En résumé. Un hématome péri-oculaire (cocard) après un choc suit une évolution colorimétrique prévisible en 10 à 15 jours. Il est bénin s’il reste strictement palpébral, sans baisse de vision ni douleur du globe. Tout choc avec vision floue, vision double, douleur aux mouvements oculaires, sang dans la chambre antérieure (hyphéma) ou déformation osseuse impose un avis ophtalmologique et/ou une imagerie en urgence.
Comment évolue un hématome péri-oculaire ?
Un coup sur le pourtour de l’œil rompt de petits vaisseaux des paupières et des tissus sous-cutanés. Le sang diffuse et apparaît à la peau comme une zone colorée qui évolue :
- J0 à J2 : œdème et teinte rouge puis bleu foncé.
- J3 à J5 : teinte violacée, maximum d’étendue.
- J6 à J10 : passage au vert, puis jaune.
- J10 à J15 : disparition progressive.
Cette évolution « en arc-en-ciel » traduit la dégradation de l’hémoglobine (bilirubine, biliverdine). Un cocard qui suit ce schéma, sans signes associés, est bénin.
Ludovic, 31 ans, prend un coup de coude lors d’un match de basket. Son œil droit est fermé par l’œdème le lendemain, puis la teinte vire au violet puis au jaune sur deux semaines. L’acuité visuelle reste normale, l’examen à la lampe à fente ne retrouve aucune anomalie : surveillance simple, glace et antalgiques.
Gestes immédiats après le choc
- Application de glace ou d’un pack de gel enveloppé dans un linge, 10 à 15 minutes, répétée les premières heures.
- Paracétamol pour la douleur. Éviter les AINS et l’aspirine qui peuvent aggraver le saignement.
- Dormir la tête surélevée pour limiter l’œdème.
- Ne pas frotter, ne pas presser le globe.
- Vérifier l’acuité visuelle (lecture de près) œil par œil.
Si la vision est floue, double ou baissée, une consultation immédiate s’impose.
Signes inquiétants à ne pas manquer
- Baisse de vision, vision floue ou double.
- Douleur du globe oculaire, et non seulement de la paupière.
- Douleur aux mouvements oculaires.
- Sang dans la partie colorée de l’œil (hyphéma) : niveau rouge visible derrière la cornée.
- Pupille déformée, irrégulière, peu réactive à la lumière.
- Saignement nasal associé.
- Exophtalmie (œil qui avance anormalement).
- Emphysème sous-cutané : crépitation à la palpation = fracture probable.
- Troubles de la sensibilité de la joue.
- Perte de connaissance associée au choc.
Ces signes évoquent une atteinte du globe, une fracture orbitaire (fracture du plancher de l’orbite en particulier) ou une complication neurologique. L’examen ophtalmologique et l’imagerie (scanner) sont alors indispensables.
Fracture du plancher de l’orbite : à connaître
Un choc violent peut enfoncer le plancher osseux de l’orbite. Le muscle droit inférieur peut s’incarcérer, entraînant une vision double à l’élévation du regard, une exophtalmie ou une hypoesthésie de la joue (le nerf sous-orbitaire passe dans cette zone). Cette lésion est chirurgicale dans certaines formes (incarcération musculaire, déficit visuel, enfoncement important).
Hyphéma : quand le sang passe dans la chambre antérieure
L’hyphéma est un saignement intraoculaire, visible comme un niveau rouge entre l’iris et la cornée. Il peut être microscopique (visible uniquement à la lampe à fente) ou massif. Sa prise en charge comprend :
- repos, tête surélevée,
- arrêt des anticoagulants et antiagrégants si possible, en concertation avec le médecin prescripteur,
- contrôle régulier de la pression intra-oculaire,
- parfois hospitalisation.
Le risque principal est la récidive de saignement vers J3 à J5 (resaignement) et l’hypertonie oculaire secondaire.
Hématome sans choc : à ne pas banaliser
Un hématome péri-oculaire survenu sans traumatisme visible peut révéler :
- un trouble de la coagulation,
- la prise d’un anticoagulant,
- une hypertension artérielle sévère,
- très rarement, une tumeur orbitaire.
Un avis médical est justifié si la situation se répète ou concerne plusieurs zones corporelles.
Quand consulter ?
- Immédiatement : baisse de vision, vision double, douleur du globe, hyphéma, suspicion de fracture.
- Dans la journée : œdème majeur empêchant l’ouverture de l’œil, céphalées, vomissements.
- Dans les jours qui suivent : douleur persistante, évolution atypique de la couleur, doute sur la récupération.
L’accueil se fait aux urgences ophtalmologiques ou, en cas de contexte traumatique plus large, aux urgences générales qui appelleront l’ophtalmologue de garde.
Récupération et prévention des récidives
- Reprise du sport uniquement après avis médical si atteinte du globe ou fracture.
- Port de lunettes de protection pour certaines activités (squash, bricolage, jardinage).
- Vigilance particulière chez les patients sous anticoagulants.
- Prévention des chutes chez la personne âgée.
FAQ
L’hématome peut-il s’étendre à l’autre œil ?
Oui, par diffusion sous-cutanée, surtout en cas de fracture nasale. Cela ne signifie pas un double traumatisme.
Peut-on maquiller un cocard ?
Pendant la phase aiguë, il est préférable d’éviter, pour ne pas irriter la peau et masquer l’évolution. Le maquillage est possible une fois les plaies cicatrisées.
Les crèmes à l’arnica fonctionnent-elles ?
Elles sont populaires mais les données scientifiques sont limitées. Elles ne doivent pas retarder une consultation si des signes d’alerte apparaissent.
Un enfant qui prend un coup à l’œil doit-il être systématiquement vu ?
Un examen clinique par un professionnel de santé est recommandé, surtout en cas d’œdème important ou de symptôme visuel, pour écarter une atteinte du globe.
Signes d’alerte
- Baisse visuelle
- Vision double
- Hyphéma (sang dans la chambre antérieure)
- Douleur aux mouvements oculaires
- Exophtalmie
- Fracture suspectée (emphysème, hypoesthésie joue)
Ce qu’il faut retenir
- Un cocard simple guérit spontanément en 10 à 15 jours.
- Toute atteinte visuelle, douleur du globe ou hyphéma impose une consultation en urgence.
- Glace les premières heures, pas d’AINS, pas de compression.
- Une fracture de l’orbite doit être recherchée cliniquement et par imagerie si signes évocateurs.
Ressources officielles
- Société Française d’Ophtalmologie — sfo.asso.fr
- HAS — has-sante.fr
- Ameli — ameli.fr
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