En résumé — Une déchirure rétinienne est une rupture de la fine membrane nerveuse du fond de l’œil. Elle précède souvent le décollement de rétine, qu’elle peut provoquer si du liquide passe sous la rétine. Les signes évocateurs sont typiques : apparition brutale de mouches volantes, éclairs lumineux, parfois pluie de points noirs. Selon les recommandations de la SFO, une consultation rapide est nécessaire : un traitement au laser ou par cryothérapie peut éviter l’évolution vers un décollement, beaucoup plus grave.

Qu’est-ce qu’une déchirure de la rétine ?

La rétine est la membrane sensorielle qui recouvre le fond de l’œil. Elle capte la lumière et la transforme en signal nerveux. Lorsqu’elle se déchire, il s’agit d’une petite solution de continuité, souvent en périphérie, là où la rétine est la plus fine.

Le mécanisme le plus fréquent implique le vitré, ce gel transparent qui remplit l’œil. Avec l’âge, le vitré se liquéfie et se rétracte : on parle de décollement postérieur du vitré (DPV). Lors de ce décollement, si le vitré adhère fortement à certaines zones rétiniennes, il peut tirer sur la rétine et la déchirer, comme un adhésif qui arracherait un morceau de papier.

On distingue plusieurs formes :

  • Déchirure en fer à cheval : la plus classique, forme triangulaire avec un « clapet » soulevé
  • Trou rétinien atrophique : petit trou arrondi, souvent asymptomatique, chez le myope
  • Désinsertion à l’ora serrata : déchirure à l’extrême périphérie, souvent post-traumatique chez le sujet jeune
  • Déchirure géante : supérieure à 90° de circonférence, rare et grave

Selon l’INSERM, les déchirures rétiniennes sont plus fréquentes chez les myopes forts, les sujets âgés et les patients avec antécédents de chirurgie intraoculaire.

Quels sont les signes qui doivent alerter ?

Les symptômes sont souvent typiques et leur apparition brutale est l’élément clé. Aucun de ces signes ne provoque de douleur : la rétine n’est pas sensible.

Trois grands signaux d’alerte :

1. Les mouches volantes apparues récemment
Ce sont les myodésopsies : petits points, filaments, toile d’araignée, cheveu. Quand elles apparaissent brusquement, en grand nombre ou se modifient rapidement, elles peuvent traduire une traction ou une hémorragie liée à une déchirure.

2. Les flashs lumineux (phosphènes)
Ce sont de brefs éclairs, souvent en périphérie du champ visuel, plus visibles dans la pénombre. Ils traduisent l’irritation mécanique de la rétine par le vitré qui la tire. Un flash isolé est fréquent lors d’un décollement postérieur du vitré, mais leur persistance ou leur multiplication doit alerter.

3. La pluie de points noirs ou « suie »
Suggère une petite hémorragie dans le vitré liée au déchirement d’un vaisseau rétinien. Plus évocatrice qu’une simple mouche isolée.

Karine, 36 ans, myope à -7, a consulté un samedi après-midi pour des flashs répétés dans son œil gauche apparus la veille, avec de nouveaux « filaments » noirs. Le fond d’œil dilaté a révélé une petite déchirure en fer à cheval, traitée le jour même au laser.

Comment différencier une déchirure d’un simple décollement postérieur du vitré ?

Le décollement postérieur du vitré (DPV) est un phénomène physiologique. Il survient chez la plupart des personnes après 55 à 65 ans. Il provoque souvent mouches volantes et flashs mais n’est pas pathologique en lui-même.

La difficulté : 10 à 15 % des DPV symptomatiques s’accompagnent d’une déchirure rétinienne. Seul l’examen de l’ophtalmologue, avec fond d’œil dilaté, permet de trancher.

En pratique, voici les situations évocatrices :

Élément Plutôt bénin Plutôt inquiétant
Ancienneté des flotteurs Anciens, stables Brusques, récents (< quelques jours)
Nombre Peu nombreux Nombreux, en pluie
Flashs Absents Présents, répétés
Voile ou rideau Absent Présent
Acuité visuelle Normale Baissée

Cette grille ne remplace pas l’examen médical. Tout doute justifie une consultation.

Quand consulter ?

La règle simple : flashs ou mouches volantes apparus brutalement = consultation dans les 24 à 48 heures. C’est la recommandation de la SFO et de la HAS pour limiter le risque d’évolution vers le décollement de rétine.

Urgences absolues, à consulter sans attendre :

  • Voile noir ou rideau dans le champ visuel
  • Baisse soudaine de la vision
  • Pluie abondante de points noirs

Si l’ophtalmologue habituel n’est pas disponible, il faut se rendre aux urgences ophtalmologiques d’un CHU ou d’un centre de référence. Une simple déchirure traitée dans les premières heures ou les premiers jours évite le plus souvent la chirurgie lourde du décollement.

Qui est le plus à risque ?

