En résumé : le glaucome à angle ouvert est la forme la plus fréquente de glaucome (70 % des cas). Il évolue silencieusement pendant des années, sans douleur ni symptôme ressenti. Le diagnostic repose sur l’examen ophtalmologique régulier après 40-50 ans, avec mesure de la pression intraoculaire, examen du nerf optique et champ visuel.
Contrairement au glaucome aigu, le glaucome à angle ouvert ne fait pas mal et ne donne aucun signe d’alerte précoce. Il grignote la vision par la périphérie, sans bruit, pendant des années. Cédric, 55 ans, a découvert le sien fortuitement : « Examen de routine pour des lunettes. La pression était à 27. Mon ophtalmo a dit : on y regarde de plus près. Un mois après, diagnostic. » Ce scénario, banal, résume l’importance du dépistage systématique.
Qu’est-ce que le glaucome à angle ouvert ?
Le glaucome primitif à angle ouvert (GPAO) est une neuropathie optique chronique, caractérisée par :
- Un angle iridocornéen anatomiquement ouvert (gonioscopie normale)
- Une altération progressive du nerf optique
- Des déficits du champ visuel
- Une pression intraoculaire souvent élevée (mais pas toujours)
Le filtre d’évacuation (trabéculum) reste accessible mais fonctionne moins bien. L’humeur aqueuse s’écoule avec difficulté, la pression monte lentement, le nerf optique souffre.
Selon la Société Française d’Ophtalmologie, le GPAO touche environ 1 million de Français.
Quels sont les symptômes ?
Le GPAO est silencieux. Les patients ne perçoivent rien pendant la phase précoce, qui peut durer 5 à 15 ans.
Les premiers signes ressentis (stade avancé) :
- Rétrécissement du champ visuel périphérique
- Sensation de « tunnel » visuel
- Collisions avec objets latéraux
- Difficulté à voir le soir, à lire dans la pénombre
- Baisse subtile des contrastes
La vision centrale reste longtemps préservée, ce qui explique la tardiveté du ressenti.
Facteurs de risque
| Facteur | Poids du risque |
|---|---|
| Âge > 40 ans, surtout > 60 ans | Important |
| Antécédents familiaux (1er degré) | x3 à x4 |
| Origine ethnique africaine | x3 à x5 |
| Origine ethnique asiatique | Modéré |
| Myopie forte | Modéré |
| Pression intraoculaire > 21 mmHg | Important |
| Cornée fine | Aggravant |
| Diabète | Modéré |
| Hypertension artérielle | Modéré |
| Corticothérapie prolongée | Modéré |
L’hérédité est un facteur majeur. Un parent ou frère/sœur glaucomateux justifie un dépistage dès 40 ans.
Le diagnostic
Le diagnostic repose sur plusieurs examens complémentaires :
Tonométrie (pression intraoculaire)
Mesure de référence au tonomètre de Goldmann, après pachymétrie pour corriger de l’épaisseur cornéenne.
Examen du nerf optique
À la lampe à fente ou par OCT. On analyse :
- Le rapport cup/disc (taille de l’excavation par rapport au disque)
- L’épaisseur des fibres nerveuses péripapillaires
- L’asymétrie entre les deux yeux
- L’état de la couche des cellules ganglionnaires
Champ visuel
Examen assis en cabine sombre, avec fixation d’un point central et détection de points lumineux périphériques. Il révèle les déficits caractéristiques du glaucome (scotome arciforme, marche nasale).
Gonioscopie
Visualisation de l’angle iridocornéen pour confirmer l’ouverture.
Évolution et stades
| Stade | PIO | Nerf optique | Champ visuel |
|---|---|---|---|
| Suspect | Limite ou normale | Normal | Normal |
| Précoce | Élevée | Atteinte débutante | Déficits discrets |
| Modéré | Élevée | Excavation marquée | Déficits significatifs |
| Avancé | Élevée | Excavation majeure | Atteinte centrale |
| Terminal | Variable | Atrophie | Vision en tunnel |
L’objectif du traitement est de maintenir le patient aux stades précoces à modérés.
