En résumé : l’angiographie rétinienne est un examen d’imagerie qui visualise les vaisseaux de la rétine et de la choroïde après injection d’un colorant (fluorescéine ou vert d’indocyanine). Elle est indiquée dans la DMLA exsudative, la rétinopathie diabétique, les occlusions vasculaires et les uvéites. L’examen dure environ 30 minutes. Il est remboursé à 70 % par l’Assurance Maladie quand il est prescrit dans un cadre médical.
Colette, 61 ans, vient d’être adressée pour une angiographie à la fluorescéine afin de confirmer un diagnostic de DMLA exsudative. Elle s’inquiète de l’injection, de la durée et des effets possibles. Pour comprendre cet examen, il faut connaître son principe, ses indications et ses limites.
À quoi sert l’angiographie rétinienne ?
L’angiographie permet de visualiser la circulation sanguine au niveau de la rétine et de la choroïde. Le colorant injecté dans une veine du bras atteint en quelques secondes les vaisseaux oculaires. Une caméra spécifique photographie alors le fond d’œil à mesure que le produit circule.
Cet examen met en évidence :
- des néovaisseaux (vaisseaux anormaux) ;
- des zones d’ischémie (territoires mal perfusés) ;
- des fuites liées à une altération de la barrière hémato-rétinienne ;
- des anomalies de la circulation choroïdienne.
Il complète le fond d’œil et l’OCT, surtout dans les pathologies vasculaires.
Deux produits, deux indications
Deux colorants sont utilisés en pratique :
- Fluorescéine sodique : molécule hydrosoluble qui reste principalement dans les vaisseaux rétiniens. Utilisée pour la rétinopathie diabétique, les occlusions veineuses, les uvéites postérieures et certains bilans de DMLA.
- Vert d’indocyanine (ICG) : molécule liposoluble qui explore la choroïde. Indiqué dans la DMLA exsudative, les choriorétinopathies séreuses centrales et certaines tumeurs choroïdiennes.
Les deux produits peuvent être associés dans une même séance pour obtenir une imagerie complète.
Indications principales
L’angiographie est prescrite dans plusieurs situations :
- DMLA exsudative : localiser les néovaisseaux avant un traitement anti-VEGF, préciser le type (classique, occulte).
- Rétinopathie diabétique : évaluer les zones d’ischémie, guider un traitement laser.
- Occlusion veineuse ou artérielle rétinienne : cartographier l’étendue.
- Uvéite postérieure : détecter vascularites, œdème maculaire.
- Choriorétinopathie séreuse centrale : identifier le point de fuite.
- Tumeurs de la rétine ou de la choroïde : bilan vasculaire.
La place de l’angiographie a diminué avec l’arrivée de l’OCT angiographie (examen sans injection), mais elle reste indispensable dans certaines situations.
Déroulement pratique de l’examen
L’angiographie se pratique en cabinet équipé ou à l’hôpital :
- Accueil et interrogatoire : allergies, antécédents, traitements, fonction rénale.
- Instillation de collyres mydriatiques pour dilater la pupille.
- Pose d’un cathéter veineux au pli du coude.
- Injection du colorant : quelques millilitres en quelques secondes.
- Clichés rapprochés au début (toutes les 1 à 2 secondes), puis espacés.
- Clichés tardifs à 5, 10 et 15 minutes.
- Retrait du cathéter et surveillance quelques minutes.
L’examen complet dure 20 à 40 minutes. Il se fait en position assise devant l’appareil.
Ce que l’on voit sur les images
L’angiographie produit des images en noir et blanc où le colorant apparaît en blanc. Plusieurs phases sont distinguées :
- Phase précoce (choroïdienne puis artérielle) : 10 à 20 secondes après injection.
- Phase veineuse précoce et tardive : 25 à 45 secondes.
- Phase tardive : quelques minutes après l’injection.
Les médecins recherchent des anomalies :
- Hyperfluorescence (zones anormalement blanches) : fuite, néovaisseaux, staining.
- Hypofluorescence (zones sombres) : ischémie, obstacle, hémorragie.
L’interprétation croise ces signes avec l’OCT et le fond d’œil.
Effets secondaires et contre-indications
L’angiographie est un examen sûr mais qui expose à des effets indésirables.
Fluorescéine :
- Fréquents : coloration jaunâtre de la peau et des urines pendant 24 à 48 heures, nausées transitoires (10 à 15 % des patients).
- Rares : réactions allergiques, bronchospasme, malaise vagal.
- Exceptionnels mais graves : choc anaphylactique (< 1 / 200 000 selon les données publiées).
Vert d’indocyanine :
- Contre-indiqué en cas d’allergie à l’iode ou au produit lui-même.
- Prudence en cas d’insuffisance hépatique sévère.
La grossesse n’est pas une contre-indication absolue mais impose une pesée bénéfice-risque. L’allaitement peut nécessiter une pause selon le produit utilisé, l’ANSM met à disposition les fiches de sécurité.
