En résumé : le larmoiement excessif (ou épiphora) peut être lié à une production trop importante de larmes (irritation, inflammation, corps étranger) ou à une mauvaise évacuation (obstruction des voies lacrymales, malposition palpébrale). Le traitement dépend de la cause : hygiène, collyres, dilatation des voies lacrymales ou chirurgie.
Hortense, 74 ans, a les yeux qui pleurent en permanence. Elle s’essuie toutes les cinq minutes, même sans émotion. Le larmoiement excessif est une plainte fréquente, parfois banalisée. Il mérite pourtant un diagnostic précis.
Qu’appelle-t-on larmoiement excessif ?
Le larmoiement excessif (épiphora) se définit comme l’écoulement de larmes hors des paupières, de façon involontaire et permanente ou quasi permanente. Il ne s’agit pas d’un simple larmoiement émotionnel, mais d’un débordement du système lacrymal.
Les larmes sont normalement produites par la glande lacrymale, puis évacuées par de petits canaux (points lacrymaux, canalicules, sac lacrymal, canal lacrymo-nasal) vers le nez.
Un larmoiement excessif signifie soit :
- une hypersécrétion (trop de larmes produites) ;
- une hyposécrétion du drainage (évacuation obstruée ou insuffisante) ;
- une malposition palpébrale (paupière qui ne retient pas correctement les larmes).
Quelles sont les causes d’hypersécrétion ?
Le système lacrymal produit plus de larmes qu’il ne peut en évacuer :
- Sécheresse oculaire paradoxale : la surface mal protégée déclenche un larmoiement réflexe.
- Conjonctivite virale, allergique ou bactérienne ;
- Blépharite ;
- Corps étranger ;
- Kératite, ulcère cornéen ;
- Uvéite ;
- Allergie (pollens, acariens, cosmétiques) ;
- Irritation environnementale (vent, fumée, pollution, climatisation).
Quelles sont les causes d’obstacle au drainage ?
- Obstruction du canal lacrymo-nasal (fréquente chez le nourrisson et l’adulte âgé) ;
- Sténose des points lacrymaux ;
- Dacryocystite (infection du sac lacrymal) ;
- Tumeur des voies lacrymales (rare) ;
- Traumatisme des voies lacrymales.
Quelles sont les causes de malposition palpébrale ?
- Ectropion : paupière qui se retourne vers l’extérieur, souvent chez le sujet âgé.
- Entropion : paupière qui se retourne vers l’intérieur.
- Paralysie faciale : mauvaise fermeture de la paupière.
- Cicatrices post-traumatiques ou post-chirurgicales.
Comment l’ophtalmologue identifie-t-il la cause ?
L’examen comprend :
- interrogatoire : ancienneté, bilatéralité, symptômes associés (prurit, douleur, baisse de vue) ;
- examen à la lampe à fente : surface oculaire, paupières, points lacrymaux ;
- test à la fluorescéine : évaluer la disparition du colorant, indicateur du drainage ;
- examen des voies lacrymales : lavage, cathétérisme (dans les formes chroniques) ;
- examens d’imagerie (dacryoscanner, dacryo-IRM) si suspicion d’obstruction structurelle.
Quels traitements selon la cause ?
Si sécheresse oculaire sous-jacente
- larmes artificielles sans conservateur ;
- hygiène des paupières ;
- ciclosporine dans les formes sévères (sur prescription).
Si conjonctivite ou kératite
- traitement adapté à l’agent causal (antiviral, antibiotique, anti-inflammatoire) ;
- éviction des facteurs déclenchants.
Si blépharite
- compresses chaudes, massage, nettoyage du bord libre ;
- larmes artificielles ;
- cure courte de traitement local si indiquée.
Si allergie
- éviction de l’allergène ;
- collyres antihistaminiques ;
- compresses froides ;
- bilan allergologique en cas de récidive.
Si obstruction des voies lacrymales
- massage du sac lacrymal chez le nourrisson ;
- sondage ou cathétérisme chez l’adulte ;
- dacryocystorhinostomie (DCR) : intervention chirurgicale créant une nouvelle voie d’évacuation des larmes vers le nez. Indiquée dans les obstructions définitives.
Si malposition palpébrale
- correction chirurgicale de l’ectropion ou de l’entropion.
Si paralysie faciale
- larmes artificielles ;
- larmes gel le soir ;
- occlusion de la paupière par pansement ou larme à poids ;
- kinésithérapie faciale ;
- chirurgie correctrice si séquelles.
Le larmoiement peut-il être grave ?
Dans la majorité des cas, non. Mais certaines situations justifient une consultation rapide :
- larmoiement unilatéral avec rougeur et douleur à l’angle interne (suspicion de dacryocystite) ;
- larmoiement avec œdème important, fièvre ;
- larmoiement après traumatisme facial ;
- baisse d’acuité visuelle associée ;
- apparition d’une masse palpébrale.
Y a-t-il des mesures simples à la maison ?
Avant la consultation, on peut :
- rincer l’œil au sérum physiologique si suspicion d’irritation ;
- éviter les courants d’air directs ;
- utiliser des lunettes de soleil ;
- éviter les cosmétiques irritants ;
- démaquiller doucement chaque soir ;
- humidifier l’air ambiant.
Quel retentissement au quotidien ?
Le larmoiement excessif peut :
- perturber la lecture, la conduite, le travail sur écran ;
- macérer la peau des joues (dermite) ;
- entraîner un retentissement social ;
- altérer la qualité de vie.
Jamel, 37 ans, a été gêné pendant 6 mois par un larmoiement unilatéral. Un dacryoscanner a révélé une sténose du canal lacrymo-nasal. Après une DCR, le problème s’est durablement réglé.
FAQ
Le froid fait-il pleurer les yeux ?
Oui, temporairement : c’est un réflexe physiologique. S’il devient permanent, il peut révéler une sensibilité particulière ou un problème de drainage.
Les enfants peuvent-ils avoir un larmoiement excessif ?
Oui. L’obstruction du canal lacrymo-nasal est fréquente chez le nourrisson, souvent spontanément résolutive avant 1 an.
La chirurgie des voies lacrymales est-elle lourde ?
La DCR se pratique par voie externe ou endonasale. L’intervention dure 30 à 60 minutes, souvent en ambulatoire.
Faut-il éviter le maquillage ?
Pas obligatoirement, mais privilégier les cosmétiques hypoallergéniques et démaquiller soigneusement.
Peut-on guérir spontanément d’un larmoiement chronique ?
C’est possible dans les causes transitoires (allergie, blépharite). Une obstruction structurelle, non.
Signes d’alerte
- douleur à l’angle interne avec rougeur (dacryocystite) ;
- fièvre associée ;
- baisse d’acuité visuelle ;
- larmoiement post-traumatique ;
- masse palpébrale nouvelle ;
- aggravation rapide.
Ce qu’il faut retenir
- Le larmoiement excessif peut venir d’une production trop importante ou d’une mauvaise évacuation.
- Sécheresse oculaire paradoxale, blépharite, allergie et obstruction lacrymale sont les causes principales.
- Le traitement dépend étroitement de la cause identifiée.
- La chirurgie (DCR, correction palpébrale) donne d’excellents résultats dans les obstructions et malpositions.
- Un bilan ophtalmologique est indispensable en cas de chronicité.
Ressources officielles
- SFO — voies lacrymales
- HAS — recommandations ophtalmologiques
- Ameli.fr — parcours de soins
- INSERM — pathologies ophtalmiques
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