En résumé : un traumatisme oculaire (choc, coup, projection, plaie) est une urgence qui impose une prise en charge rapide. Avant l’hôpital : protéger l’œil sans le comprimer, ne rien instiller, ne rien retirer, maintenir la personne calme et transporter vers un service d’urgence ophtalmologique. En cas de doute sur la gravité, appeler le 15.
Pavel, 28 ans, prend un coup de balle de squash dans l’œil. Douleur importante, vision floue. Que faire avant d’arriver aux urgences ? Cette page détaille la conduite à tenir recommandée par la SFO et les services d’urgence.
Qu’appelle-t-on traumatisme oculaire ?
Un traumatisme oculaire est toute atteinte mécanique ou physique de l’œil et de ses annexes (paupières, orbite, voies lacrymales). Il peut être :
- contusif (fermé) : coup direct, choc, impact. Globe oculaire intact mais parfois lésions internes (hyphéma, rupture choroïdienne, décollement de rétine).
- perforant (ouvert) : plaie transfixiante du globe, avec risque de prolapsus de l’iris ou perte de vitré. Urgence absolue.
- pénétrant avec corps étranger intraoculaire : un éclat a traversé la cornée et se trouve à l’intérieur de l’œil.
- contusif avec atteinte orbitaire : fracture du plancher de l’orbite ou des parois.
Les contextes classiques : accidents domestiques, sportifs (squash, paintball, airsoft), professionnels (BTP, mécanique), agressions, accidents de la route, accidents de bricolage.
Quels signes doivent alerter ?
Signes évocateurs de gravité :
- douleur intense ;
- baisse d’acuité visuelle brutale ;
- vision floue, double ou voile noir ;
- photophobie ;
- plaie de la cornée ou de la sclère visible ;
- déformation du globe oculaire ;
- écoulement de liquide clair ou gélatineux (suggère une plaie transfixiante) ;
- hémorragie sous-conjonctivale étendue ;
- hyphéma (sang dans la chambre antérieure, visible comme un niveau rouge entre iris et cornée) ;
- impossibilité d’ouvrir l’œil ;
- œdème palpébral majeur avec hématome ;
- troubles des mouvements oculaires (vision double en regard latéral).
Que faire immédiatement ?
Quelle que soit la gravité apparente :
- rester calme et rassurer la victime ;
- laver les mains avant tout contact ;
- ne pas frotter l’œil ;
- ne pas tenter de retirer un corps étranger fiché ;
- ne pas appliquer de pression sur l’œil blessé ;
- ne pas instiller de collyre, pommade ou autre produit ;
- ne pas laver l’œil au-delà du sérum physiologique ;
- protéger l’œil avec une coque oculaire rigide (ou à défaut, le fond d’un gobelet en plastique propre, collé sans pression) ;
- couvrir également l’autre œil dans les traumatismes graves (les deux yeux bougent ensemble, immobiliser les deux limite les mouvements de l’œil blessé) ;
- appeler le 15 ou se rendre en urgence ophtalmologique.
Dans quels cas appeler le 15 ?
- plaie pénétrante suspectée ;
- perte d’un fragment oculaire visible ;
- vision profondément altérée ;
- traumatisme crânien associé ;
- projection à grande vitesse (meulage, explosion, airsoft, paintball) ;
- accident du travail ;
- victime inconsciente ou polytraumatisée ;
- hémorragie profuse des paupières ;
- impossibilité de transport autonome.
Dans quels cas aller directement aux urgences ?
- contusion modérée sans plaie visible ;
- coup dans l’œil avec douleur persistante mais vision correcte ;
- hématome palpébral isolé sans baisse de vision ;
- corps étranger suspecté sous la paupière ;
- érosion cornéenne suspectée (sensation vive de corps étranger après choc).
Les urgences ophtalmologiques des CHU et de certains hôpitaux spécialisés disposent des moyens de diagnostic (lampe à fente, échographie B, scanner) et de chirurgie nécessaires.
Que ne faut-il surtout pas faire ?
- appliquer une compresse serrée ou un bandage comprimant ;
- retirer un corps étranger fiché (couteau, éclat, morceau de verre) : il bouche la plaie et limite l’évacuation du contenu oculaire ;
- donner à boire ou à manger à la victime (anesthésie possible ensuite) ;
- utiliser un collyre maison ou un produit non prescrit ;
- minimiser un traumatisme : certaines lésions internes sont invisibles au début ;
- attendre le lendemain « pour voir si ça passe ».
Que va faire l’ophtalmologue ?
