En résumé — La kératite est une inflammation de la cornée, la lentille transparente située à l’avant de l’œil. Elle se manifeste par un œil rouge douloureux, une photophobie et une baisse de vue. Ses causes sont infectieuses, traumatiques ou inflammatoires. Selon la SFO, toute suspicion de kératite impose une consultation rapide, dans les 24 heures, pour éviter les séquelles visuelles.

Qu’est-ce qu’une kératite ?

La cornée est la première lentille de l’œil : transparente, avasculaire, elle assure environ deux tiers du pouvoir optique. Sa richesse en terminaisons nerveuses explique la douleur vive dès qu’elle est agressée.

La kératite est l’inflammation de ce tissu. Elle peut être :

  • Superficielle (kératite ponctuée, épithéliale)
  • Stromale (touche les couches profondes)
  • Endothéliale (atteinte de la face postérieure)
  • Ulcérée : perte de substance de la cornée

La gravité dépend de la profondeur et de l’origine.

Symptômes à reconnaître

  • Douleur oculaire souvent vive, parfois décrite comme un corps étranger
  • Rougeur périkératique (autour de la cornée)
  • Larmoiement abondant
  • Photophobie (gêne à la lumière)
  • Baisse de vue variable selon la localisation
  • Sensation de sable dans l’œil
  • Paupière contractée (blépharospasme)

Baptiste, 30 ans, porteur de lentilles souples, s’est réveillé avec un œil rouge très douloureux, intolérance à la lumière, vision brouillée. Diagnostic : kératite bactérienne sur lentilles portées toute la nuit. Prise en charge immédiate.

Les causes principales

Kératites infectieuses

  • Bactériennes : souvent sur lentilles mal entretenues, traumatisme. Pseudomonas, staphylocoque fréquents.
  • Virales : herpès simplex surtout (kératite dendritique). Récidivante.
  • Amibiennes : lentilles, contact avec eau non stérile. Rare mais grave.
  • Fongiques : terrain immunodéprimé ou plaie par végétal.

Kératites non infectieuses

  • Kératite de l’exposition (lagophtalmie) : paralysie faciale, sécheresse sévère
  • Kératite photique (coup d’arc) : après exposition UV (soudure, neige, lampe UV)
  • Kératite neurotrophique : atteinte du nerf trijumeau
  • Kératites allergiques sévères
  • Kératoconjonctivite sèche : œil sec chronique
  • Maladies auto-immunes (polyarthrite, syndrome de Sjögren)
  • Kératite toxique : collyres, conservateurs, produits cosmétiques

Les facteurs de risque

  • Port de lentilles (surtout prolongé ou nocturne)
  • Traumatisme cornéen (corps étranger, griffure)
  • Chirurgie oculaire récente
  • Sécheresse oculaire sévère
  • Immunodépression
  • Herpès labial ou génital (risque de kératite herpétique)
  • Exposition UV sans protection

Diagnostic en consultation

  • Acuité visuelle œil par œil
  • Examen à la lampe à fente : élément clé
  • Test à la fluorescéine : colore les zones où l’épithélium manque. Une kératite dendritique (forme d’arbre) oriente vers l’herpès.
  • Sensibilité cornéenne (parfois diminuée dans l’herpès)
  • Prélèvement microbiologique en cas de suspicion bactérienne ou fongique
  • Tonométrie et fond d’œil si possible

Traitements selon la cause

Kératite bactérienne

  • Collyres antibiotiques intensifs (toutes les heures les premiers jours)
  • Cycloplégique pour calmer la douleur
  • Suivi rapproché
  • Hospitalisation dans certains cas

Kératite herpétique

  • Antiviraux locaux (trifluridine, aciclovir pommade)
  • Parfois antiviral oral
  • Pas de corticoïdes seuls (risque d’aggravation)

Kératite amibienne

  • Antiseptiques topiques prolongés
  • Prise en charge spécialisée
  • Pronostic souvent réservé

Kératite photique

  • Cicatrisation spontanée en 24-48 heures
  • Pansement oculaire, antalgiques, larmes artificielles

Kératite d’exposition

  • Larmes gel
  • Chambre humide
  • Traitement de la cause (paralysie faciale)

Complications possibles

  • Ulcère cornéen
  • Perforation cornéenne
  • Opacité cornéenne séquellaire (leucome)
  • Astigmatisme irrégulier
  • Néovaisseaux cornéens
  • Dans les cas graves : greffe de cornée

D’où l’importance d’un traitement précoce et adapté.

Kératite et lentilles de contact : vigilance

Les porteurs de lentilles représentent la première population à risque. Règles de prévention SFO/ANSM :

  • Lavage des mains avant manipulation
  • Respecter la durée de port prescrite
  • Ne pas dormir avec les lentilles (sauf type spécifique autorisé)
  • Solution multifonction neuve à chaque étui (pas de « top off »)
  • Étui à remplacer tous les 3 mois
  • Ne pas rincer lentilles ou étui à l’eau du robinet
  • Pas de baignade en lentilles
  • Retirer les lentilles en cas de moindre gêne

Nathalie, 47 ans, a contracté une kératite amibienne après s’être baignée en piscine avec ses lentilles. Plusieurs mois de traitement et une baisse de vue séquellaire.

Kératite chez l’enfant

Chez l’enfant, la kératite est plus rare mais doit faire rechercher :

  • Corps étranger
  • Herpès
  • Abus de collyres
  • Syndrome sec (maladies rares)
  • Kératoconjonctivite printanière

Consultation rapide et prise en charge spécialisée.

Après une kératite : quel suivi ?

Après guérison, le suivi ophtalmologique reste indispensable :

  • Contrôle de la transparence cornéenne
  • Évaluation de l’astigmatisme résiduel
  • Prévention des récidives
  • Arrêt des lentilles si cause infectieuse

FAQ

Kératite ou conjonctivite : comment les différencier ?
La kératite est plus douloureuse, avec photophobie et baisse de vue. La conjonctivite est plus gênante que douloureuse.

La kératite peut-elle être contagieuse ?
La kératite herpétique peut l’être. Les kératites bactériennes le sont moins.

Combien de temps dure une kératite ?
De quelques jours (forme superficielle) à plusieurs semaines (kératite infectieuse profonde).

Peut-on remettre des lentilles après une kératite ?
Uniquement après avis ophtalmologique et cicatrisation complète.

La kératite laisse-t-elle des séquelles ?
Parfois, sous forme d’opacité ou d’astigmatisme. Le traitement précoce limite ces risques.

Signes d’alerte

  • Douleur oculaire intense
  • Photophobie marquée
  • Baisse de vue
  • Rougeur persistante
  • Port de lentilles associé
  • Sécrétions abondantes

Ce qu’il faut retenir

  • La kératite est une urgence ophtalmologique relative
  • Le port de lentilles est le premier facteur de risque
  • Le test à la fluorescéine oriente le diagnostic
  • Traitement adapté à la cause (antibiotiques, antiviraux, etc.)
  • Risque de séquelles visuelles si retard de prise en charge

Articles liés : [Conjonctivite ou kératite : comment ne pas confondre ?], [Œil rouge douloureux]. Ressources : SFO, ANSM (collyres), Ameli.fr.


Pour aller plus loin :

Expert en problèmes de vue et fatigues des yeux.

Leave A Reply