En résumé : la sécheresse oculaire est une pathologie multifactorielle. Les trois causes dominantes sont l’âge (après 50 ans, chez la femme en particulier), l’exposition prolongée aux écrans et certains médicaments courants (antihistaminiques, antidépresseurs, bêta-bloquants). Identifier ces facteurs aide à orienter le traitement.

Hortense, 74 ans, cumule plusieurs facteurs de risque : âge, ménopause, traitement antihypertenseur, lecture prolongée sur tablette. Sa sécheresse oculaire n’est pas un mystère : c’est la convergence de plusieurs causes identifiables.

Pourquoi les yeux deviennent-ils secs avec l’âge ?

La production des larmes diminue avec les années. Selon l’INSERM, plus d’un adulte sur trois après 65 ans présente des symptômes de sécheresse oculaire.

Les mécanismes physiologiques :

  • baisse de la production lacrymale aqueuse par les glandes lacrymales principales ;
  • atrophie progressive des glandes de Meibomius (glandes sébacées des paupières qui produisent la couche lipidique du film lacrymal) ;
  • altération de la qualité de la mucine (couche profonde du film lacrymal) ;
  • diminution de la fréquence de clignement.

La ménopause accentue ce phénomène via la baisse des œstrogènes, qui régulent indirectement la production lacrymale.

Quel est l’impact des écrans sur la sécheresse oculaire ?

Les écrans (ordinateur, smartphone, tablette) sont la cause numéro un de sécheresse oculaire chez l’adulte jeune et actif.

Les mécanismes :

  • baisse du clignement : de 15 à 5 par minute devant un écran ;
  • position du regard : souvent dirigé vers le haut, augmentant la surface exposée à l’air ;
  • luminosité et contraste : sollicitation accrue de la cornée ;
  • environnement associé : climatisation, chauffage, air sec ;
  • durée cumulée : au-delà de 4 heures d’écran quotidien, les symptômes deviennent significatifs.

La SFO recommande la règle des 20-20-20 : toutes les 20 minutes, regarder à 20 pieds (environ 6 mètres) pendant 20 secondes.

Anne-Sophie, 46 ans, alternait 9 heures de bureau et 2 heures de smartphone le soir. Après avoir intégré des pauses et baissé la luminosité de ses écrans, ses picotements ont diminué en quinze jours.

Quels médicaments favorisent la sécheresse oculaire ?

De nombreuses molécules d’usage courant ont un effet « assécheur ». La liste, non exhaustive, publiée par l’ANSM et reprise par la SFO :

  • antihistaminiques (cétirizine, loratadine) : diminuent la sécrétion lacrymale ;
  • antidépresseurs tricycliques (amitriptyline) et certains ISRS ;
  • antipsychotiques ;
  • bêta-bloquants (propranolol, aténolol), y compris en collyre (traitement du glaucome) ;
  • diurétiques ;
  • antiparkinsoniens anticholinergiques ;
  • isotrétinoïne (traitement de l’acné sévère) ;
  • hormones de substitution (dans certains cas, notamment progestatifs seuls) ;
  • chimiothérapies ;
  • traitement hormonal du cancer du sein (tamoxifène, inhibiteurs de l’aromatase).

Jamais d’arrêt de traitement sans avis médical. Mais signaler la sécheresse à son médecin peut justifier un ajustement.

Quelles pathologies générales provoquent une sécheresse oculaire ?

Certaines maladies systémiques s’accompagnent fréquemment d’un syndrome sec :

  • syndrome de Gougerot-Sjögren : maladie auto-immune touchant les glandes lacrymales et salivaires. Associe sécheresse oculaire, sécheresse buccale et arthralgies ;
  • polyarthrite rhumatoïde, lupus, sclérodermie ;
  • diabète : neuropathie cornéenne, altération du clignement ;
  • dysthyroïdie : hypothyroïdie et hyperthyroïdie (maladie de Basedow) ;
  • déficit en vitamine A (rare en France) ;
  • maladie du greffon contre l’hôte après greffe de moelle.

Un bilan biologique peut être demandé en cas de sécheresse importante sans cause évidente.

Quels sont les facteurs environnementaux ?

