En résumé : Trois professions différentes, trois niveaux de compétences. L’ophtalmologue est médecin, il diagnostique et traite les maladies oculaires. L’orthoptiste est paramédical, il dépiste, rééduque et participe au bilan visuel. L’opticien-lunetier est un professionnel commercial et technique qui réalise, adapte et délivre les équipements optiques.
Qui est l’ophtalmologue ?
L’ophtalmologue est un médecin spécialiste (bac +11 minimum) titulaire d’un Diplôme d’études spécialisées (DES) d’ophtalmologie. Il est le seul, parmi les trois professions, à pouvoir :
- Poser un diagnostic médical (glaucome, cataracte, DMLA, uvéite, rétinopathie…)
- Prescrire des médicaments (collyres, antibiotiques, anti-inflammatoires)
- Pratiquer des actes chirurgicaux (cataracte, glaucome, rétine, laser réfractif)
- Réaliser tous les examens médicaux de l’œil (fond d’œil, OCT, champ visuel)
- Prescrire une correction optique (lunettes, lentilles)
- Délivrer un certificat médical (aptitude au permis, arrêt de travail)
Il est inscrit au Conseil national de l’Ordre des médecins avec un numéro RPPS (Répertoire partagé des professionnels de santé).
Qui est l’orthoptiste ?
L’orthoptiste est un professionnel paramédical titulaire d’un Certificat de capacité d’orthoptiste (bac +3). Ses missions ont beaucoup évolué depuis les décrets de 2020 et 2022. Il peut désormais :
- Réaliser des bilans visuels sans prescription médicale, dans un cadre défini (âges, motifs)
- Dépister les troubles visuels chez l’enfant et l’adulte
- Rééduquer des troubles neuro-visuels (strabisme, paralysie oculomotrice, amblyopie)
- Renouveler certaines corrections optiques sous conditions
- Réaliser des actes de suivi (rétinographie, champ visuel, OCT) sur prescription ou dans le cadre d’un protocole organisé
Il ne peut pas prescrire de médicaments ni poser un diagnostic médical. En revanche, il identifie les anomalies qui justifient une consultation ophtalmologique.
Léa, 8 ans, a été adressée par son médecin traitant chez une orthoptiste pour une rééducation de l’amblyopie (œil paresseux). Les séances ont permis de renforcer le travail de l’œil faible sans chirurgie.
Qui est l’opticien-lunetier ?
L’opticien-lunetier est un professionnel technique et commercial titulaire d’un BTS Opticien-lunetier (bac +2). Il peut :
- Conseiller sur le choix des montures et verres
- Réaliser, ajuster et délivrer les équipements optiques (lunettes, lentilles) selon l’ordonnance
- Prendre les mesures nécessaires (écart pupillaire, hauteur de montage)
- Renouveler une équipement optique dans des limites strictes prévues par le décret 2016-1381 :
- Patient de moins de 16 ans : ordonnance de moins d’1 an
- Patient entre 16 et 42 ans : ordonnance de moins de 5 ans
- Patient de plus de 42 ans : ordonnance de moins de 3 ans
Il ne diagnostique pas, ne prescrit pas de médicament et ne pratique pas d’examen médical. Il peut cependant effectuer une réfraction (mesure de la correction) pour adapter un équipement.
Tableau comparatif des trois professions
| Critère | Ophtalmologue | Orthoptiste | Opticien-lunetier |
|---|---|---|---|
| Formation | Médecine + DES (11 ans) | Certificat de capacité (3 ans) | BTS (2 ans) |
| Statut | Médecin | Paramédical | Technique/commercial |
| Diagnostic médical | Oui | Non | Non |
| Prescription médicamenteuse | Oui | Non | Non |
| Actes chirurgicaux | Oui | Non | Non |
| Bilan visuel | Oui | Oui (cadre défini) | Réfraction seulement |
| Rééducation visuelle | Peut la prescrire | Oui | Non |
| Vente d’équipement | Non | Non | Oui |
| Remboursement consultation | Oui (Ameli) | Oui (Ameli sur prescription ou accès direct encadré) | Pas de consultation, équipement remboursé |
Qui consulter pour quel besoin ?
Le choix dépend du motif :
- Symptôme médical (douleur, baisse de vision, rougeur persistante, mouches volantes) → ophtalmologue
- Bilan ou dépistage de routine chez l’adulte sans antécédent → ophtalmologue ou orthoptiste selon l’organisation locale
- Renouvellement de lunettes sans ordonnance récente → orthoptiste ou ophtalmologue, selon l’âge et la réglementation
- Rééducation (strabisme, fatigue visuelle, troubles neuro-visuels) → orthoptiste sur prescription
- Achat ou ajustement de lunettes/lentilles avec ordonnance → opticien-lunetier
- Urgence oculaire → ophtalmologue ou service d’urgence hospitalier
Sophie, 42 ans, consulte son ophtalmologue pour une baisse de vision progressive. Le diagnostic : myopie évolutive. Elle est ensuite adressée chez l’opticien avec une ordonnance pour des lunettes adaptées.
Comment les trois professions travaillent-elles ensemble ?
