En résumé : après une opération de la cataracte, un traitement par collyres anti-inflammatoires et antibiotiques est prescrit pendant 3 à 5 semaines. Ce protocole prévient l’infection, l’inflammation et l’œdème. Le respect strict des horaires et de la durée conditionne la qualité du résultat opératoire.
La chirurgie de la cataracte est l’une des interventions les plus pratiquées en France, avec plus de 850 000 actes par an selon les données de l’Assurance Maladie. Son succès tient en partie à la rigueur du traitement post-opératoire, dont les collyres sont la pièce centrale. Lucile, 38 ans, opérée d’une cataracte précoce, avait sous-estimé l’importance du protocole. Son rappel en consultation : « Un oubli, on peut rattraper ; un abandon, non. »
Pourquoi un traitement par collyres après la cataracte ?
L’intervention, bien que courante, reste une effraction de l’œil. La capsule, la cornée et l’iris sont sollicités. Trois risques justifient les collyres :
- L’infection (endophtalmie) — rare (moins de 0,1 % des cas selon la SFO) mais grave
- L’inflammation (uvéite post-opératoire) — fréquente, à contrôler
- L’œdème maculaire cystoïde — complication tardive possible, prévenue par les anti-inflammatoires
Les collyres agissent localement, ce qui limite les effets secondaires généraux. L’ANSM encadre la sécurité et la fabrication de ces médicaments, délivrés sur ordonnance.
Quels types de collyres sont prescrits ?
Trois familles principales sont utilisées, parfois combinées en un seul flacon pour simplifier la vie du patient.
| Famille | Rôle | Durée habituelle |
|---|---|---|
| Antibiotique | Prévenir l’infection bactérienne | 7 à 10 jours |
| Anti-inflammatoire stéroïdien (corticoïde) | Réduire l’inflammation | 3 à 4 semaines en décroissance |
| Anti-inflammatoire non stéroïdien (AINS) | Prévenir œdème maculaire | 4 à 6 semaines |
Certaines ordonnances associent les trois en flacons séparés, d’autres prescrivent une combinaison antibiotique-corticoïde. Le choix dépend du profil du patient (diabète, antécédent d’œdème, terrain inflammatoire).
À quel rythme instiller les collyres ?
Le schéma classique démarre le lendemain de l’intervention. Sur une ordonnance type :
- J+1 à J+7 : 4 instillations par jour pour chaque collyre
- J+8 à J+15 : 3 instillations par jour
- J+16 à J+30 : 2 puis 1 instillation par jour (décroissance)
La décroissance progressive (sevrage) évite un rebond inflammatoire. Jacques, 82 ans, ancien infirmier, avait retenu une règle simple : « Jamais d’arrêt brutal d’un corticoïde en collyre. »
Comment bien instiller un collyre ?
Un geste mal fait limite l’efficacité. La HAS détaille la méthode recommandée :
- Se laver soigneusement les mains au savon
- Incliner la tête en arrière ou s’allonger
- Tirer doucement la paupière inférieure vers le bas
- Regarder vers le haut
- Instiller une seule goutte dans le cul-de-sac conjonctival
- Fermer l’œil doucement pendant 1 minute
- Appuyer au coin interne de l’œil (angle interne) pour éviter le passage dans la gorge
- Attendre 5 minutes entre deux collyres différents
Une seule goutte suffit : l’œil ne peut en retenir davantage. En mettre deux n’améliore rien et gaspille le flacon.
Faut-il conserver les collyres au frigo ?
Chaque flacon a ses propres consignes, indiquées sur la boîte et dans la notice (rubrique encadrée par l’ANSM). Quelques règles générales :
- Certains collyres doivent être conservés entre 2 et 8 °C avant ouverture
- Après ouverture, la plupart se conservent à température ambiante 4 semaines
- Les unidoses s’utilisent une seule fois puis se jettent
- Ne jamais toucher l’embout du flacon pour éviter la contamination
Et si j’oublie une instillation ?
Un oubli isolé n’est pas dramatique. Il suffit d’instiller dès que possible, sans doubler la dose. Si l’oubli date de plusieurs heures et qu’on approche de la prochaine prise, on reprend au rythme normal.
Les oublis répétés, en revanche, compromettent la couverture anti-inflammatoire et augmentent le risque d’œdème ou d’infection. Un agenda papier, une alarme téléphone ou un pilulier dédié aux gouttes aident à tenir le cap.
Effets indésirables possibles des collyres post-cataracte
Les collyres locaux sont bien tolérés. Quelques réactions ponctuelles peuvent survenir :
- Picotement ou brûlure brève à l’instillation
- Goût amer en bouche (passage nasolacrymal)
- Vision floue passagère (30 à 60 secondes)
- Irritation persistante (allergie au conservateur)
- Élévation de la pression intraoculaire sous corticoïdes prolongés
En cas de rougeur intense, douleur vive, baisse brutale de la vision, il est recommandé de solliciter rapidement un avis médical. L’endophtalmie, complication rare, impose une prise en charge immédiate.
Combien coûtent les collyres post-cataracte ?
Les collyres prescrits sont remboursés par l’Assurance Maladie dans le cadre du parcours de soins (taux variable selon le médicament, généralement 65 %). La mutuelle complète en général le reste à charge. Ameli.fr précise les conditions de remboursement par dénomination commune internationale (DCI).
Particularités selon le profil du patient
- Patient diabétique : les corticoïdes peuvent déséquilibrer la glycémie ; surveillance renforcée
- Glaucome préexistant : les corticoïdes augmentent la pression intraoculaire ; alternative AINS privilégiée
- Allergie connue : signaler les conservateurs mal tolérés ; versions unidoses disponibles
- Difficultés d’instillation (tremblements, arthrose) : l’aide d’un proche ou d’un infirmier à domicile est envisageable
FAQ
Peut-on arrêter les collyres si l’œil va bien ?
Non. La suite du protocole prévient des complications qui ne se manifestent pas toujours immédiatement. L’arrêt se décide en consultation.
Les collyres empêchent-ils le deuxième œil d’être opéré ?
Non. Les deux opérations sont généralement espacées de quelques jours à quelques semaines ; les protocoles se superposent.
Peut-on mettre les collyres avec des lentilles ?
Le port de lentilles est en général interdit pendant toute la période post-opératoire. Les verres neutres ou correcteurs prennent le relais.
Que faire si le flacon est terminé avant la fin du traitement ?
Demander une prescription de renouvellement au médecin ou au pharmacien selon la règle de dispensation en cours.
Les collyres tachent-ils les vêtements ?
Certains corticoïdes en suspension laissent des traces blanches. Il suffit de bien agiter le flacon et d’essuyer l’excédent avec un mouchoir propre.
Ce qu’il faut retenir
- Trois familles de collyres : antibiotique, corticoïde, AINS
- Décroissance sur 3 à 6 semaines selon l’ordonnance
- Une seule goutte par instillation, mains lavées
- Ne pas arrêter un corticoïde brutalement
- Consultation immédiate en cas de rougeur intense, douleur ou baisse de vision
Ressources officielles
- ANSM (ansm.sante.fr) — sécurité des collyres
- HAS (has-sante.fr) — parcours cataracte
- Ameli.fr — remboursement médicaments
- Société Française d’Ophtalmologie (sfo.asso.fr)
Pour aller plus loin :