Au-delà des écrans, d’autres facteurs comptent :

  • climatisation : sèche l’air ambiant ;
  • chauffage sec, notamment soufflant ;
  • voyage en avion (air très sec en cabine) ;
  • vent, courants d’air ;
  • pollution urbaine ;
  • fumée de tabac ;
  • piscine (chlore et immersion prolongée) ;
  • cosmétiques irritants ;
  • lentilles de contact mal adaptées ou portées trop longtemps.

Quelle est la part du mode de vie ?

Certaines habitudes influencent la surface oculaire :

  • sommeil insuffisant ;
  • hydratation inadéquate ;
  • alimentation pauvre en oméga-3 ;
  • tabagisme actif ou passif ;
  • consommation importante d’alcool ;
  • posture courbée devant l’écran (influe sur le clignement).

Existe-t-il des causes iatrogènes chirurgicales ?

Oui. Certaines interventions peuvent induire ou aggraver une sécheresse :

  • chirurgie réfractive (LASIK, PRK, SMILE) : la section des nerfs cornéens diminue transitoirement la sensibilité et le clignement ;
  • chirurgie de la cataracte : sécheresse fréquente mais souvent transitoire ;
  • chirurgie des paupières (blépharoplastie) : peut altérer la fermeture palpébrale ;
  • radiothérapie de la face : atrophie des glandes lacrymales.

Comment identifier la cause chez un patient donné ?

L’ophtalmologue procède en plusieurs étapes :

  • interrogatoire détaillé : âge, profession, temps d’écran, médicaments, antécédents ;
  • questionnaires standardisés (OSDI, DEQ-5) ;
  • examen à la lampe à fente ;
  • tests de Schirmer, BUT, colorations ;
  • éventuellement bilan biologique (recherche d’auto-anticorps si suspicion de Gougerot-Sjögren).

Quand consulter ?

Il est recommandé de solliciter un avis médical si la sécheresse :

  • dure plus de 3 semaines ;
  • ne répond pas aux larmes artificielles sans conservateur ;
  • gêne la vie quotidienne ;
  • s’accompagne d’une baisse d’acuité visuelle ;
  • est associée à une sécheresse buccale et à des douleurs articulaires.

FAQ

Un collyre antiglaucomateux peut-il rendre les yeux secs ?
Oui. Certains collyres contenant des conservateurs (chlorure de benzalkonium) ou des bêta-bloquants aggravent la sécheresse au long cours.

La pilule contraceptive peut-elle assécher les yeux ?
Certaines formulations peuvent avoir un impact discret sur le film lacrymal. Le lien reste modeste.

Les lentilles causent-elles la sécheresse ?
Elles ne la causent pas mais peuvent la révéler ou l’aggraver. Un changement de matériau ou de rythme de port peut aider.

L’âge est-il la cause principale après 60 ans ?
C’est la cause dominante, souvent associée à la ménopause et à des médicaments concomitants.

Le télétravail a-t-il aggravé les yeux secs ?
Oui, les temps d’écran ont augmenté, souvent dans des environnements peu adaptés (climatisation domestique, luminosité inadaptée).

Signes d’alerte

  • douleur oculaire vive ;
  • baisse brutale de la vue ;
  • œil rouge douloureux ;
  • corps étranger non soulagé par les larmes artificielles ;
  • sécheresse buccale associée à des arthralgies.

Ce qu’il faut retenir

  • L’âge, les écrans et les médicaments sont les trois causes dominantes.
  • Les maladies auto-immunes (Gougerot-Sjögren en tête) doivent être recherchées.
  • Certaines chirurgies ophtalmologiques induisent une sécheresse transitoire.
  • L’environnement (climatisation, chauffage, pollution) joue un rôle majeur.
  • Ne jamais arrêter un médicament sans avis médical.

Ressources officielles

  • SFO — recommandations surface oculaire
  • ANSM — collyres et effets indésirables
  • HAS — bon usage des traitements
  • INSERM — sécheresse oculaire
  • Ameli.fr — parcours de soins

Pour aller plus loin

  • Œil sec : causes, symptômes et premières solutions
  • Syndrome des yeux secs : diagnostic et traitement
  • Traitement des yeux secs : larmes artificielles et alternatives
  • Sécheresse oculaire et écrans : lien et solutions

Pour aller plus loin :

Expert en problèmes de vue et fatigues des yeux.

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