En résumé : l’endophtalmie est une infection grave de l’intérieur de l’œil, survenant dans moins de 0,1 % des opérations de la cataracte. Elle se manifeste par une douleur, une rougeur et une baisse brutale de la vision dans les jours qui suivent l’intervention. Elle impose une prise en charge immédiate par injection intravitréenne d’antibiotiques.
Complication redoutée de la chirurgie oculaire, l’endophtalmie est rare mais sérieuse. Sa fréquence a diminué grâce aux progrès de l’asepsie et à l’utilisation systématique de céfuroxime en fin d’intervention. Jacques, 82 ans, a lu cette information dans sa brochure pré-opératoire. Son chirurgien lui a rappelé les signes d’alerte : « Douleur vive ou baisse brutale de la vision dans les 7 jours : vous appelez tout de suite. »
Qu’est-ce qu’une endophtalmie ?
L’endophtalmie est une infection des structures internes de l’œil, principalement le vitré et les tissus intraoculaires. Elle est le plus souvent d’origine bactérienne, plus rarement fongique.
Elle peut être :
- Aiguë : apparition dans les 6 semaines suivant l’intervention (90 % des cas)
- Chronique : apparition plus tardive, germes moins virulents
- Post-opératoire : complication directe d’une chirurgie
- Endogène : rare, par voie sanguine (chez patients immunodéprimés)
Selon les données de la Société Française d’Ophtalmologie, l’incidence post-chirurgie de la cataracte est de 0,03 à 0,1 % en France, soit 1 à 3 cas pour 1 000 interventions.
Quels sont les signes d’alerte ?
Les symptômes apparaissent généralement entre 2 et 7 jours après l’opération. Ils imposent une consultation en urgence :
- Douleur oculaire intense, disproportionnée par rapport à l’évolution attendue
- Baisse brutale de la vision (souvent profonde)
- Rougeur importante de l’œil
- Écoulement purulent (pus dans l’œil, hypopion visible en croissant blanc dans la chambre antérieure)
- Photophobie (gêne à la lumière)
- Paupière gonflée
Un œil légèrement rouge, peu douloureux, avec une vision qui se stabilise, n’évoque pas une endophtalmie. Mais tout doute impose une consultation.
Quelles causes à une endophtalmie post-opératoire ?
La plupart des endophtalmies proviennent de la flore bactérienne du patient lui-même : paupières, cils, conjonctive. Les germes les plus fréquents :
| Germe | Fréquence | Évolution |
|---|---|---|
| Staphylocoque à coagulase négative | 50 à 60 % | Modérée |
| Staphylococcus aureus | 10 à 15 % | Sévère |
| Streptocoques | 5 à 10 % | Sévère |
| Gram négatifs (Pseudomonas) | 5 à 10 % | Très sévère |
| Champignons | Rare | Variable |
Les facteurs de risque incluent : blépharite préexistante (inflammation du bord des paupières), diabète mal équilibré, immunodépression, rupture capsulaire peropératoire, implant contaminé.
Comment prévenir l’endophtalmie ?
Les mesures préventives ont drastiquement réduit l’incidence :
- Antisepsie pré-opératoire : povidone iodée 5 % sur la conjonctive, 10 % sur la peau péri-orbitaire
- Champ opératoire stérile
- Injection de céfuroxime intracamérulaire en fin d’intervention (recommandation SFO depuis 2007)
- Collyres antibiotiques post-opératoires
- Traitement préalable d’une blépharite ou d’une dacryocystite
- Hygiène post-opératoire stricte (mains lavées, collyres non contaminés)
L’étude ESCRS (European Society of Cataract and Refractive Surgeons) a démontré que l’injection de céfuroxime réduit l’incidence par un facteur 5.
Comment se fait le diagnostic ?
