En résumé : au-delà de -8 à -10 dioptries, le laser cornéen retire trop de tissu pour rester sûr. Les alternatives chirurgicales pour forte myopie sont les implants phakes (ICL, lentilles insérées devant le cristallin) ou la chirurgie du cristallin (extraction du cristallin et implant intraoculaire). Le choix dépend de l’âge, de l’épaisseur cornéenne, du cristallin, et de l’état rétinien.

Muriel, 60 ans, myope de -14 dioptries, ne relevait pas du laser. Farida, 51 ans, à -9,50 dioptries avec cornée fine, a bénéficié d’un implant phake. Ce guide explique les options pour les fortes myopies, leurs indications, leurs limites, et pourquoi le suivi rétinien reste essentiel quelle que soit la technique.

Qu’appelle-t-on « forte myopie » ?

La SFO et l’INSERM définissent plusieurs niveaux :

  • Myopie légère : -0,25 à -3 dioptries
  • Myopie moyenne : -3 à -6 dioptries
  • Forte myopie : -6 à -10 dioptries
  • Myopie très forte : au-delà de -10 dioptries
  • Myopie pathologique : généralement -8 dioptries et plus avec atteinte rétinienne associée

La longueur axiale de l’œil augmente avec la myopie. Au-delà de 26 mm (œil emmétrope ≈ 23 mm), la rétine est plus fragile.

Pourquoi le laser atteint ses limites ?

Le laser retire environ 12-15 microns de stroma par dioptrie. Pour une myopie de -10, on retire 120-150 microns. Avec une cornée initiale de 530 microns, il ne reste que 380-410 microns, en dessous des seuils de sécurité (la SFO recommande un stroma résiduel ≥ 250-300 microns après LASIK).

Au-delà de -10 dioptries, le laser :

  • Retire trop de tissu : risque d’ectasie (bombement secondaire)
  • Dégrade la qualité optique (aberrations sphériques, halos nocturnes)
  • Présente un taux de régression plus élevé
  • Laisse une zone optique réduite susceptible de provoquer des halos

La chirurgie réfractive par laser devient contre-indiquée ou nettement moins performante.

L’implant phake : une lentille dans l’œil

L’implant phake (phake = avec cristallin préservé) est une lentille permanente insérée à l’intérieur de l’œil, entre la cornée et le cristallin ou directement devant l’iris.

Trois types principaux :

  • Implant de chambre postérieure : ICL (Implantable Collamer Lens), posé entre l’iris et le cristallin
  • Implant de chambre antérieure à support angulaire : plus rare aujourd’hui
  • Implant à fixation irienne : posé sur l’iris (types Artisan, Artiflex)

Le cristallin est préservé : l’accommodation reste possible, la presbytie n’est pas accélérée.

Indications des implants phakes

  • Myopies de -8 à -20 dioptries
  • Cornée trop fine pour un laser
  • Âge : souvent 21 à 45 ans (avant la presbytie marquée)
  • Profondeur de chambre antérieure suffisante (≥ 2,8-3 mm)
  • Absence de cataracte
  • Densité endothéliale cornéenne satisfaisante
  • Absence de glaucome

L’intervention dure 15 à 30 minutes par œil, sous anesthésie locale. Récupération visuelle très rapide (J+1).

Avantages et limites des implants phakes

Avantages :
– Très fortes myopies corrigées
– Réversibilité : l’implant peut être retiré
– Vision souvent excellente, peu d’aberrations
– Pas de modification cornéenne
– Accommodation préservée

Limites :
– Intervention intraoculaire : risques plus élevés qu’un laser (infection, glaucome, cataracte induite)
– Suivi endothélial à long terme (perte cellulaire possible)
Coût élevé : 4 000 à 6 500 € pour les deux yeux
– Non adapté aux cornées très peu profondes
– Cataracte pré-sénile possible (< 5 % selon études)

La chirurgie du cristallin : une autre option

Chez les patients plus âgés, la chirurgie du cristallin à visée réfractive (ou PRELEX, Presbyopic Lens Exchange) consiste à retirer le cristallin naturel (même sans cataracte marquée) et à poser un implant intraoculaire calibré sur la correction souhaitée.

