En résumé. Une douleur dans l’œil peut être superficielle (kératite, érosion cornéenne, corps étranger) ou profonde (uvéite, glaucome aigu, névrite optique). Les situations d’urgence associent la douleur à une baisse de vision, une photophobie marquée, des nausées, des halos lumineux, ou surviennent après un traumatisme. Toute douleur oculaire associée à l’un de ces signes impose une consultation aux urgences ophtalmologiques ou un appel au 15.
Pourquoi l’œil peut-il faire mal ?
La cornée est l’un des tissus les plus richement innervés du corps humain. Une minime érosion, un corps étranger millimétrique, une irritation chimique déclenchent une douleur vive. À l’inverse, les structures profondes (uvée, sclère, nerf optique) peuvent être atteintes sans que la douleur soit initialement intense, bien que la douleur profonde de l’uvéite ou du glaucome aigu reste marquée.
L’interrogatoire précise :
- le type de douleur (superficielle, profonde, pulsatile),
- la topographie (bord palpébral, globe, arrière de l’œil),
- les circonstances (traumatisme, port de lentilles, réveil),
- les signes associés (rougeur, baisse visuelle, photophobie, nausées, céphalée).
Les causes superficielles fréquentes
Érosion cornéenne
Douleur intense, « en coup de poignard », larmoiement, blépharospasme. Histoire typique : ongle, branche, lentille mal manipulée. Diagnostic à la lampe à fente avec fluorescéine.
Corps étranger cornéen ou sous-palpébral
Sensation d’accrochage, larmoiement. Contexte : bricolage, meulage, vent. Extraction par l’ophtalmologue.
Kératite
Inflammation de la cornée. Douleur, photophobie, larmoiement. Étiologies : virale (herpès), bactérienne, amibienne (lentilles), actinique (UV).
Sécheresse oculaire sévère
Brûlure permanente, sensation de grain de sable. Aggravation en fin de journée et devant les écrans.
Blépharite aiguë, orgelet
Douleur localisée au bord palpébral.
Les causes profondes
Uvéite antérieure
Rougeur péricornéenne, douleur sourde, photophobie, myosis. Souvent idiopathique ou associée à une maladie systémique (spondylarthrite, sarcoïdose).
Crise de glaucome aigu par fermeture de l’angle
Urgence absolue. Douleur oculaire violente, halos colorés autour des lumières, vision floue, nausées, vomissements, céphalée. Élévation majeure de la pression intra-oculaire.
Sclérite
Douleur profonde, intense, aggravée par les mouvements oculaires. Œil rouge. Souvent associée à une maladie auto-immune.
Névrite optique
Douleur à la mobilisation oculaire, baisse visuelle centrale, altération de la vision des couleurs. Fréquente dans la sclérose en plaques. Consultation neuro-ophtalmologique requise.
Migraine ophtalmique
Céphalée unilatérale, photophobie, parfois aura visuelle. Pas de rougeur ni baisse visuelle durable.
Névralgies (V1, nerf nasal)
Douleurs en éclair, dans un territoire cutané précis, parfois déclenchées par l’attouchement.
Causes post-traumatiques
- Érosion cornéenne traumatique.
- Plaie du globe (urgence chirurgicale).
- Contusion du globe, hyphéma.
- Brûlure chimique (rinçage immédiat, appel 15).
Cas particuliers
Porteur de lentilles
Toute douleur sous lentille impose le retrait immédiat et une consultation rapide (risque de kératite infectieuse).
Post-opératoire
Douleur persistante après chirurgie oculaire récente : signe à faire évaluer par le chirurgien.
Enfant
Expression souvent indirecte : pleurs, refus d’ouvrir l’œil, photophobie. Les causes à rechercher sont les mêmes que chez l’adulte, avec une attention particulière à la kératite herpétique et aux corps étrangers.
Ludovic, 31 ans, développe une douleur vive de l’œil droit avec photophobie et larmoiement 12 heures après avoir retiré une lentille. L’examen retrouve une kératite superficielle : traitement local, arrêt des lentilles, reprise différée. La consultation précoce évite la complication infectieuse.
Quand consulter en urgence ?
Appel immédiat aux urgences ophtalmologiques ou au 15 si :
- douleur intense d’installation rapide,
- baisse de vision associée,
- photophobie majeure,
- halos colorés autour des lumières, nausées, vomissements (suspicion de glaucome aigu),
- traumatisme récent,
- projection chimique,
- porteur de lentilles.
Consultation rapide dans la journée si :
- douleur sourde persistante,
- rougeur associée,
- sensation de corps étranger ne cédant pas au lavage,
- céphalée oculaire inhabituelle.
Examens réalisés
- Mesure de l’acuité visuelle.
- Examen à la lampe à fente avec fluorescéine.
- Mesure de la pression intra-oculaire.
- Fond d’œil dilaté.
- Test de vision des couleurs en cas de suspicion de névrite optique.
- Éventuels examens complémentaires (IRM en suspicion de névrite optique, OCT, angiographie).
Traitements selon la cause
- Érosion cornéenne : pansement, antibiotique local préventif, cicatrisation en 24 à 72 heures.
- Corps étranger : extraction.
- Kératite herpétique : antiviral.
- Kératite bactérienne : antibiotique local, parfois hospitalisation.
- Uvéite : corticoïdes locaux et mydriatiques, sous contrôle ophtalmologique.
- Glaucome aigu : hypotonisants, iridotomie laser.
- Sclérite : AINS, corticoïdes, traitement de la maladie sous-jacente.
- Névrite optique : corticothérapie intraveineuse dans certaines indications.
- Migraine : traitement de crise et de fond.
Prévention et bonnes pratiques
- Lunettes de protection pour bricolage, jardinage, sports à risque.
- Hygiène rigoureuse des lentilles.
- Pauses visuelles régulières.
- Humidification des locaux.
- Ne pas frotter l’œil douloureux.
- Pas d’automédication par corticoïdes locaux.
FAQ
La douleur « derrière l’œil » est-elle différente ?
Oui, elle peut évoquer une névrite optique, une sinusite frontale ou sphénoïdale, une migraine, une atteinte neurologique.
Une douleur oculaire peut-elle être un signe de problème dentaire ?
Rarement, mais les douleurs projetées de la face peuvent inclure la région oculaire.
Peut-on prendre du paracétamol en attendant ?
Oui, pour soulager la douleur. Éviter les AINS dans certaines situations (hémorragie post-traumatique).
Peut-on voir un orthoptiste pour une douleur oculaire ?
L’orthoptiste ne traite pas les urgences. Un œil douloureux nécessite un examen médical ophtalmologique.
Signes d’alerte
- Douleur intense, brutale
- Baisse visuelle
- Photophobie marquée
- Halos colorés, nausées
- Traumatisme, projection chimique
- Porteur de lentilles
Ce qu’il faut retenir
- La douleur oculaire peut provenir de structures superficielles ou profondes.
- Douleur + baisse visuelle = urgence.
- Retrait des lentilles et absence d’automédication.
- Les urgences ophtalmologiques et le 15 sont les bons interlocuteurs en cas de doute.
Ressources officielles
- Société Française d’Ophtalmologie — sfo.asso.fr
- HAS — has-sante.fr
- Ameli — ameli.fr
- INSERM — inserm.fr
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