En résumé : depuis le décret du 9 décembre 2020, l’orthoptiste peut prescrire ou renouveler une ordonnance de lunettes pour les patients de 16 à 42 ans sans antécédent ophtalmologique. Au-delà ou en présence de pathologie, la prescription reste réservée à l’ophtalmologue. L’ordonnance émise par l’orthoptiste permet à l’opticien de délivrer les verres et est prise en charge par l’Assurance Maladie.
Carole, 38 ans, découvre qu’elle peut obtenir une ordonnance de lunettes directement chez son orthoptiste, sans attendre des mois un rendez-vous ophtalmologique. Ce dispositif, prévu pour décongestionner la filière visuelle, s’encadre strictement.
Ce que prévoit le décret de 2020
Le décret n° 2020-1547 du 9 décembre 2020 a élargi les compétences de l’orthoptiste. Il l’autorise à :
- réaliser un bilan visuel complet en accès direct ;
- prescrire la première équipement de verres correcteurs ;
- renouveler ou adapter une prescription existante ;
- prescrire des lentilles de contact souples dans certains cas.
Cette évolution s’inscrit dans une politique de délégation de tâches portée par la HAS et la SFO pour réduire les délais d’accès aux soins visuels.
Qui peut bénéficier de cette prescription ?
Le cadre légal définit précisément les patients éligibles :
- âge compris entre 16 et 42 ans ;
- absence d’antécédent ophtalmologique pathologique (pas de glaucome, DMLA, rétinopathie diabétique, uvéite connue) ;
- absence de signes d’alerte (baisse brutale de vision, douleur, diplopie inexpliquée).
Pour les enfants de moins de 16 ans et les adultes de plus de 42 ans, la prescription orthoptique reste possible mais s’inscrit dans le cadre d’une délégation sous supervision d’un ophtalmologue référent (protocole de coopération HAS).
Ce que l’orthoptiste ne peut pas prescrire
L’orthoptiste n’est pas autorisé à prescrire :
- des collyres ou tout autre médicament ;
- des lentilles rigides ou sclérales ;
- des aides visuelles complexes (loupes électroniques, systèmes télescopiques) sans validation médicale ;
- une correction après chirurgie réfractive récente sans avis ophtalmologique.
Dans ces situations, Sébastien, 45 ans, opéré du LASIK il y a un an, devra passer par son ophtalmologue pour une nouvelle équipement.
Durée de validité de l’ordonnance orthoptique
L’ordonnance de lunettes émise par un orthoptiste suit les mêmes règles que celle d’un ophtalmologue, fixées par l’arrêté du 14 novembre 2018 :
- 1 an pour les moins de 16 ans ;
- 5 ans pour les 16 à 42 ans ;
- 3 ans pour les plus de 42 ans.
L’opticien peut adapter la correction pendant cette durée, sauf opposition du prescripteur.
Comment se déroule la consultation orthoptique
La séance dure en général 30 à 45 minutes et comprend :
- entretien sur la gêne ressentie, les antécédents, l’usage des écrans ;
- mesure de l’acuité visuelle de loin et de près ;
- étude de la réfraction (mesure objective et subjective de la correction) ;
- évaluation de la vision binoculaire (strabisme latent, convergence) ;
- test à la lampe à fente simplifiée si le cabinet en est équipé ;
- rédaction de l’ordonnance si la situation relève du parcours simplifié.
Si un signe inquiétant apparaît (pression intra-oculaire suspecte, anomalie du fond d’œil visible), l’orthoptiste oriente vers un ophtalmologue.
Remboursement de l’ordonnance orthoptique
La consultation orthoptique est prise en charge à 60 % par l’Assurance Maladie sur la base du tarif conventionnel. La mutuelle couvre généralement le reste. Les verres prescrits sont remboursés selon les règles habituelles (panier 100 % Santé ou non, selon l’équipement choisi).
Pour les montants à jour, Ameli.fr reste la référence.
Tableau : qui prescrit quoi ?
| Équipement | Orthoptiste | Opticien | Ophtalmologue |
|---|---|---|---|
| Première prescription lunettes 16-42 ans | Oui (parcours simplifié) | Non | Oui |
| Renouvellement lunettes adulte | Oui | Adaptation uniquement | Oui |
| Lentilles de contact souples | Oui | Adaptation technique | Oui |
| Lentilles rigides ou sclérales | Non | Non | Oui |
| Enfant < 16 ans | Sur délégation | Non | Oui |
| Suspicion pathologie | Oriente | Oriente | Oui |
FAQ
Un opticien peut-il exécuter une ordonnance d’orthoptiste ?
Oui. L’opticien délivre les verres sur présentation d’une ordonnance valide, qu’elle vienne d’un ophtalmologue ou d’un orthoptiste autorisé.
Faut-il déclarer un orthoptiste comme médecin traitant ?
Non. L’orthoptiste n’est pas médecin. Le médecin traitant reste un généraliste ou un spécialiste médical.
Peut-on consulter un orthoptiste pour un premier équipement chez un enfant ?
Oui au-delà de 6 ans, sur prescription pédiatrique ou en protocole de coopération. Avant 6 ans, l’ophtalmologue reste référent.
L’orthoptiste peut-il mesurer la presbytie ?
Oui, tant que le patient reste dans le cadre simplifié. Au-delà de 42 ans, la mesure est possible mais l’ordonnance relève souvent de l’ophtalmologue.
Si mon orthoptiste détecte une anomalie, que se passe-t-il ?
Il rédige un courrier d’orientation vers un ophtalmologue et, selon l’urgence, vous oriente vers une consultation rapide ou un service d’urgences ophtalmologiques.
Ce qu’il faut retenir
- Depuis 2020, l’orthoptiste peut prescrire des lunettes pour les 16-42 ans sans antécédent.
- Validité de l’ordonnance identique à celle d’un ophtalmologue (1/5/3 ans selon l’âge).
- L’orthoptiste ne prescrit ni médicaments, ni lentilles rigides.
- Remboursement à 60 % par l’Assurance Maladie.
- En cas de signe d’alerte, l’ophtalmologue reste la seule porte d’entrée.
Pour aller plus loin
- Faut-il une ordonnance pour voir un orthoptiste ?
- Différence entre ophtalmologue et orthoptiste : rôles et formations
- Ordonnance de lunettes : quelle validité en 2026 ?
- Ameli.fr — Orthoptiste et parcours de soins
- HAS — Protocoles de coopération
- SFO — Délégation de tâches en ophtalmologie
Pour aller plus loin :
- Trouver un ophtalmologue disponible en France : méthodes et délais
- Désert médical et ophtalmologie : solutions pour consulter
- Skiacol avant consultation : délai d’action et effets sur la vision
- Différence entre ophtalmologue et orthoptiste : rôles et formations
- Ordonnance d’ophtalmologue : durée de validité selon l’âge
