En résumé : il existe plusieurs familles de gouttes pour les yeux secs, classées selon leur composition (hyaluronate, carbomère, HPMC) et leur format (unidose sans conservateur, multidose). Le choix dépend de la sévérité, de la fréquence d’utilisation, du port de lentilles et de la tolérance. Les formats sans conservateur sont recommandés en usage prolongé.

Pavel, 28 ans, a trouvé en pharmacie une dizaine de références différentes. Comment s’y retrouver ? Cette page décrit les grandes familles, leurs indications et les critères de choix, sans recommander de marque.

Pourquoi utiliser des gouttes pour les yeux secs ?

Les gouttes oculaires pour yeux secs (ou substituts lacrymaux, « larmes artificielles ») viennent compléter ou remplacer un film lacrymal défaillant. Elles n’activent pas la production des larmes naturelles, mais apportent un effet lubrifiant, protecteur et parfois cicatrisant.

Selon la SFO, elles constituent le traitement de première ligne de la sécheresse oculaire, associées à l’hygiène des paupières.

Quelles sont les grandes familles de gouttes ?

Hyaluronate de sodium

Famille la plus utilisée aujourd’hui. Le hyaluronate (ou acide hyaluronique) est un composant naturel présent dans l’œil. Il offre une bonne viscosité, une rémanence prolongée et une excellente tolérance. Concentrations variables (0,1 % à 0,4 %).

Carbomères (carbopol)

Gels plus épais, indiqués dans les sécheresses modérées à sévères, notamment le soir. Peuvent troubler la vision quelques minutes après instillation.

HPMC (hydroxypropylméthylcellulose)

Larmes artificielles classiques, peu coûteuses, bonne tolérance. Viscosité moyenne. Usage généraliste.

Carboxyméthylcellulose

Proche de l’HPMC, parfois mieux tolérée.

Polyéthylène glycol / propylène glycol

Associations souvent intégrées aux formulations modernes.

Trehalose

Molécule protectrice de la cornée, présente dans certaines formulations. Intéressante en cas d’écran prolongé.

Formulations lipidiques

Émulsions huile-eau qui restaurent la couche lipidique du film lacrymal. Indiquées dans les sécheresses évaporatives (dysfonction des glandes de Meibomius).

Avec ou sans conservateur ?

Les conservateurs (chlorure de benzalkonium surtout) prolongent la durée d’ouverture du flacon mais sont toxiques pour la surface oculaire à long terme. La SFO et l’ANSM recommandent :

  • sans conservateur si l’utilisation dépasse 3 à 4 instillations par jour ;
  • sans conservateur obligatoirement chez les porteurs de lentilles et les patients sous collyres antiglaucomateux.

Formats sans conservateur :

  • unidoses (à usage unique, stériles) ;
  • multidoses avec système anti-reflux (flacons à valve type ABAK, COMOD) ;
  • gels en tubes unidoses.

Quels critères pour choisir ?

Selon la sévérité

  • Sécheresse légère à modérée : hyaluronate, HPMC.
  • Sécheresse modérée : hyaluronate à concentration supérieure, trehalose.
  • Sécheresse sévère : gels carbomères, émulsions lipidiques, sérum autologue (hospitalier).

Selon la fréquence

  • 1 à 3 fois/jour : multidose avec conservateur possible.
  • Plus de 4 fois/jour : sans conservateur obligatoire.

Selon le port de lentilles

Privilégier formulations compatibles lentilles (mentionnées sur la notice), sans conservateur.

Selon l’horaire

  • Journée : gouttes fluides (hyaluronate, HPMC).
  • Soir/nuit : gels ou pommades lubrifiantes (vision troublée transitoirement).

Selon la tolérance

Tester plusieurs formulations. Si une gêne, picotement ou rougeur apparaît, changer de produit.

Y a-t-il des gouttes à éviter ?