La prise en charge hospitalière comprend :
- interrogatoire détaillé (mécanisme, produit, vitesse, vaccinations, antécédents) ;
- mesure de l’acuité visuelle ;
- examen à la lampe à fente avec coloration à la fluorescéine ;
- mesure de la pression intra-oculaire (sauf plaie transfixiante) ;
- examen du fond d’œil ;
- imagerie si nécessaire : échographie B, scanner orbitaire ;
- bilan sanguin éventuel avant chirurgie ;
- traitement médical (antibiotiques, anti-inflammatoires, mydriatique) ;
- chirurgie d’urgence en cas de plaie transfixiante ou de corps étranger intraoculaire ;
- prophylaxie antitétanique à jour ;
- hospitalisation selon gravité.
Quelles complications possibles ?
Selon le mécanisme, les complications peuvent inclure :
- érosion ou ulcère cornéen ;
- hyphéma (sang dans la chambre antérieure) ;
- luxation du cristallin ;
- cataracte traumatique ;
- décollement de rétine ;
- rupture choroïdienne ;
- hémorragie du vitré ;
- glaucome post-traumatique ;
- neuropathie optique ;
- ophtalmie sympathique (atteinte auto-immune de l’œil sain, rare mais redoutée).
Un suivi ophtalmologique prolongé est souvent nécessaire.
Que faire chez un enfant ?
- rassurer, immobiliser doucement ;
- ne pas laisser l’enfant frotter ;
- protéger l’œil avec une coque rigide non comprimante ;
- emmener aux urgences ophtalmologiques pédiatriques ;
- noter précisément l’objet, le contexte, l’heure ;
- vérifier la vaccination antitétanique.
Hortense, 74 ans, s’est pris un coup d’une branche en jardinant. Elle a eu le bon réflexe : ne pas frotter, protéger l’œil avec un gobelet et appeler sa fille. L’ophtalmologue a diagnostiqué une érosion cornéenne simple, guérie en 3 jours.
Comment prévenir les traumatismes oculaires ?
Selon la SFO et l’INRS, la plupart sont évitables par :
- lunettes de protection au bricolage, jardinage, bûcheronnage ;
- masques et écrans faciaux au squash, paintball, airsoft, tir, hockey ;
- lunettes balistiques pour certaines professions (forces de l’ordre, armée) ;
- respect des consignes de sécurité en atelier et laboratoire ;
- port des lunettes de sécurité aux postes de travail à risque ;
- rangement des produits et outils hors de portée des enfants ;
- contrôle visuel régulier après tout traumatisme même bénin.
FAQ
Un œil au beurre noir sans baisse de vue nécessite-t-il une consultation ?
Oui, idéalement dans les 24h, pour exclure une atteinte intra-oculaire (hyphéma, déchirure rétinienne) parfois silencieuse.
Peut-on mettre un glaçon sur l’œil contus ?
Oui, enveloppé dans un linge propre, sur la paupière fermée, par courtes périodes. À éviter en cas de plaie.
Un coup dans l’œil avec vision normale impose-t-il une consultation ?
Oui, un examen est recommandé. Certaines lésions internes apparaissent secondairement.
Peut-on conduire après un traumatisme oculaire ?
Non, jusqu’à l’évaluation médicale. La vision peut être altérée ou un œil sur deux couvert.
Combien de temps durent les conséquences ?
Variable : d’une guérison en quelques jours à des séquelles définitives selon la gravité.
Signes d’alerte imposant le 15
- plaie pénétrante visible ;
- perte de fragments oculaires ;
- baisse d’acuité visuelle majeure ;
- traumatisme crânien associé ;
- vision double persistante ;
- incapacité à bouger l’œil ;
- saignement abondant.
Ce qu’il faut retenir
- Un traumatisme oculaire est une urgence, même quand la douleur paraît modérée.
- Protéger l’œil sans le comprimer est la règle d’or.
- Ne jamais retirer un corps étranger fiché, ne jamais appliquer de pression.
- Consulter sans attendre, même en l’absence de plaie apparente.
- Les lunettes de protection préviennent la majorité des traumatismes.
Ressources officielles
- SFO — traumatismes oculaires
- HAS — urgences ophtalmologiques
- INRS — protection oculaire au travail
- Ameli.fr — accident du travail, parcours de soins
- SAMU — 15
Pour aller plus loin
- Corps étranger dans l’œil : conduite à tenir
- Projection chimique dans l’œil : premiers gestes d’urgence
- Coup dans l’œil avec vision floue : quand consulter ?
- Urgences ophtalmologiques : comment s’orienter
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