En résumé : le laser SLT (trabéculoplastie sélective) est une technique ambulatoire qui traite le glaucome à angle ouvert. Il applique des impacts laser sur le trabéculum pour améliorer l’évacuation de l’humeur aqueuse. Indolore, répétable, sans cicatrice, il fait baisser la pression intraoculaire de 20 à 30 % pendant 2 à 5 ans. Il peut remplacer ou compléter les collyres.

Qu’est-ce que le laser SLT ?

SLT signifie Selective Laser Trabeculoplasty — trabéculoplastie sélective. « Sélective » car le laser cible les cellules pigmentées du trabéculum (filtre d’évacuation de l’humeur aqueuse) sans abîmer les tissus voisins.

Ce laser est proposé dans les glaucomes à angle ouvert (chronique, pigmentaire, pseudoexfoliatif). Il a remplacé l’ancienne trabéculoplastie à l’argon (ALT), plus traumatisante.

Bruno, 50 ans, myope et porteur d’un glaucome pigmentaire, a bénéficié d’un SLT après avoir mal supporté sa bithérapie de collyres. Résultat : passage à une monothérapie, pression stabilisée, disparition des picotements.

Comment fonctionne-t-il ?

Le laser émet de brèves impulsions qui agissent sur les cellules pigmentées du trabéculum, sans le détruire. Cette action déclenche une cascade biologique qui « réveille » l’évacuation de l’humeur aqueuse. Le liquide s’écoule mieux, la pression intraoculaire baisse.

Contrairement à la chirurgie, il ne crée pas de nouvelle voie d’évacuation : il restaure la voie naturelle. C’est pour cela qu’il est réservé aux glaucomes à angle ouvert (le filtre doit être accessible).

Comment se déroule la séance ?

La séance est ambulatoire, en cabinet ophtalmologique.
Préparation : instillation d’un collyre anesthésique, parfois d’un collyre hypotonisant préventif.
Installation : on s’assoit devant le laser, la tête appuyée sur une mentonnière.
Pose d’un verre de contact sur l’œil pour stabiliser le faisceau (après anesthésie).
Traitement : 50 à 100 impacts répartis sur 180° ou 360° du trabéculum. Durée : 5 à 10 minutes par œil.
Fin : rinçage de l’œil. Observation de la PIO pendant 30-60 minutes.

Le patient ressent parfois de petits flashs lumineux, parfois une sensation de pression, mais la séance reste indolore.

Quelle efficacité ?

Les études, citées par la SFO et reprises dans les recommandations internationales, montrent :
– Baisse moyenne de la PIO de 20 à 30 %.
– Efficacité chez environ 70 à 80 % des patients.
– Durée d’action : 2 à 5 ans en moyenne, parfois plus.
– Séance répétable en cas de diminution d’effet.

L’étude LiGHT, publiée en 2019 et ses suites à 6 ans, a montré que le SLT en première intention permettait de préserver la vision au moins aussi bien que les collyres, avec moins de contraintes d’observance et une part non négligeable de patients (74 %) sans aucun collyre après 6 ans.

Quelles sont les indications ?

Le SLT est indiqué dans :
Glaucome chronique à angle ouvert (forme la plus fréquente).
Glaucome pigmentaire.
Glaucome pseudoexfoliatif (souvent très sensible au SLT).
Hypertonie oculaire à risque élevé.
En première intention pour éviter les contraintes d’un collyre à vie.
En complément des collyres si la PIO cible n’est pas atteinte.
Chez les patients intolérants aux collyres.
Chez les femmes en projet de grossesse pour limiter les collyres.

Il n’est pas indiqué dans les glaucomes par fermeture de l’angle non traités (il faut d’abord faire une iridotomie), les glaucomes néovasculaires, les glaucomes avec inflammation active.

Quelles contre-indications ?

  • Cornée très œdémateuse ou opaque (empêche la visualisation du trabéculum).
  • Glaucomes secondaires sévères (uvéitiques actifs, néovasculaires).
  • Chambre antérieure peu profonde (à évaluer individuellement).

Quels effets secondaires ?

Le SLT est très bien toléré. Effets possibles :
Pic de pression transitoire dans les heures qui suivent (d’où la surveillance post-laser).
Rougeur conjonctivale passagère.
Inflammation modérée calmée par un collyre anti-inflammatoire pendant quelques jours.
Douleur très rare, sensibilité à la lumière quelques heures.

Les complications graves sont exceptionnelles.

Que faire après la séance ?

  • Ne pas se frotter l’œil.
  • Mettre les collyres prescrits (anti-inflammatoires, hypotonisants si maintenus).
  • Éviter les activités intenses dans les 24 premières heures.
  • Se faire raccompagner si la vision est floue (rare).
  • Reprendre une activité normale dès le lendemain.

Un contrôle est prévu dans la semaine ou les 2 semaines, puis à 1, 3, 6 mois pour évaluer la baisse de pression.

Faut-il arrêter les collyres ?

Pas systématiquement. Plusieurs scénarios :
SLT en première intention : les collyres peuvent être évités ou réintroduits selon l’effet.
SLT en complément : les collyres sont maintenus, parfois allégés après constat de baisse suffisante.
SLT de rattrapage : décision personnalisée selon l’objectif de PIO.

La décision est prise au cas par cas, après plusieurs mesures de la PIO.

SLT et récidive

L’effet du SLT n’est pas éternel. Une baisse d’efficacité à 3-5 ans est fréquente. La séance peut être répétée, avec un succès souvent comparable à la première. La trabéculoplastie sélective a l’avantage, par rapport à l’ALT ancienne, de pouvoir être recommencée sans dégâts cumulés.

Fadila, 56 ans, a eu un SLT à 48 ans, puis un deuxième à 54 ans. Sa pression est restée stable et elle n’a utilisé qu’un seul collyre pendant toute cette période.

Prise en charge par l’Assurance Maladie

Le laser SLT est pris en charge par l’Assurance Maladie dans le cadre conventionné, au titre des actes techniques ophtalmologiques. Un reste à charge existe en secteur 2 (dépassements d’honoraires). La plupart des mutuelles couvrent tout ou partie de ce reste. Détails sur Ameli.fr.

FAQ

Le laser SLT fait-il mal ?
Non. Les flashs sont perçus, parfois une pression brève, mais pas de douleur.

Combien de temps dure l’effet ?
En moyenne 2 à 5 ans, parfois plus. Répétable au besoin.

Puis-je conduire après la séance ?
Ça dépend du ressenti. Beaucoup reprennent la conduite le jour même ; d’autres préfèrent attendre 24 h.

Le SLT abîme-t-il le trabéculum ?
Non, c’est justement la spécificité du SLT par rapport à l’ALT : il respecte le tissu.

Peut-on faire un SLT si on a eu une cataracte opérée ?
Oui, c’est même une configuration favorable si l’angle reste accessible.

Ce qu’il faut retenir

  • Le SLT traite le trabéculum sans cicatrice, de façon sélective.
  • Baisse de PIO moyenne 20-30 % pendant 2 à 5 ans.
  • Proposé en première intention, complément ou rattrapage.
  • Séance ambulatoire, indolore, répétable.
  • Prise en charge par l’Assurance Maladie.

Pour aller plus loin

  • Nos articles sur le traitement du glaucome, l’iridotomie, les MIGS.
  • Ressources officielles : Ameli.fr, SFO, HAS.
  • Associations : Association France Glaucome.

Pour aller plus loin :

Expert en problèmes de vue et fatigues des yeux.

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