours. Elle se manifeste par un œil rouge, des paupières collées, des sécrétions plus ou moins abondantes et parfois un œdème des paupières.
Cette période est particulière : l’œil du nourrisson est immature, la barrière cornéenne est fragile et les voies lacrymales sont parfois non perméables. Une simple rougeur peut donc cacher une pathologie grave ou, à l’inverse, une cause bénigne comme un canal lacrymo-nasal bouché.
L’exemple d’Inès, 22 ans, jeune maman : son fils de 3 jours présente un œil gauche gonflé avec un écoulement jaunâtre abondant. Ce tableau n’attend pas. Une consultation rapide, idéalement à la maternité ou aux urgences pédiatriques, est indispensable.
Quelles sont les principales causes ?
La cause chimique
Historiquement, l’instillation de nitrate d’argent à la naissance provoquait une irritation. Cette pratique a été largement abandonnée en France au profit d’antibiotiques locaux. Une conjonctivite chimique reste possible après l’instillation d’un collyre, elle est bénigne et disparaît en 24 à 48 heures.
Les causes bactériennes
Elles sont les plus redoutées, car transmises lors du passage dans la filière génitale :
- Neisseria gonorrhoeae (gonocoque) — apparition entre le 2e et le 5e jour, écoulement très purulent, risque cornéen majeur
- Chlamydia trachomatis — apparition entre le 5e et le 14e jour, œdème palpébral modéré, écoulement muqueux
- Autres bactéries : staphylocoque, streptocoque, Haemophilus
Les causes virales
Herpès simplex virus (HSV) — rare mais potentiellement grave. Les lésions vésiculeuses des paupières ou une kératite associée sont des signes d’alerte.
L’obstruction du canal lacrymo-nasal
Fréquente chez le nourrisson. L’œil larmoie, parfois se surinfecte, mais la conjonctive reste calme entre les épisodes.
Quels signes doivent alerter les parents ?
Toute rougeur oculaire chez un nouveau-né est à signaler. Doivent faire l’objet d’une consultation rapide :
- Œil rouge avec écoulement purulent
- Paupières très gonflées
- Fièvre associée
- Vésicules sur la paupière
- Enfant geignard, refusant le biberon
- Atteinte bilatérale rapide
La règle de prudence : consulter sans attendre dès le moindre doute.
Pourquoi consulter vite ?
Le nouveau-né n’a pas les défenses immunitaires d’un adulte. Une conjonctivite à gonocoque peut, en quelques jours, atteindre la cornée et compromettre la vision de façon définitive (perforation, taie cornéenne).
La conjonctivite à chlamydia, elle, peut s’accompagner d’une atteinte pulmonaire (pneumonie chlamydienne) vers 4 à 12 semaines de vie.
L’Organisation mondiale de la santé et la Société française d’ophtalmologie classent la suspicion d’ophtalmie gonococcique comme une urgence ophtalmologique.
Comment se déroule le diagnostic ?
Le médecin réalise un examen des paupières, de la conjonctive et, si besoin, de la cornée sous colorant. Des prélèvements bactériologiques et parfois viraux sont effectués sur l’écoulement. Ces analyses permettent d’orienter le traitement vers la bonne cible.
Chez la maman, un contrôle des infections sexuellement transmissibles (IST) est souvent proposé, puisque gonocoque et chlamydia peuvent être asymptomatiques.
Quelle prise en charge ?
Le traitement dépend de la cause identifiée :
- Lavages oculaires au sérum physiologique plusieurs fois par jour
- Collyre antibiotique adapté à la bactérie (uniquement sur prescription)
- Traitement antibiotique général par voie systémique dans les formes à gonocoque ou à chlamydia
- Traitement antiviral en cas d’herpès, avec hospitalisation
- Prise en charge du ou des parents en cas d’IST
L’Assurance Maladie rembourse intégralement la consultation pédiatrique et les soins liés. La maternité, la PMI (protection maternelle et infantile) ou le pédiatre constituent les bons interlocuteurs pour l’orientation.
Et en cas de canal lacrymal bouché ?
Si le diagnostic retenu est une imperméabilité du canal lacrymo-nasal, le traitement est d’abord conservateur :
- Massage du sac lacrymal au coin interne de l’œil plusieurs fois par jour
- Lavages au sérum physiologique
- Surveillance sur plusieurs mois
La perméabilisation spontanée survient chez la majorité des enfants avant l’âge de 12 mois. Passé cet âge, un sondage des voies lacrymales peut être envisagé par un ophtalmologiste pédiatre.
Comment prévenir l’ophtalmie néonatale ?
La prévention repose sur :
- Dépistage et traitement des IST pendant la grossesse
- Examen du nouveau-né à la naissance
- Application éventuelle d’une prophylaxie antibiotique locale, selon les pratiques de la maternité
- Hygiène rigoureuse (mains propres avant tout soin)
Le suivi par la sage-femme, le médecin généraliste ou le pédiatre dans les premières semaines permet de détecter toute anomalie.
FAQ
Mon bébé a les yeux collés le matin : est-ce grave ?
Pas forcément. Cela peut traduire une imperméabilité du canal lacrymal. Mais si la conjonctive est rouge ou l’écoulement purulent, il faut consulter.
Peut-on utiliser un collyre acheté en pharmacie ?
Aucun collyre ne doit être donné à un nouveau-né sans avis médical.
Faut-il aller aux urgences le week-end ?
Oui si l’œil est très gonflé, que l’écoulement est purulent ou que l’enfant est fébrile.
La conjonctivite néonatale est-elle contagieuse ?
Les formes infectieuses oui. Hygiène des mains et linge individuel sont impératifs.
Peut-on allaiter ?
Oui, l’allaitement n’est pas contre-indiqué en dehors de certaines infections maternelles spécifiques (avis médical).
Signes d’alerte à retenir
- Œil rouge avec pus abondant
- Œdème des paupières important
- Fièvre associée
- Vésicules herpétiques
- Photophobie du nourrisson
- Refus du biberon
Pour aller plus loin
- Ameli.fr — santé du nouveau-né
- Société française d’ophtalmologie — fiche ophtalmie néonatale
- HAS — recommandations périnatales
- Voir aussi : conjonctivite virale ou bactérienne, conjonctivite pendant la grossesse
Pour aller plus loin :