  • Collyres vasoconstricteurs (décongestionnants oculaires) : blanchissent l’œil mais aggravent la sécheresse à terme.
  • Collyres antibiotiques en automédication : inutiles dans la sécheresse simple.
  • Collyres anti-inflammatoires (corticoïdes) sans prescription.
  • Gouttes à base d’alcool, menthol ou parfums : irritantes.

L’ANSM alerte régulièrement sur les usages détournés de vasoconstricteurs.

Comment bien instiller une goutte ?

Technique recommandée :

  1. se laver les mains ;
  2. incliner la tête en arrière ou s’allonger ;
  3. tirer doucement la paupière inférieure ;
  4. instiller 1 goutte sans toucher l’œil avec l’embout ;
  5. fermer les yeux 1 à 2 minutes ;
  6. appuyer légèrement sur l’angle interne de l’œil pour limiter le passage dans le nez.

Pas besoin de mettre 2 gouttes consécutives : l’œil ne retient qu’une seule goutte à la fois.

Peut-on associer plusieurs gouttes ?

Oui, mais en espaçant de 5 à 10 minutes entre deux collyres différents. L’ordre : d’abord le collyre le plus fluide, puis le gel.

Quel coût ? Quel remboursement ?

Certaines larmes artificielles sont remboursées sur prescription (sécheresses sévères, syndrome de Gougerot-Sjögren). D’autres, vendues en pharmacie sans ordonnance, ne le sont pas. Le coût mensuel varie de 10 à 40 euros selon les formulations. Consulter Ameli.fr pour les conditions de remboursement actualisées.

Quand demander un avis médical ?

  • pas d’amélioration après 2 à 4 semaines ;
  • gêne croissante malgré les gouttes ;
  • rougeur, douleur, baisse d’acuité visuelle ;
  • suspicion de pathologie associée (maladie auto-immune, blépharite) ;
  • besoin de formulations spécifiques (ciclosporine, sérum autologue).

Hortense, 74 ans, utilisait pendant des mois un multidose bon marché avec conservateur, 6 fois par jour. Après consultation, sa prescription est passée aux unidoses sans conservateur et à la ciclosporine : le confort est revenu en 6 semaines.

FAQ

Faut-il mettre les gouttes au frigo ?
Non, sauf indication sur la notice. La plupart se conservent à température ambiante.

Combien de temps garder un flacon ouvert ?
Unidose : à jeter après usage (ou dans les 12h selon modèle). Multidose : lire la notice (4 semaines à 6 mois selon le flacon).

Peut-on mélanger plusieurs marques ?
Pas au sein du même flacon. On peut alterner dans la journée, en espaçant.

Les gouttes homéopathiques sont-elles efficaces ?
Les données scientifiques disponibles ne permettent pas de conclure à une efficacité supérieure aux larmes classiques.

Le sérum physiologique peut-il remplacer les larmes artificielles ?
Non. Il rince mais ne lubrifie pas durablement.

Signes d’alerte

  • œil rouge intense ;
  • douleur vive ;
  • baisse d’acuité visuelle ;
  • sensation d’aggravation après un collyre ;
  • photophobie marquée.

Ce qu’il faut retenir

  • Hyaluronate de sodium et HPMC couvrent la majorité des besoins courants.
  • Les formulations sans conservateur sont indispensables en usage prolongé.
  • Les gels et émulsions lipidiques sont réservés aux formes plus marquées.
  • Éviter les vasoconstricteurs et l’automédication par corticoïdes.
  • L’avis ophtalmologique permet d’adapter le choix à chaque situation.

Ressources officielles

  • ANSM — collyres et larmes artificielles
  • SFO — surface oculaire
  • HAS — bon usage
  • Ameli.fr — remboursements

Pour aller plus loin

  • Traitement des yeux secs : larmes artificielles et alternatives
  • Collyres pour yeux secs sans ordonnance : ce qu’il faut savoir
  • Syndrome des yeux secs : diagnostic et traitement
  • Vitamines pour yeux secs : utilité et limites

Pour aller plus loin :

Expert en problèmes de vue et fatigues des yeux.

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