Tableau : comparaison rapide des deux colorants
| Colorant | Tissu exploré | Indications principales | Effets secondaires notables |
|---|---|---|---|
| Fluorescéine | Rétine | Rétinopathie diabétique, DMLA, occlusions | Coloration jaune, nausées |
| Vert d’indocyanine | Choroïde | DMLA exsudative, CSC, tumeurs | Allergie iode, rare toxicité hépatique |
| OCT angiographie | Rétine + choroïde | Dépistage, suivi | Aucun (pas d’injection) |
Précautions avant et après
Avant l’examen :
- Signaler toute allergie (médicament, iode, fluorescéine).
- Lister les traitements en cours (bêtabloquants, anticoagulants).
- Éviter les lentilles de contact le jour même.
- Venir accompagné, surtout en cas de dilatation.
Après l’examen :
- Ne pas conduire pendant quelques heures (pupilles dilatées).
- Boire un peu d’eau pour accélérer l’élimination du colorant.
- Prévenir du changement de couleur des urines (jaune fluo).
- Consulter rapidement en cas de réaction cutanée ou respiratoire différée.
Angiographie vs OCT angiographie : quelles différences concrètes
L’OCT angiographie (OCT-A) est devenue un complément majeur, voire parfois un remplacement, de l’angiographie classique. Elle présente plusieurs atouts :
- Pas d’injection : zéro risque allergique ou digestif.
- Répétable sans contrainte particulière.
- Analyse séparée des couches vasculaires superficielles et profondes.
- Rapidité : quelques minutes par œil.
Les limites de l’OCT-A :
- Champ étroit : l’angiographie classique couvre toute la périphérie rétinienne, ce que l’OCT-A ne fait pas toujours.
- Pas de visualisation des fuites dynamiques : la fluorescéine reste nécessaire pour les évaluer.
- Artefacts liés aux mouvements.
En pratique, beaucoup d’équipes utilisent l’OCT-A en première intention et réservent l’angiographie classique aux situations complexes (DMLA exsudative atypique, uvéite, occlusion avec extension périphérique).
Exemple de parcours pour une DMLA exsudative
Colette, 61 ans, consulte pour une baisse d’acuité brutale de son œil droit. Le fond d’œil et l’OCT révèlent un décollement séreux et du fluide intra-rétinien. L’ophtalmologue propose une angiographie à la fluorescéine pour préciser le type de néovaisseau. L’examen montre une hyperfluorescence précoce en flaque, typique d’une néovascularisation classique. Le traitement par anti-VEGF est initié rapidement, avec suivi par OCT avant chaque injection.
Dans un cas de DMLA avec suspicion de vasculopathie polypoïdale (plus fréquente chez les patients asiatiques), l’angiographie au vert d’indocyanine (ICG) révèle les polypes caractéristiques, guidant une prise en charge spécifique.
Checklist avant l’angiographie
Pour limiter les imprévus :
- Prévenir si l’on a déjà mal toléré une angiographie précédente.
- Préparer la liste des médicaments en cours.
- Signaler toute grossesse ou allaitement.
- Apporter une paire de lunettes de soleil.
- Venir accompagné, surtout si une dilatation est prévue.
- Éviter les vêtements clairs (la fluorescéine peut tacher en cas d’incident de perfusion).
Remboursement
L’angiographie rétinienne est inscrite à la CCAM. Elle est remboursée à 70 % par l’Assurance Maladie sur prescription médicale. La part restante est couverte par la mutuelle. Dans le cadre d’une ALD (diabète, DMLA), la prise en charge peut atteindre 100 % du tarif conventionnel.
Ameli.fr met à jour la cotation et les conditions de remboursement.
FAQ
L’angiographie rétinienne fait-elle mal ?
Non. Seule l’injection peut provoquer une légère piqûre au niveau du bras. L’examen lui-même est indolore.
Peut-on faire une angiographie sans injection ?
Oui, l’OCT angiographie est un examen sans injection qui explore les vaisseaux rétiniens. Elle ne remplace pas totalement l’angiographie avec colorant dans les situations complexes.
Peut-on conduire après ?
Non, pas immédiatement : les pupilles sont dilatées et la vision reste floue plusieurs heures. Il est conseillé de se faire accompagner.
Que faire en cas de nausées pendant l’examen ?
Le prévenir au personnel soignant. Les nausées sont fréquentes mais transitoires.
Combien de temps les urines restent-elles jaunes ?
Environ 24 à 48 heures. C’est un effet attendu, sans gravité.
Ce qu’il faut retenir
- L’angiographie rétinienne visualise les vaisseaux du fond d’œil après injection.
- Deux colorants : fluorescéine (rétine) et vert d’indocyanine (choroïde).
- Indications majeures : DMLA, rétinopathie diabétique, occlusions, uvéites.
- Signaler toute allergie avant l’examen.
- Remboursement à 70 % par l’Assurance Maladie.
Pour aller plus loin
- Fond d’œil : à quoi sert cet examen ?
- OCT en ophtalmologie : principe et indications
- OCT maculaire : DMLA, œdème, trou maculaire
- Fond d’œil et rétinopathie diabétique : ce que cherche le médecin
- Ameli.fr — Actes d’imagerie ophtalmologique
- Société Française d’Ophtalmologie — Angiographie
- ANSM — Fluorescéine et vert d’indocyanine
Pour aller plus loin :
