En résumé. Une douleur « derrière l’œil » (rétro-oculaire) peut être d’origine ophtalmologique (névrite optique, uvéite postérieure, glaucome aigu), neurologique (migraine, céphalée de Horton, hypertension intracrânienne), ORL (sinusite) ou liée à un défaut de correction visuelle. Les signes d’alerte sont la baisse visuelle, la diplopie, les céphalées intenses inhabituelles, les troubles neurologiques associés.
Comprendre la douleur rétro-oculaire
La région située en arrière du globe oculaire abrite de nombreuses structures sensibles : muscles oculomoteurs, nerf optique, vaisseaux, tissus graisseux, et à proximité immédiate, les sinus (frontal, ethmoïdal, sphénoïdal) et la dure-mère. Une douleur perçue « derrière l’œil » peut donc correspondre à un très grand nombre de causes.
L’interrogatoire est essentiel :
- douleur permanente ou en éclairs,
- aggravation par les mouvements oculaires (évoque une atteinte nerveuse ou musculaire),
- aggravation par la position penchée en avant (évoque une sinusite),
- horaires (nocturne, au réveil, en fin de journée),
- signes associés (rougeur, baisse visuelle, diplopie, nausées, rhinorrhée, céphalée).
Causes ophtalmologiques
Névrite optique
- Douleur aggravée par les mouvements oculaires.
- Baisse d’acuité visuelle centrale en quelques jours.
- Altération de la vision des couleurs (dyschromatopsie rouge-vert).
- Scotome central ou altitudinal.
- Fréquente chez la femme jeune, souvent dans le contexte d’une sclérose en plaques.
- Examens : fond d’œil, vision des couleurs, IRM cérébrale.
Uvéite postérieure
- Baisse visuelle progressive, corps flottants.
- Douleur modérée, parfois rétro-oculaire.
- Bilan étiologique étendu (infectieux, inflammatoire).
Glaucome aigu par fermeture de l’angle
- Douleur violente frontale et rétro-oculaire.
- Halos colorés, nausées, vomissements.
- Urgence.
Troubles de la réfraction non corrigés
- Hypermétropie latente, presbytie débutante, astigmatisme.
- Fatigue visuelle avec céphalées rétro-oculaires en fin de journée.
- Soulagement par correction optique.
Insuffisance de convergence, troubles oculomoteurs
- Inconfort à la lecture prolongée, diplopie fugace.
- Avis orthoptique utile.
Causes ORL
Sinusite
- Douleur aggravée en position penchée.
- Rhinorrhée, obstruction nasale, fièvre.
- Douleur frontale (sinusite frontale), maxillaire (sinusite maxillaire), rétro-oculaire profonde (sinusite sphénoïdale).
- Examen ORL, parfois imagerie.
Cellulite orbitaire
- Extension infectieuse d’une sinusite.
- Œdème palpébral, douleur aux mouvements oculaires, fièvre.
- Urgence hospitalière.
Causes neurologiques
Migraine
- Douleur unilatérale pulsatile, photophobie, phonophobie.
- Aura visuelle possible.
- Episodes stéréotypés.
Algie vasculaire de la face (céphalée de Horton)
- Douleur unilatérale intense, péri et rétro-oculaire.
- Durée 15 à 180 minutes.
- Agitation, larmoiement homolatéral, congestion nasale, ptosis.
- Caractère récidivant, en salves.
Hypertension intracrânienne
- Céphalée persistante, aggravée au réveil, par la toux.
- Nausées, vomissements en jet.
- Troubles visuels transitoires, œdème papillaire au fond d’œil.
- Bilan neurologique et imagerie.
Névralgie du trijumeau
- Douleurs en éclair dans le territoire V1 (front, œil) ou V2 (joue).
- Déclenchement par attouchement, mastication.
Cas particulier : la maladie de Horton (artérite à cellules géantes)
Chez le sujet de plus de 50 ans :
- céphalées temporales,
- douleur rétro-oculaire,
- baisse visuelle brutale (neuropathie optique ischémique antérieure),
- claudication de la mâchoire,
- altération de l’état général,
- VS et CRP très élevées.
Urgence thérapeutique (corticothérapie forte dose) pour préserver la vision de l’autre œil.
Quand consulter ?
En urgence :
- baisse visuelle associée,
- céphalée intense et inhabituelle,
- troubles neurologiques (déficit moteur, trouble de la parole),
- diplopie, vision double,
- fièvre, œdème palpébral,
- sujet de plus de 50 ans avec céphalée récente.
Dans la journée ou dans la semaine :
- douleur modérée récidivante,
- gêne à la lecture, fatigue visuelle,
- céphalée matinale avec rhinorrhée (suspicion de sinusite).
Examens réalisés
- Examen ophtalmologique complet (acuité, fond d’œil, champ visuel, couleurs).
- Examen neurologique.
- Examen ORL si suspicion de sinusite.
- IRM cérébrale en cas de suspicion de névrite optique ou d’hypertension intracrânienne.
- Bilan biologique (CRP, VS) chez le sujet de plus de 50 ans.
- Examen de la réfraction et bilan orthoptique si fatigue visuelle.
Traitements selon la cause
- Névrite optique : corticothérapie IV forte dose dans certaines indications.
- Sinusite : traitement ORL (lavages, parfois antibiotiques selon le tableau).
- Migraine : traitement de crise et de fond.
- Céphalée de Horton (algie vasculaire) : traitement spécifique (oxygène, triptans).
- Maladie de Horton (artérite) : corticothérapie urgente.
- Troubles réfractifs : correction optique, rééducation orthoptique.
Amal, 50 ans, consulte pour des douleurs rétro-oculaires en fin de journée, surtout après 8 heures d’écran. Le bilan retrouve une hypermétropie non corrigée et une insuffisance de convergence débutante. Une correction optique et quelques séances d’orthoptie font disparaître les symptômes.
Prévention
- Correction optique à jour.
- Pauses visuelles régulières (règle 20-20-20).
- Éclairage adapté du poste de travail.
- Traitement des sinusites chroniques.
- Prise en charge des migraines.
- Hydratation suffisante, sommeil régulier.
FAQ
Une douleur rétro-oculaire isolée est-elle grave ?
Pas systématiquement, mais elle justifie un examen pour identifier sa cause, surtout si elle se répète.
Peut-on avoir une migraine sans céphalée ?
Oui, l’aura migraineuse sans céphalée existe, plus fréquente chez la personne âgée.
Les écrans peuvent-ils provoquer une douleur derrière l’œil ?
Indirectement, via la fatigue visuelle, surtout en cas de défaut de correction.
Les douleurs rétro-oculaires sont-elles le signe d’un AVC ?
Non isolément. Un AVC est évoqué devant une association de symptômes neurologiques (hémiparésie, trouble du langage). Une urgence s’impose dans ce cas.
Signes d’alerte
- Baisse visuelle associée
- Douleur aux mouvements oculaires
- Céphalée intense et inhabituelle
- Troubles neurologiques
- Fièvre, œdème palpébral
- Sujet de plus de 50 ans avec céphalée récente
Ce qu’il faut retenir
- La douleur rétro-oculaire a des causes multiples.
- L’association à une baisse visuelle ou à des signes neurologiques est une urgence.
- Un défaut de correction optique est une cause fréquente et bénigne de fatigue rétro-oculaire.
- L’examen clinique oriente souvent le diagnostic avant les examens complémentaires.
Ressources officielles
- Société Française d’Ophtalmologie — sfo.asso.fr
- HAS — has-sante.fr
- Ameli — ameli.fr
- INSERM — inserm.fr
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