Les traitements
Le GPAO se traite à vie. Les options, par ordre habituel :
Collyres
Plusieurs familles :
- Prostaglandines (latanoprost, bimatoprost) : 1 goutte le soir, très efficaces
- Bêtabloquants (timolol) : 1 à 2 gouttes par jour
- Inhibiteurs de l’anhydrase carbonique locaux (dorzolamide, brinzolamide)
- Alpha-agonistes (brimonidine)
- Inhibiteurs de la Rho kinase (nouveautés)
Des associations fixes combinent plusieurs principes actifs en un flacon.
Laser SLT (Trabéculoplastie Sélective au Laser)
Traitement de plus en plus proposé en première intention. Il améliore la fonction du trabéculum, baisse la PIO de 20 à 25 %, effet durable 3 à 5 ans, renouvelable.
Chirurgie
Réservée aux échecs médicaux et laser :
- Trabéculectomie : création d’une voie de drainage
- Sclérectomie profonde non perforante
- MIGS (Micro-Invasive Glaucoma Surgery) : dispositifs miniatures
- Valves de drainage dans les formes résistantes
Suivi régulier
Le suivi est indispensable, à vie.
| Sévérité | Fréquence des contrôles |
|---|---|
| Suspect | Tous les 6-12 mois |
| Précoce | Tous les 6 mois |
| Modéré | Tous les 3-6 mois |
| Avancé | Tous les 2-4 mois |
Chaque consultation comprend : mesure de PIO, examen du nerf optique (ou OCT annuel), champ visuel (1 à 2 fois par an selon stade).
Adhésion au traitement
Le GPAO étant silencieux, l’observance est un défi. Les études montrent que 30 à 40 % des patients prennent mal leurs collyres :
- Oublis fréquents
- Arrêt après amélioration apparente
- Gêne des effets secondaires
- Coût ou complexité du protocole
Pour améliorer l’adhésion :
- Préférer les associations fixes (moins de flacons)
- Choisir des collyres à 1 goutte par jour (prostaglandines)
- Associer la prise à un rituel (brossage dents, coucher)
- Utiliser une application de rappel
Brigitte, 60 ans, a mis du temps à comprendre l’enjeu : « Je ne sentais rien, je ne croyais pas au traitement. Mon ophtalmo m’a montré les images du champ visuel qui s’abîmait. Depuis, je ne rate plus une goutte. »
Vivre avec un GPAO
La plupart des glaucomateux mènent une vie normale :
- Pas de restriction d’activité physique (sauf apnée prolongée en plongée)
- Conduite possible tant que l’acuité et le champ sont conformes
- Alimentation normale, hydratation sans excès brutaux
- Arrêt du tabac recommandé
- Éviter certaines postures prolongées tête en bas (yoga inversé, musculation à genoux)
FAQ
Peut-on guérir d’un glaucome à angle ouvert ?
Non. On stabilise la maladie, on ne la guérit pas. Les fibres perdues ne reviennent pas.
Un GPAO empêche-t-il le permis de conduire ?
Pas s’il est à un stade précoce ou modéré. Au stade avancé, la loi impose des critères de champ visuel.
Les collyres sont-ils remboursés ?
Oui, dans le cadre de l’ALD glaucome (30e affection).
Le GPAO peut-il être asymétrique ?
Oui, le plus souvent un œil est plus atteint que l’autre.
Faut-il arrêter le café ou l’alcool ?
Non, sauf en grande quantité. Aucune restriction diététique stricte.
Ce qu’il faut retenir
- GPAO = forme la plus fréquente de glaucome, silencieuse
- Dépistage essentiel après 40-50 ans
- Diagnostic : PIO + nerf optique + champ visuel
- Traitement à vie : collyres, laser SLT, chirurgie si besoin
- Suivi régulier, à vie, adapté au stade
Ressources officielles
- Société Française d’Ophtalmologie (sfo.asso.fr)
- HAS (has-sante.fr) — parcours glaucome
- INSERM (inserm.fr) — dossier glaucome
- Ameli.fr — ALD glaucome
- ANSM (ansm.sante.fr) — collyres anti-glaucomateux
Pour aller plus loin :
