En résumé. Un œil qui pleure sans raison apparente (larmoiement chronique ou épiphora) peut résulter de deux mécanismes opposés : une production excessive de larmes (irritation, allergie, sécheresse paradoxale) ou un défaut d’évacuation par obstruction des voies lacrymales. L’ophtalmologue identifie la cause à l’examen et propose des solutions qui vont de l’hygiène palpébrale à la chirurgie des voies lacrymales.
Comment fonctionnent les larmes ?
Les larmes sont produites en continu par la glande lacrymale principale (près de l’angle externe supérieur de l’œil) et par des glandes accessoires. Elles s’étalent à chaque clignement pour former le film lacrymal, puis s’évacuent par deux petits orifices situés sur le bord des paupières, les points lacrymaux, vers le sac lacrymal et le nez via le canal lacrymo-nasal.
Lorsque ce circuit est perturbé, l’œil larmoie : soit la production est trop abondante, soit l’évacuation est entravée. Ces deux mécanismes ne se traitent pas de la même manière, d’où l’importance d’un diagnostic précis.
Les principales causes de larmoiement chronique
Irritation et sécheresse paradoxale
Contre-intuitif, mais fréquent. Un film lacrymal instable déclenche un réflexe de sur-production de larmes, insuffisamment qualitatives, qui débordent sans lubrifier correctement. Les patients décrivent des yeux « qui pleurent tout le temps » et qui, simultanément, piquent ou brûlent. Le vent, la climatisation, les écrans aggravent la sensation.
Fabrice, 41 ans, se plaint depuis des mois d’un larmoiement permanent : son bilan retrouve une sécheresse oculaire marquée, traitée par larmes artificielles sans conservateur et hygiène palpébrale.
Obstruction des voies lacrymales
L’obstruction du canal lacrymo-nasal est une cause classique de larmoiement, surtout après 60 ans. Le larmoiement est majoré au grand air, à la lecture, et l’œil peut présenter des sécrétions collantes. Le médecin réalise un test de perméabilité (lavage des voies lacrymales) et, en cas d’obstruction confirmée, peut proposer une dacryocystorhinostomie (création d’un nouveau trajet entre sac lacrymal et fosse nasale).
Blépharite et dysfonction des glandes de Meibomius
Les glandes de Meibomius produisent la couche lipidique du film lacrymal. Leur inflammation chronique entraîne sécheresse et larmoiement réflexe. Hygiène quotidienne des paupières (compresses tièdes, massage, nettoyage des cils) reste la base du traitement.
Allergie oculaire
Démangeaisons, rougeur, larmoiement clair, souvent bilatéral et saisonnier. La prise en charge combine éviction des allergènes, collyres antihistaminiques et mesures environnementales.
Ectropion et entropion
Chez la personne âgée, la paupière inférieure peut se retourner vers l’extérieur (ectropion) ou vers l’intérieur (entropion). Dans les deux cas, l’évacuation des larmes est perturbée. Le traitement est chirurgical lorsque la gêne est importante.
Obstruction chez le nourrisson
Chez le bébé, une imperforation du canal lacrymo-nasal est fréquente : elle se manifeste par un larmoiement chronique d’un œil, parfois avec sécrétions. Des massages du sac lacrymal suffisent dans la majorité des cas, la perméabilisation se faisant spontanément avant 12 mois. Un sondage est proposé en cas de persistance.
Quand consulter ?
Un larmoiement chronique n’est pas une urgence, mais il mérite un avis médical dès qu’il :
- persiste au-delà de 3 à 4 semaines,
- s’accompagne de sécrétions purulentes ou de douleur,
- gêne la vision ou impose de s’essuyer constamment,
- survient sur un œil déjà opéré ou traumatisé,
- touche un bébé au-delà de 12 mois.
Un larmoiement brutal associé à un œil rouge douloureux et une baisse de vision n’entre pas dans ce cadre : il s’agit alors d’une urgence ophtalmologique (voir articles dédiés).
Examens réalisés par l’ophtalmologue
- Examen à la lampe à fente.
- Test de Schirmer (mesure de la sécrétion lacrymale).
- Test au BUT (break-up time) pour la stabilité du film lacrymal.
- Examen des points lacrymaux et lavage des voies lacrymales.
- Éventuellement, dacryoscanner ou dacryographie en cas de suspicion d’obstruction.
Solutions et traitements
Mesures hygiéniques
- Compresses tièdes matin et soir.
- Nettoyage du bord des paupières avec un produit adapté.
- Limitation des écrans prolongés sans pause.
- Humidification de l’air intérieur.
Traitements médicaux
- Larmes artificielles sans conservateur en cas de sécheresse.
- Collyres antihistaminiques en cas d’allergie.
- Antibiotiques locaux si infection bactérienne associée.
- Ciclosporine ou autres traitements spécialisés dans les sécheresses sévères.
Chirurgie
- Dacryocystorhinostomie pour obstruction du canal lacrymo-nasal.
- Cure d’ectropion ou d’entropion.
- Sondage des voies lacrymales chez l’enfant.
Larmoiement et enfant
Chez le petit enfant, un larmoiement persistant doit faire évoquer :
- une imperforation du canal lacrymo-nasal,
- une dacryocystite (paupière inférieure rouge, gonflée : consultation rapide),
- un glaucome congénital (rare mais grave : larmoiement, photophobie, cornée terne). La consultation spécialisée s’impose sans délai.
FAQ
Peut-on avoir les yeux qui pleurent à cause du froid uniquement ?
Oui, le froid et le vent augmentent la production réflexe de larmes chez tout le monde. Le larmoiement devient pathologique quand il persiste en intérieur sans stimulus.
Un maquillage peut-il provoquer un larmoiement chronique ?
Oui, notamment s’il obstrue les orifices des glandes de Meibomius sur le bord des paupières. Le démaquillage quotidien avec un produit doux est recommandé.
Le larmoiement entraîne-t-il une baisse de vision ?
Il peut flouter temporairement la vision par film lacrymal instable. Une baisse visuelle persistante doit être évaluée par un ophtalmologue.
Les gouttes décongestionnantes aident-elles ?
Non, elles peuvent aggraver la situation en sollicitant davantage la production lacrymale et en créant un effet rebond.
Signes d’alerte
- Larmoiement + douleur oculaire
- Larmoiement + baisse visuelle
- Paupière rouge et gonflée (dacryocystite)
- Enfant avec larmoiement et photophobie
- Larmoiement unilatéral après traumatisme
Ce qu’il faut retenir
- Un œil qui pleure peut provenir d’un excès de production ou d’un défaut d’évacuation.
- Le diagnostic repose sur l’examen ophtalmologique.
- Les traitements vont de l’hygiène palpébrale à la chirurgie.
- Un larmoiement associé à douleur ou baisse visuelle sort du cadre chronique : consultation rapide.
Ressources officielles
- Société Française d’Ophtalmologie — sfo.asso.fr
- HAS — has-sante.fr
- Ameli — ameli.fr
- INSERM — inserm.fr
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