Presbytie et astigmatisme cohabitent très fréquemment après 45 ans. Leur correction simultanée est possible, en lunettes comme en lentilles, avec des verres progressifs toriques, des lentilles multifocales toriques ou une correction chirurgicale. Aucune solution n’est meilleure dans l’absolu : le choix dépend de l’usage, du budget, du niveau d’astigmatisme et de la tolérance individuelle.

Deux troubles indépendants qui s’additionnent

L’astigmatisme vient d’une forme irrégulière de la cornée (ou plus rarement du cristallin), qui dévie différemment les rayons lumineux selon leur axe. Résultat : des contours flous, des lignes verticales et horizontales jamais nettes en même temps, une fatigue visuelle.

La presbytie, elle, correspond à la perte physiologique d’accommodation du cristallin, qui touche tout le monde à partir de 40-45 ans, selon les données de la Société Française d’Ophtalmologie (SFO).

Les deux peuvent coexister avec ou sans myopie ou hypermétropie. L’astigmatisme n’accélère pas la presbytie, et la presbytie n’aggrave pas l’astigmatisme : simplement, les symptômes s’additionnent. Lire un menu au restaurant, travailler sur deux écrans ou conduire de nuit devient plus inconfortable.

Lunettes : les verres progressifs toriques

La solution la plus répandue reste les verres progressifs toriques. Ils intègrent :

  • La correction de loin (sphère et cylindre pour l’astigmatisme).
  • Une addition progressive pour la vision intermédiaire et de près.
  • L’axe du cylindre, qui positionne la correction selon la forme de la cornée.

L’adaptation demande en général une à trois semaines. Passée cette phase, la vision est continue de loin à près sans avoir à changer de lunettes. Les verres bien ajustés sur le nez sont essentiels pour que le regard « tombe » dans la bonne zone.

Pour les personnes très astigmates (au-delà de 2 à 3 dioptries), les verres peuvent être plus épais et un peu plus longs à apprivoiser. Un ajustement précis par un opticien reste clé.

Les alternatives en lunettes

Tous les usages ne nécessitent pas forcément des progressifs :

  • Verres de bureau (mi-distance) : utiles pour le travail sur écran, couvrent environ de 40 cm à 2-3 mètres.
  • Deux paires séparées : une pour le loin, une pour la lecture, parfois plus simple mais peu pratique à gérer.
  • Verres bifocaux : devenus rares, avec une séparation visible entre loin et près.

Le dispositif 100 % Santé, détaillé sur Ameli.fr, comprend une offre de verres sans reste à charge, y compris pour certaines corrections toriques et progressives, selon les paramètres de correction.

Lentilles : multifocales toriques et monovision

Les lentilles représentent une alternative valable, décrite par les recommandations de la SFO :

  • Lentilles multifocales toriques : corrigent astigmatisme et presbytie dans une seule lentille. Elles demandent un temps d’adaptation et un ajustement soigné.
  • Monovision : un œil est corrigé pour le loin, l’autre pour le près. L’astigmatisme reste corrigé sur chaque œil.
  • Lentilles rigides perméables au gaz (LRPG) : excellente qualité visuelle pour les astigmates, version multifocale disponible.

Héloïse, 35 ans, astigmate légère, porte des lentilles toriques au quotidien. À 48 ans, elle devra probablement choisir entre progressifs, multifocales toriques ou une combinaison lentilles-lunettes de lecture par-dessus.

Chirurgie réfractive : qu’est-il possible ?

Plusieurs techniques permettent de corriger simultanément astigmatisme et presbytie :

  • LASIK ou PKR avec profil presby-LASIK : modulent la cornée pour créer une multifocalité.
  • Implants multifocaux toriques : remplacent le cristallin (chirurgie de la cataracte ou chirurgie dite « réfractive du cristallin »).
  • Monovision chirurgicale : un œil corrigé pour le loin, l’autre pour le près.

La Haute Autorité de Santé (HAS) souligne que toutes ces techniques comportent des bénéfices et des limites (halos, vision nocturne, sensibilité au contraste). Un bilan préopératoire approfondi est indispensable et la décision doit être partagée avec un chirurgien réfractif.

À quoi faire attention au quotidien ?

Quelques repères utiles :

  • Les débuts de presbytie mal corrigés augmentent la fatigue visuelle et les maux de tête.
  • Un astigmatisme élevé rend la vision nocturne plus difficile (halos autour des phares).
  • Les écrans accentuent l’inconfort s’ils sont trop hauts ou mal placés.
  • Un contrôle tous les 1 à 2 ans permet d’ajuster l’addition de près, qui évolue entre 45 et 60 ans.

Exemple concret

Sofiane, 48 ans, astigmate de 1,75 D et presbyte, porte des progressifs toriques depuis deux ans. Pour ses réunions en télétravail, il a opté pour une deuxième paire dédiée au bureau, plus confortable devant son double écran. Son ophtalmo a ajusté l’addition lors du dernier contrôle, passée de +1,25 à +1,75 D.

FAQ

Peut-on corriger astigmatisme et presbytie avec des progressifs ?
Oui, ce sont les verres progressifs toriques.

Les lentilles multifocales toriques sont-elles confortables ?
Oui, mais l’adaptation est plus longue que pour des lentilles simples.

La chirurgie est-elle remboursée ?
Non, la chirurgie réfractive n’est pas prise en charge par l’Assurance Maladie. Certaines mutuelles proposent un forfait.

Peut-on opérer uniquement la presbytie en gardant l’astigmatisme ?
Rarement conseillé. L’astigmatisme non corrigé limite le bénéfice visuel.

Faut-il obligatoirement passer aux progressifs après 45 ans ?
Non. Deux paires, verres de bureau ou lentilles restent des options valides.

Ce qu’il faut retenir

  • Presbytie et astigmatisme se corrigent ensemble, en lunettes ou en lentilles.
  • Les progressifs toriques sont la solution la plus courante.
  • Les lentilles multifocales toriques demandent une adaptation.
  • La chirurgie réfractive est une option à évaluer avec un chirurgien.
  • Le choix dépend de l’usage, du budget et du niveau d’astigmatisme.

Ressources officielles

Pour aller plus loin : Lentilles pour presbyte et astigmate : multifocales toriques, Verres progressifs et astigmatisme, Opération de la presbytie : techniques actuelles.


Pour aller plus loin :

Expert en problèmes de vue et fatigues des yeux.

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