En résumé : corriger simultanément myopie, astigmatisme et presbytie en lentilles est possible grâce aux lentilles multifocales toriques. Elles combinent correction sphérique, correction astigmate (torique) et zones de vision de près/loin (multifocale). L’adaptation demande un ajustement soigné et un temps d’apprentissage de plusieurs semaines.

Clara, 58 ans, myope de -2,50, astigmate de -1,25 et presbyte depuis quelques années, souhaite se passer de ses lunettes progressives pour certaines activités. Son ophtalmologue lui propose des lentilles multifocales toriques. Cet article explique comment cette triple correction fonctionne et ce qu’il faut en attendre.

La triple correction : un défi technique

Une lentille multifocale torique doit :

  1. Corriger la myopie (sphère négative).
  2. Compenser l’astigmatisme avec deux puissances selon l’axe.
  3. Offrir une vision de près pour lire (addition).
  4. Rester stable sur l’œil sans tourner.

Les laboratoires ont développé des géométries complexes pour combiner tout cela. Toutes les corrections ne sont pas forcément disponibles : au-delà de certaines valeurs de cylindre ou d’addition, les options se réduisent.

Deux principes pour la multifocalité

Deux grandes approches coexistent :

  • Vision simultanée : les différentes zones (loin, intermédiaire, près) sont projetées ensemble sur la rétine. Le cerveau apprend à sélectionner l’image nette selon la distance observée.
  • Vision alternée (plus rare en lentilles) : le regard bascule d’une zone à l’autre selon la position.

La majorité des lentilles multifocales souples utilisent la vision simultanée avec une géométrie concentrique ou asphérique.

Comment la torique s’ajoute-t-elle ?

Sur une lentille multifocale torique, la géométrie multifocale est combinée avec une torique classique et un système de stabilisation (prisme ballasté le plus souvent). La lentille doit donc rester orientée selon l’axe d’astigmatisme tout en proposant les zones de vision.

Cette combinaison technique rend ces lentilles plus complexes à fabriquer et à adapter. Elles ne sont pas toujours disponibles en journalières.

Adaptation : ce que signale l’expérience

L’adaptation à des multifocales toriques prend généralement plus de temps qu’à une lentille sphérique simple :

  • Semaine 1-2 : vision parfois floue en alternance près/loin, fatigue.
  • Semaine 2-4 : amélioration progressive, le cerveau apprend à discriminer.
  • Au-delà de 4 semaines : si la gêne persiste, réajustement du modèle ou de la dominance oculaire.

Les contactologues utilisent parfois la méthode de la monovision (un œil corrigé pour le loin, l’autre pour le près) ou la monovision modifiée (un œil multifocal fort en loin, l’autre fort en près). Ces stratégies sont discutées selon le profil du patient.

Avantages de la solution multifocale torique

Une adaptation réussie offre :

  • Vision nette en majorité des situations sans lunettes.
  • Confort pour les activités sportives, sociales, extérieures.
  • Pas de dépendance aux lunettes progressives.
  • Esthétique préférée par certains porteurs.

Limites et inconvénients

Il faut aussi connaître les limites :

  • Adaptation parfois longue, voire échec dans certains cas.
  • Vision intermédiaire (écran) parfois moins confortable que la vision de loin et de près.
  • Halos nocturnes possibles, gênants en conduite de nuit.
  • Coût : ces lentilles sont plus chères que les sphériques simples.
  • Disponibilité limitée selon les corrections.

Selon la Société Française d’Ophtalmologie, environ 70 à 80 % des patients s’adaptent avec succès après plusieurs essais, mais la satisfaction dépend beaucoup des attentes initiales.

Alternatives à considérer

Si la triple correction en lentilles ne convient pas, plusieurs solutions existent :

  • Lunettes progressives (solution classique et efficace).
  • Monovision en lentilles (un œil pour le loin, un œil pour le près).
  • Lentilles sphériques + lunettes de lecture ponctuelles.
  • Combinaison lentilles + lunettes selon les activités.

Le choix relève de la discussion avec l’ophtalmologue selon les usages.

Hygiène et entretien

Les lentilles multifocales toriques sont généralement des mensuelles en silicone-hydrogel. Les règles habituelles s’appliquent :

  • Lavage des mains avant manipulation.
  • Produit d’entretien adapté.
  • Étui renouvelé tous les 3 mois.
  • Pas d’eau du robinet.
  • Bilan annuel chez l’ophtalmologue.

Remboursement

Le remboursement suit les règles générales des lentilles : partiel, sous conditions (myopie forte, astigmatisme irrégulier, kératocône, etc.). La complémentaire santé peut compléter. Consulter Ameli.fr pour les modalités à jour.

FAQ

Peut-on vraiment se passer de lunettes avec ces lentilles ?
En grande partie oui, mais une paire d’appoint reste souvent utile pour la lecture prolongée ou la conduite de nuit.

L’adaptation est-elle toujours réussie ?
Pas systématiquement. Certains patients ne s’adaptent pas et reviennent aux lunettes progressives.

Existe-t-il des journalières multifocales toriques ?
Certaines gammes proposent cette combinaison, mais la disponibilité est plus restreinte.

Faut-il prévoir plusieurs essais ?
Fréquemment oui, surtout si la correction est particulière. Le contactologue ajuste progressivement.

Ce qu’il faut retenir

  • Lentilles multifocales toriques : triple correction combinée.
  • Vision simultanée : le cerveau sélectionne l’image nette.
  • Adaptation parfois longue (plusieurs semaines).
  • Halos nocturnes possibles, vision intermédiaire parfois moins nette.
  • Alternatives : monovision, lunettes progressives, combinaisons.
  • Adaptation clinique spécialisée nécessaire.

Ressources officielles

Pour aller plus loin : Lentilles multifocales pour myopie et presbytie, Lentilles pour presbyte et astigmate : multifocales toriques, Myope, presbyte et astigmate : corriger les trois ensemble.


Pour aller plus loin :

Expert en problèmes de vue et fatigues des yeux.

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