En résumé : la conjonctivite pseudomembraneuse se caractérise par la formation de fausses membranes blanchâtres à l’intérieur des paupières. Elle complique le plus souvent une kératoconjonctivite à adénovirus, plus rarement une infection bactérienne sévère. Un avis ophtalmologique est nécessaire pour ablation prudente et prévention des séquelles conjonctivales.
De quoi parle-t-on exactement ?
La conjonctivite pseudomembraneuse désigne une forme inflammatoire sévère de conjonctivite, caractérisée par des dépôts blanchâtres ou jaunâtres adhérant à la conjonctive palpébrale (face interne des paupières). Contrairement aux vraies membranes (rares, diphtériques), ces fausses membranes sont formées de fibrine, de cellules mortes et de débris cellulaires.
Lorsqu’elles sont détachées avec précaution, elles laissent une conjonctive rouge mais peu saignante.
L’exemple de Rémi, 48 ans, infirmier. Une semaine après le début d’une conjonctivite virale, il consulte pour une aggravation : paupières collées, membranes visibles sur le versant interne, gêne majeure, vision trouble. Ce tableau évoque une conjonctivite pseudomembraneuse à adénovirus.
Quelles en sont les causes principales ?
Plusieurs étiologies sont rapportées dans la littérature et les recommandations de la Société française d’ophtalmologie :
Virales
- Adénovirus — cause la plus fréquente, associée à la kératoconjonctivite épidémique
- Herpès simplex — plus rare, souvent unilatéral
- Épidémie à entérovirus
Bactériennes
- Streptocoques
- Neisseria gonorrhoeae
- Corynebacterium diphtheriae — aujourd’hui exceptionnel grâce à la vaccination
- Shigelles (cas sévères)
Autres
- Syndrome de Stevens-Johnson
- Pemphigoïde oculaire
- Brûlures chimiques sévères
- Kératoconjonctivite ligneuse (très rare)
Les signes qui doivent alerter
- Œil rouge sévère, souvent bilatéral (pour les formes virales)
- Paupières gonflées
- Sécrétions abondantes, parfois sanguinolentes
- Photophobie
- Sensation de corps étranger
- Visible à la paupière retournée : dépôts blanchâtres
- Gêne à l’ouverture des yeux le matin
- Parfois ganglion pré-auriculaire
Une baisse de vue, des douleurs intenses ou une rougeur autour de la cornée sont des signes qui imposent une consultation ophtalmologique urgente.
Pourquoi est-ce plus sérieux qu’une conjonctivite simple ?
Les pseudomembranes peuvent entraîner, sans prise en charge adaptée :
- Des adhérences (symblépharon) entre paupière et globe
- Une altération du film lacrymal au long cours
- Une atteinte cornéenne associée (kératite)
- Une surinfection bactérienne
La prise en charge vise à éviter ces séquelles, qui peuvent gêner durablement la vue et le confort.
Que fait l’ophtalmologiste ?
L’examen clé consiste à retourner la paupière (éversion) pour visualiser les fausses membranes. L’ablation précautionneuse au coton-tige ou à la pince fine, sous anesthésie topique, est souvent nécessaire. Elle est répétée à plusieurs consultations.
Des prélèvements (bactériologie, PCR adénovirus, herpès) peuvent être effectués selon le tableau.
Le traitement est adapté :
- Lavages oculaires répétés
- Collyre antibiotique large spectre en cas de doute bactérien
- Collyre corticoïde dans certaines situations strictement sélectionnées par l’ophtalmologiste
- Traitement antiviral si herpès
- Traitement de la cause générale si syndrome systémique
Le suivi ophtalmologique est rapproché (plusieurs consultations sur 2 à 4 semaines).
Faut-il aller aux urgences ?
Oui dans la plupart des cas. Une suspicion de conjonctivite pseudomembraneuse justifie :
- Une consultation ophtalmologique rapide (24 à 48 heures)
- Un passage aux urgences ophtalmologiques si la douleur est forte, la vue altérée, ou en cas de suspicion herpétique ou gonococcique
Le 15 peut orienter en soirée ou le week-end vers le service d’urgence ophtalmologique le plus proche.
Et après ? Le risque de séquelles
Heureusement, dans la plupart des formes virales communes, la guérison est complète. Quand la prise en charge est tardive, des séquelles peuvent apparaître :
- Infiltrats cornéens sous-épithéliaux (taches blanchâtres, baisse de vue, photophobie prolongée) après adénovirus — ils peuvent persister plusieurs mois
- Adhérences conjonctivales
- Sécheresse oculaire chronique
Un suivi ophtalmologique permet d’accompagner la récupération. Le dépistage des séquelles cornéennes doit être systématique à distance.
Mesures d’hygiène indispensables
Les formes virales sont très contagieuses, surtout à adénovirus. Les précautions reposent sur les recommandations de l’Assurance Maladie :
- Lavage fréquent des mains
- Mouchoirs jetables
- Pas de partage de serviettes, taie, maquillage
- Éviction des lentilles tant que l’inflammation persiste
- Éviction des contacts étroits
- Arrêt de travail souvent nécessaire, notamment pour les soignants et personnel au contact du public
Exemples concrets
Oksana, 35 ans, contracte une conjonctivite virale auprès de son fils. Au 7e jour, elle remarque des « peaux blanches » sous sa paupière. Elle consulte aux urgences ophtalmologiques : ablation des pseudomembranes et suivi sur trois semaines. Aucune séquelle cornéenne finalement.
Joël, 63 ans, diabétique, développe une conjonctivite sévère des deux yeux. Les pseudomembranes massives sont retirées et un traitement antibiotique local est initié. Un bilan général est réalisé devant la sévérité.
FAQ
Est-ce contagieux ?
Oui pour les formes virales et bactériennes. Les mesures d’hygiène sont strictes.
L’ablation des membranes fait-elle mal ?
Elle est réalisée sous anesthésie locale par collyre. La gêne est modérée.
Peut-on guérir sans ablation ?
Certaines formes légères guérissent seules. L’avis ophtalmologique permet de décider.
Les corticoïdes sont-ils automatiques ?
Non. Ils sont réservés à certaines situations et toujours sous contrôle ophtalmologique, car ils peuvent aggraver une herpès oculaire.
Quelle durée de guérison ?
Entre 2 et 6 semaines selon la cause et la sévérité.
Signes d’alerte à retenir
- Baisse de la vue
- Douleur oculaire marquée
- Photophobie sévère
- Membranes épaisses visibles
- Surinfection suspectée
- Vésicules de la paupière (herpès)
Pour aller plus loin
- Société française d’ophtalmologie — kératoconjonctivite épidémique
- HAS — œil rouge aigu
- Ameli.fr — conjonctivite
- Voir aussi : conjonctivite à adénovirus, kératite, conjonctivite avec croûtes
Pour aller plus loin :
