En résumé : la crise de glaucome par fermeture de l’angle est une urgence ophtalmologique. La pression intraoculaire grimpe brutalement au-delà de 40 mmHg, provoquant douleur oculaire intense, vision floue, halos colorés, nausées. Sans traitement en quelques heures, la vision peut être irrémédiablement perdue. L’iridotomie au laser reste le geste de référence.

Qu’est-ce qu’une fermeture de l’angle ?

L’humeur aqueuse, liquide nourricier de l’œil, est produite dans la chambre postérieure puis évacuée par l’angle irido-cornéen, zone située entre la cornée et l’iris. Dans le glaucome par fermeture de l’angle (GFA), cet angle est étroit ou bloqué. Quand l’iris vient coller contre la cornée, le liquide ne peut plus s’évacuer : la pression monte brutalement.

La crise aiguë est la forme spectaculaire de cette pathologie, mais il existe aussi des formes chroniques à angle étroit qui évoluent plus lentement. Selon la SFO, le glaucome par fermeture de l’angle est moins fréquent que le glaucome à angle ouvert en Europe (10 à 20 % des glaucomes), mais plus fréquent en Asie.

Madeleine, 68 ans, hypermétrope, a fait une crise un soir au cinéma : obscurité + dilatation pupillaire + angle étroit = bloc pupillaire. Elle est repartie aux urgences avec un œil rouge douloureux et une vision brouillée.

Qui est à risque ?

Plusieurs facteurs anatomiques et démographiques augmentent le risque de GFA :
Sexe féminin : les femmes sont plus souvent atteintes.
Âge : le risque monte après 50 ans (cristallin épaissi qui pousse l’iris).
Hypermétropie : œil court, chambre antérieure étroite.
Origine asiatique ou inuit : prédisposition anatomique marquée.
Antécédents familiaux de GFA.
Certains médicaments : atropiniques, antidépresseurs tricycliques, antihistaminiques, certains antiparkinsoniens, qui dilatent la pupille.

Un dépistage par gonioscopie chez tout patient hypermétrope de plus de 50 ans est recommandé.

Comment reconnaître une crise aiguë ?

Les symptômes d’une crise sont bruyants et doivent alerter :
Douleur oculaire intense, souvent périorbitaire, irradiant vers le front ou la tempe.
Baisse brutale de vision avec vision floue.
Halos colorés autour des sources lumineuses (œdème cornéen).
Œil rouge avec pupille en semi-mydriase fixe (pupille moyennement dilatée, peu réactive).
Nausées, vomissements, parfois confondus avec une crise de foie ou une migraine.
Céphalée parfois majeure.

Ces signes imposent une consultation ophtalmologique immédiate ou un passage aux urgences. Chaque heure compte pour préserver le nerf optique.

Que se passe-t-il aux urgences ?

Le diagnostic est clinique, confirmé par la mesure de la pression intraoculaire (souvent > 40 mmHg, parfois > 60 mmHg) et par la gonioscopie indirecte quand elle est possible. L’examen retrouve une cornée œdémateuse, une chambre antérieure étroite, un iris bombé.

Le traitement initial vise à faire chuter rapidement la pression :
Collyres : pilocarpine (pour resserrer la pupille et dégager l’angle), bêta-bloquants, alpha-agonistes, inhibiteurs de l’anhydrase carbonique topiques.
Voie générale : acétazolamide en comprimés ou en intraveineux, parfois mannitol.
Antalgiques et antiémétiques pour soulager douleurs et nausées.

Une fois la crise contrôlée, le geste de référence est l’iridotomie au laser YAG : on crée un petit orifice dans l’iris périphérique, qui rétablit la circulation de l’humeur aqueuse. Ce geste est rapide, fait en consultation, sous anesthésie topique.

Faut-il traiter l’autre œil ?

Oui, quasi systématiquement. Si un œil a fait une crise, l’autre présente la même configuration anatomique et peut basculer à son tour. Une iridotomie prophylactique est donc proposée sur l’œil adelphe, sans attendre.

Bruno, 50 ans, a fait une crise à droite ; son ophtalmologue a programmé dans la foulée une iridotomie sur l’œil gauche pour éviter un nouvel épisode.

Quelles suites après la crise ?

Après iridotomie, le suivi vérifie la normalisation de la PIO et l’ouverture de l’angle. Certaines formes évoluent vers un glaucome chronique par fermeture de l’angle, justifiant un traitement hypotonisant au long cours.

Dans quelques cas, notamment en cas de cataracte associée, la chirurgie de la cataracte (extraction du cristallin) peut approfondir durablement la chambre antérieure et résoudre le problème : c’est le glaucome phacomorphique, traité ailleurs sur le site.

Quels médicaments éviter en cas d’angle étroit ?

Certains médicaments peuvent déclencher une crise chez un sujet à angle étroit non traité. À signaler au pharmacien et au médecin :
– Antidépresseurs tricycliques et certains IRS.
– Antihistaminiques de première génération.
– Antiparkinsoniens anticholinergiques.
– Certains antispasmodiques.
– Collyres mydriatiques (hors surveillance ophtalmologique).

La notice de ces médicaments mentionne souvent la contre-indication en cas de « glaucome à angle fermé ». Après iridotomie, cette contre-indication est le plus souvent levée, à confirmer avec l’ophtalmologue.

Prise en charge par l’Assurance Maladie

Les consultations d’urgence, l’iridotomie au laser et le suivi d’un glaucome chronique par fermeture de l’angle sont pris en charge selon les tarifs conventionnés. Le glaucome chronique bilatéral peut donner lieu à une ALD 30. Les détails figurent sur Ameli.fr.

FAQ

La crise peut-elle guérir seule ?
Non. Elle peut se calmer transitoirement, mais la récidive est la règle et chaque épisode abîme le nerf optique.

Combien de temps ai-je pour réagir ?
Quelques heures. Plus le traitement est précoce, plus la récupération est complète.

L’iridotomie fait-elle mal ?
Non, elle se fait sous collyre anesthésique. On peut percevoir un flash lumineux, parfois un petit inconfort transitoire.

Peut-on refaire une crise après iridotomie ?
C’est très rare si l’orifice reste perméable et si les autres mécanismes (bloc pupillaire) sont traités.

Quelle surveillance après la crise ?
Un contrôle à 24-48 h, puis selon l’évolution. Un suivi à vie est souvent proposé pour dépister un glaucome chronique.

Ce qu’il faut retenir

  • La crise de GFA est une urgence : douleur, vision floue, halos, nausées.
  • Pression intraoculaire très élevée, angle bloqué.
  • Traitement immédiat par collyres, acétazolamide, puis iridotomie au laser YAG.
  • Traitement préventif systématique de l’œil adelphe.
  • Certains médicaments sont à signaler en cas d’angle étroit non traité.

Pour aller plus loin

  • Nos articles sur l’iridotomie, le glaucome phacomorphique, les urgences oculaires.
  • Ressources officielles : Ameli.fr, SFO, HAS, ANSM.
  • Associations : Association France Glaucome, Association Valentin Haüy.

Pour aller plus loin :

Expert en problèmes de vue et fatigues des yeux.

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