Plusieurs facteurs augmentent la probabilité de déchirure rétinienne :

  • Myopie forte (au-delà de -6 dioptries) : rétine plus fine, vitré plus liquéfié
  • Âge entre 55 et 70 ans : période du décollement postérieur du vitré physiologique
  • Antécédent personnel ou familial de déchirure ou décollement
  • Chirurgie de la cataracte récente
  • Traumatisme oculaire
  • Dégénérescence palissadique (zone de fragilité périphérique)
  • Uvéite chronique

Diane, 42 ans, myope depuis l’enfance, a un suivi annuel du fond d’œil en raison de sa myopie forte : une petite zone de dégénérescence palissadique avait été identifiée dix ans auparavant et traitée préventivement au laser.

Comment se déroule l’examen de diagnostic ?

L’examen est rapide mais demande une dilatation pupillaire par collyre (tropicamide, phényléphrine). Elle floute la vision de près et gêne la conduite pendant quelques heures. Prévoir un accompagnant si besoin.

L’ophtalmologue procède ensuite :

  • Lampe à fente avec lentille d’observation du fond d’œil
  • Verre de Goldmann à trois miroirs pour explorer toute la périphérie rétinienne
  • Ophtalmoscopie indirecte pour une vision panoramique
  • OCT maculaire si suspicion d’atteinte centrale
  • Échographie oculaire si hémorragie empêche la visualisation directe

La localisation précise de la déchirure (en heures d’horloge sur un schéma) guide le traitement.

Quels traitements pour une déchirure rétinienne ?

Deux techniques de rétinopexie permettent de « souder » la rétine autour de la déchirure, créant une cicatrice qui empêche le liquide de passer dessous.

Photocoagulation au laser
Réalisée au cabinet, sous anesthésie par collyre. Un laser crée une série d’impacts autour de la déchirure. L’intervention dure 10 à 20 minutes. La cicatrisation est effective en 10 à 15 jours. C’est le traitement le plus fréquent.

Cryothérapie (cryoapplication)
Utilisée lorsque la déchirure est trop périphérique ou masquée par une hémorragie vitréenne. Un froid intense est appliqué par un embout externe. Réalisée en salle d’intervention, sous anesthésie locale.

Les suites sont généralement simples :

  • Reprise des activités courantes sous 24 à 48 heures
  • Éviter les efforts violents et sports de contact quelques semaines
  • Contrôle à 1 semaine, 1 mois, 3 mois
  • Reconsulter immédiatement si réapparition de flashs, voile ou baisse de vision

Selon la SFO, le traitement préventif au laser réduit nettement le risque de décollement de rétine secondaire, à condition d’être réalisé avant le passage de liquide sous la rétine.

Et si la déchirure est passée inaperçue ?

Certaines déchirures sont découvertes tardivement, parfois à l’occasion du décollement de rétine déjà installé. Dans ce cas, le traitement au laser ne suffit plus : il faut recourir à une chirurgie (vitrectomie, indentation sclérale, rétinopexie pneumatique). La prise en charge est alors plus lourde et la récupération visuelle dépend de l’atteinte de la macula.

D’où l’importance de ne pas attendre et de consulter dès les premiers signes.

FAQ

Peut-on avoir une déchirure sans aucun symptôme ?
Oui, notamment les petits trous atrophiques chez les myopes. Ils sont souvent découverts lors d’un fond d’œil de contrôle. Leur prise en charge dépend de leur localisation et de l’existence de signes de traction.

Le laser est-il douloureux ?
Il provoque un éblouissement bref et parfois une sensation de « clic ». Certaines zones périphériques peuvent donner une gêne passagère. L’anesthésie se limite à un collyre.

Puis-je reprendre le sport après traitement ?
Reprise progressive après 2 à 4 semaines en général, sauf sports de contact ou à fort impact, à discuter avec l’ophtalmologue. Éviter plongée et sports à variations de pression.

Puis-je conduire après l’examen ?
La dilatation pupillaire gêne la vision pendant 3 à 6 heures. Mieux vaut prévoir un accompagnant ou ne pas conduire juste après l’examen.

Combien de temps faut-il surveiller après une déchirure traitée ?
Le suivi est rapproché les 3 premiers mois, puis annuel à vie car le risque de nouvelle déchirure (même œil ou œil controlatéral) est augmenté.

Ce qu’il faut retenir

  • La déchirure rétinienne précède souvent le décollement de rétine
  • Signes d’alerte : mouches volantes brutales, flashs, pluie de points noirs
  • Aucune douleur, ce qui peut faire négliger les symptômes
  • Consultation dans les 24 à 48 heures selon la SFO
  • Diagnostic par fond d’œil dilaté, exploration de toute la périphérie
  • Traitement par laser ou cryothérapie, souvent au cabinet
  • Ne pas attendre : un geste préventif évite une chirurgie lourde

Pour aller plus loin

Sur ophtalmos.fr : Décollement de rétine, symptômes et urgence · Précautions après opération de décollement de rétine · Myodésopsies, comprendre les mouches volantes · Flashs lumineux dans l’œil · Fond d’œil, ce que cherche l’ophtalmologue.

Ressources officielles : Ameli.fr (parcours de soins rétine), Société Française d’Ophtalmologie (sfo.asso.fr), HAS (has-sante.fr), INSERM (dossier rétine), association Retina France pour les maladies de la rétine.


Pour aller plus loin :

Expert en problèmes de vue et fatigues des yeux.

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