Le diagnostic repose sur :
- Examen clinique : œil rouge, hypopion, œdème cornéen, baisse de vision
- Échographie oculaire : aspect inflammatoire du vitré
- Ponction de chambre antérieure et du vitré : prélèvement pour analyse microbiologique
Les résultats microbiologiques identifient le germe et guident le traitement définitif. Les PCR permettent de détecter les germes non cultivables.
Quel traitement pour l’endophtalmie ?
Le traitement doit être immédiat :
- Injection intravitréenne d’antibiotiques (vancomycine + ceftazidime) en première intention
- Antibiotiques par voie générale (intraveineuse ou orale selon gravité)
- Corticoïdes intravitréens dans certains cas
- Vitrectomie chirurgicale en cas de forme sévère (étude EVS : indiquée si acuité < à « voir les mouvements de la main »)
- Hospitalisation le plus souvent
Le traitement dure plusieurs jours à plusieurs semaines. Un suivi rapproché est indispensable.
Quel pronostic ?
Le pronostic dépend de :
- La rapidité du diagnostic : chaque heure compte
- Le germe responsable : staphylocoque coagulase négative = meilleur pronostic
- L’acuité initiale au moment du diagnostic : plus elle est élevée, meilleur le résultat final
- L’état général du patient
Environ 40 à 60 % des patients retrouvent une vision utile (> 5/10). Dans les cas sévères, la vision peut rester très altérée, voire l’œil peut perdre toute fonction.
Vivre après une endophtalmie
Lucile, 38 ans, a vécu une endophtalmie à J+4 de son opération. Traitée par injection intravitréenne en urgence, elle a récupéré une vision utile 6 mois plus tard, avec une correction complémentaire. Son témoignage : « Le plus dur a été la peur. La prise en charge a été rapide. Je ne regrette pas mon passage aux urgences. »
Un suivi ophtalmologique prolongé est indispensable après une endophtalmie, pour détecter d’éventuelles séquelles (œdème maculaire, décollement de rétine, glaucome secondaire).
Quand consulter en urgence ?
Tout signe suivant, dans les 6 semaines après la chirurgie, justifie une consultation immédiate :
- Douleur forte qui augmente
- Baisse rapide de la vision
- Rougeur qui s’aggrave
- Hyperlarmoiement avec pus
- Sensation de masse dans l’œil
Les services d’urgences ophtalmologiques, les CHU et les cliniques spécialisées assurent la prise en charge 24 h/24.
FAQ
Combien de temps après l’opération le risque d’endophtalmie persiste-t-il ?
Les 2 premières semaines sont les plus à risque. Le risque diminue fortement après 6 semaines.
Un œil rouge post-opératoire signe-t-il toujours une endophtalmie ?
Non, c’est rarement le cas. Rougeur légère sans douleur ni baisse de vision = souvent inflammation physiologique.
L’endophtalmie touche-t-elle les deux yeux ?
Non, elle reste localisée à l’œil opéré dans l’immense majorité des cas.
La chirurgie du second œil est-elle possible après une endophtalmie du premier ?
Oui, avec précautions supplémentaires. Décision au cas par cas avec l’ophtalmologue.
Peut-on poursuivre les collyres en cas de doute ?
Oui, sans les interrompre. Mais la consultation reste prioritaire.
Ce qu’il faut retenir
- Endophtalmie = infection intraoculaire grave, rare (< 0,1 % des cataractes)
- Signes : douleur, baisse de vision, rougeur dans les 7 jours
- Prévention : asepsie rigoureuse + céfuroxime intracamérulaire
- Traitement : injection intravitréenne d’antibiotiques en urgence
- Pronostic variable, dépend de la rapidité de prise en charge
Ressources officielles
- Société Française d’Ophtalmologie (sfo.asso.fr)
- HAS (has-sante.fr) — complications chirurgie cataracte
- ANSM (ansm.sante.fr) — antibiotiques injectables
- INSERM (inserm.fr) — infections oculaires
- Ameli.fr — prise en charge hospitalière
Pour aller plus loin :