Indications :

  • Presbytie installée
  • Âge souvent > 45-50 ans
  • Cataracte débutante
  • Forte myopie avec cristallin en début de modification
  • Hypermétropie forte

La procédure est techniquement proche de la chirurgie de la cataracte, qui est elle remboursée par la Sécurité sociale quand elle est indiquée médicalement.

Avantages et limites de la chirurgie du cristallin

Avantages :
– Corrige très fortes myopies et hypermétropies
– Implant multifocal = correction simultanée de la presbytie
– Pas de risque de cataracte ultérieure (elle est faite)
– Résultat stable à long terme

Limites :
Perte définitive de l’accommodation (sauf implant EDOF/multifocal)
– Intervention intraoculaire : risques propres
– Halos/éblouissement nocturne avec implants multifocaux
– Coût élevé hors indication cataracte (non remboursée)
– Exige une biométrie très précise

Et la rétine dans tout cela ?

Un œil myope fort est un œil long, à risque accru de :

  • Déchirure rétinienne
  • Décollement de rétine
  • Maculopathie myopique
  • Néovascularisation choroïdienne
  • Glaucome (surveillance accrue)

Quelle que soit la technique chirurgicale envisagée, un fond d’œil dilaté préopératoire est indispensable. Un suivi rétinien à vie s’impose. Les taches, éclairs ou myodésopsies nouvelles doivent toujours motiver un avis urgent, même après chirurgie réussie.

Comment se passe la décision ?

Arbre simplifié (simplifié, ne se substitue pas à l’avis médical) :

  • Myopie < -8, cornée suffisante → laser (PKR, femto-LASIK, SMILE)
  • Myopie -8 à -15, cornée insuffisante, < 45 ans → implant phake (ICL)
  • Myopie -8 à -20, > 50 ans avec presbytie → chirurgie du cristallin
  • Myopie > -20 → discussion au cas par cas, parfois maintien de la correction optique

Ce choix s’articule avec les paramètres individuels (pachymétrie, chambre antérieure, endothélium, état du cristallin, rétine).

Conserver ses lunettes : une option valable

Pour certaines fortes myopies, la correction optique (lunettes ou lentilles) reste la solution la plus raisonnable :

  • Risques chirurgicaux évalués supérieurs au bénéfice attendu
  • Refus ou hésitation du patient
  • Situation instable (grossesse, pathologies associées)
  • Attente de la stabilisation de la myopie

Des verres amincis haut indice réduisent l’épaisseur. Les lentilles offrent un champ visuel plus large qu’avec des lunettes sur forte myopie.

FAQ

Un implant phake peut-il se retirer ?
Oui. C’est une intervention réversible, par opposition au laser cornéen définitif.

Faut-il toujours un bilan rétinien avant une forte myopie opérée ?
Oui, systématiquement. Et le suivi rétinien reste à vie.

La chirurgie du cristallin rend-elle presbyte ?
Elle supprime l’accommodation (cristallin remplacé). Un implant multifocal ou EDOF compense partiellement.

Le remboursement est-il meilleur pour les fortes myopies ?
Non pour le laser et les implants phakes (non remboursés). Oui pour la chirurgie de cataracte, quand l’indication est réelle.

Une très forte myopie peut-elle empêcher l’opération ?
Oui parfois : cornée trop fine + chambre antérieure peu profonde + endothélium limite peuvent contre-indiquer toutes techniques. La correction optique reste alors la référence.

Ce qu’il faut retenir

  • Laser limité au-delà de -10 dioptries
  • Implant phake = option fréquente pour forte myopie jeune
  • Chirurgie du cristallin = option après 45-50 ans
  • Suivi rétinien à vie dans les fortes myopies
  • Conservation des lunettes parfaitement défendable si chirurgie risquée

Pour aller plus loin

Ressources officielles : Société Française d’Ophtalmologie (sfo.asso.fr) pour les recommandations sur la myopie forte, HAS (has-sante.fr) pour les évaluations, INSERM (inserm.fr) pour la myopie pathologique, Assurance Maladie (ameli.fr) pour la cataracte.


Pour aller plus loin :

Expert en problèmes de vue et fatigues des yeux.

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