Dans de nombreux cabinets, les ophtalmologues et orthoptistes exercent en équipe. Ce modèle, appelé « travail aidé », permet :
- De raccourcir les délais en déléguant certains actes (bilan, rétinographie, OCT)
- De réserver le temps médical aux cas les plus complexes
- D’améliorer le suivi des maladies chroniques (glaucome, diabète)
L’opticien intervient en aval, après la consultation, pour délivrer l’équipement. Certains cabinets travaillent avec un réseau d’opticiens, mais le patient reste libre de choisir son opticien.
Que dit l’Assurance Maladie ?
Ameli rembourse :
- Les consultations d’ophtalmologue selon le tarif conventionné (secteur 1) ou avec dépassements en secteur 2
- Les actes d’orthoptiste sur prescription médicale ou en accès direct selon les cas
- La partie « monture + verres » des équipements optiques selon le panier 100 % santé ou classe B (libre)
L’opticien n’est pas un professionnel de santé consulté sur rendez-vous médical, donc il n’y a pas de consultation remboursée, mais une délivrance d’équipement.
Questions fréquentes
L’orthoptiste peut-il remplacer l’ophtalmologue pour un enfant ?
Non, pas pour le diagnostic ou le premier bilan complet. Mais il peut assurer une partie du dépistage dans le cadre de protocoles et la rééducation de l’amblyopie ou du strabisme sur prescription.
Un opticien peut-il me prescrire des lunettes ?
Non. Il peut réaliser une réfraction pour ajuster ou renouveler un équipement existant, mais il ne peut pas « prescrire » au sens médical du terme. La prescription reste l’acte d’un médecin.
Peut-on consulter un orthoptiste en accès direct ?
Oui, dans des cas encadrés par la loi : bilan visuel de premier recours pour certaines tranches d’âge, certaines situations définies. Hors de ces cas, une prescription est nécessaire.
Qui fait le fond d’œil ?
L’ophtalmologue, ou un orthoptiste sous sa supervision dans le cadre d’un protocole. L’interprétation médicale du fond d’œil reste de la compétence exclusive du médecin.
Peut-on porter plainte contre un opticien comme contre un médecin ?
Oui, mais les instances sont différentes. Pour un médecin : Conseil de l’Ordre des médecins. Pour un opticien : la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) ou le Conseil départemental de l’Ordre des médecins en cas de dépassement de ses prérogatives.
Qui dépiste les troubles visuels à l’école ?
Le médecin scolaire ou l’infirmière scolaire réalisent un premier dépistage à certains âges-clés (grande section de maternelle, CP, CE2, 6e). En cas de doute, ils adressent vers un ophtalmologue ou un orthoptiste. Certaines régions organisent des campagnes de dépistage itinérantes dans les écoles, coordonnées avec les orthoptistes.
Exemples concrets selon les parcours
Pour mieux saisir la complémentarité des trois professions, voici plusieurs situations :
- Parcours A — myopie débutante chez un adolescent : dépistage par le médecin scolaire → ophtalmologue (diagnostic, première prescription) → opticien (équipement) → éventuel suivi orthoptique si gêne de la convergence.
- Parcours B — renouvellement simple chez un adulte stable : prise de rendez-vous chez un orthoptiste en protocole organisé → bilan → prescription de renouvellement → opticien pour l’équipement. Aucune consultation médicale directe dans ce parcours.
- Parcours C — œil rouge douloureux : ophtalmologue ou urgences ophtalmologiques directement, sans orthoptiste ni opticien.
- Parcours D — diabétique en ALD : ophtalmologue pour le fond d’œil annuel → orthoptiste pour le dépistage de rétinopathie sur rétinographe → opticien pour l’équipement adapté aux éventuelles modifications de vision.
- Parcours E — enfant avec strabisme : pédiatre ou médecin traitant → ophtalmologue pour le diagnostic → orthoptiste pour la rééducation → opticien pour une éventuelle correction optique ou un pansement occlusif.
Cette articulation est désormais la norme, organisée par les décrets successifs qui ont progressivement élargi les missions de l’orthoptiste.
Quelle évolution depuis 10 ans ?
Le paysage visuel français a beaucoup évolué :
- 2016 : décret 2016-1381 encadrant le renouvellement d’équipement optique par l’opticien
- 2018 : arrêté du 14 novembre précisant les modalités de renouvellement
- 2020 : décret élargissant les missions de l’orthoptiste (accès direct pour certains bilans)
- 2022 : nouvelles extensions des compétences orthoptiques
- Évolution continue du « travail aidé » en cabinet d’ophtalmologie
Ces évolutions s’inscrivent dans les recommandations successives de la SFO, de la HAS et de l’IGAS pour mieux répondre à la demande de soins visuels dans un contexte de démographie médicale tendue.
Ce qu’il faut retenir
- L’ophtalmologue est médecin, seul habilité à diagnostiquer et prescrire
- L’orthoptiste est paramédical, dépiste et rééduque
- L’opticien est technique, réalise et délivre les équipements
- Les trois professions sont complémentaires
- Le choix dépend toujours du motif : médical, bilan ou équipement
Pour aller plus loin :
- Trouver un ophtalmologue disponible en France : méthodes et délais
- Désert médical et ophtalmologie : solutions pour consulter
- Lire une ordonnance de lunettes : sphère, cylindre, axe, addition
- Rendez-vous ophtalmologue en ligne : comment ça fonctionne ?
- Consultation ophtalmologique en entreprise : ce que dit la médecine du travail

