En résumé : certains médicaments peuvent déclencher une crise aiguë chez les patients prédisposés au glaucome à angle fermé. Les anticholinergiques, antidépresseurs, antihistaminiques et certains collyres dilatateurs sont les principaux en cause. Ces contre-indications ne concernent pas le glaucome à angle ouvert.
Pourquoi certains médicaments sont-ils à éviter ?
Le glaucome à angle fermé se caractérise par une fermeture soudaine ou progressive de l’angle iridocornéen, empêchant l’évacuation de l’humeur aqueuse. Résultat : la pression intraoculaire monte brutalement, ce qui endommage le nerf optique.
Plusieurs médicaments provoquent une dilatation pupillaire ou un relâchement du muscle ciliaire, qui peuvent fermer un angle déjà étroit. Chez une personne prédisposée, c’est le déclencheur d’une crise de glaucome aigu.
Justine, 39 ans, hypermétrope avec angle étroit, a connu une crise après la prise d’un antispasmodique digestif. Elle a appris à vérifier la compatibilité des médicaments avant toute prescription.
Glaucome à angle ouvert vs à angle fermé : une distinction essentielle
Toutes ces contre-indications concernent le glaucome à angle fermé, pas le glaucome à angle ouvert.
Le glaucome à angle ouvert (le plus fréquent) n’est pas sensible à ces médicaments. Un patient avec glaucome chronique à angle ouvert peut en principe prendre tous les médicaments sans risque pour sa maladie oculaire.
C’est pour cela que la mention « contre-indication en cas de glaucome » sur une notice doit toujours être précisée avec votre ophtalmologue.
Les classes médicamenteuses à risque
1. Anticholinergiques
Les anticholinergiques sont les plus concernés :
- antispasmodiques digestifs et urinaires
- médicaments contre le mal des transports
- certains traitements de la maladie de Parkinson
- certains médicaments utilisés en anesthésie (atropine)
Ils provoquent une dilatation pupillaire et ferment l’angle.
2. Antidépresseurs tricycliques
Les antidépresseurs tricycliques (imipraminiques) ont un effet anticholinergique et doivent être utilisés avec prudence.
3. Antihistaminiques de première génération
Certains antihistaminiques H1 classiques (utilisés contre les allergies ou comme somnifères) peuvent fermer l’angle. Les antihistaminiques modernes (deuxième génération) sont moins à risque.
4. Décongestionnants nasaux
Certains décongestionnants à base de pseudoéphédrine ou équivalents provoquent une vasoconstriction et une mydriase.
5. Certains traitements psychiatriques
Les neuroleptiques atypiques et certains anxiolytiques peuvent avoir un effet anticholinergique.
6. Collyres dilatateurs
Les collyres utilisés pour examiner le fond d’œil (tropicamide, phényléphrine) peuvent déclencher une crise chez un sujet prédisposé. Votre ophtalmologue prend les précautions adaptées.
7. Anesthésiques et prémédications
Certaines molécules utilisées en pré-anesthésie ou pendant une intervention chirurgicale sont à éviter. L’anesthésiste doit être informé du terrain.
8. Corticoïdes
Les corticoïdes (collyres, comprimés, injections, inhalateurs) ne ferment pas l’angle, mais peuvent augmenter la pression intraoculaire par un mécanisme différent. Ils sont à surveiller aussi bien en angle ouvert qu’en angle fermé.
Les médicaments contenant la mention « glaucome » sur leur notice
Beaucoup de notices portent la mention « contre-indiqué en cas de glaucome ». Cette formulation, imprécise, vise surtout les patients avec angle étroit non traités.
Que faire en pratique ?
- si vous avez un glaucome à angle ouvert : la plupart du temps, pas de contre-indication
- si vous avez un angle étroit non traité : évitez ces médicaments
- si vous avez eu une iridotomie au laser préventive : l’angle est sécurisé, la majorité des restrictions tombent
- en cas de doute : demandez à votre ophtalmologue ou pharmacien
Comment savoir si on a un angle étroit ?
Seul un examen par l’ophtalmologue (gonioscopie) permet de conclure. L’examen est rapide et indolore : il explore l’angle iridocornéen avec un verre spécial.
Les facteurs de risque d’angle étroit :
- hypermétropie (œil petit)
- origine asiatique
- âge (le cristallin épaissit avec l’âge et pousse l’iris)
- antécédents familiaux de glaucome par fermeture de l’angle
- sexe féminin (légèrement plus fréquent)
La solution préventive : l’iridotomie au laser
Chez un patient à risque, une iridotomie préventive au laser ouvre un petit orifice dans l’iris qui sécurise l’angle. Après ce geste, les contre-indications médicamenteuses disparaissent pour la plupart.
L’acte est réalisé en ambulatoire, en quelques minutes, sous anesthésie topique.
Tom, 35 ans, a été repéré comme ayant un angle étroit avant un traitement antidépresseur. Une iridotomie préventive lui a évité la question de la contre-indication.
Que faire en cas de crise aiguë ?
Une crise de glaucome aigu est une urgence médicale. Les signes :
- douleur oculaire intense
- vision brutalement floue
- œil rouge
- nausées, vomissements
- halos colorés autour des lumières
- céphalées
Il faut se rendre immédiatement aux urgences ophtalmologiques. Le traitement associe collyres hypotonisants, médicaments intraveineux et souvent laser iridotomie en urgence.
Comment gérer la prescription en pratique ?
Quelques réflexes :
- informer systématiquement le médecin, le dentiste et l’anesthésiste de votre pathologie
- signaler à votre pharmacien les médicaments en cours
- conserver la liste écrite de votre traitement
- consulter rapidement en cas de symptôme inhabituel après un nouveau médicament
L’ANSM met à disposition des bases de données publiques pour vérifier la compatibilité.
FAQ — Médicaments et glaucome à angle fermé
La mention « glaucome » sur une notice me concerne-t-elle ?
Pas forcément. Elle vise surtout les angles étroits non traités. Validez avec votre ophtalmologue ou pharmacien.
Après une iridotomie, puis-je prendre tous les médicaments ?
Dans la grande majorité des cas, oui. Confirmez néanmoins avec votre ophtalmologue.
Les corticoïdes sont-ils dangereux ?
Ils peuvent augmenter la pression. Un suivi est nécessaire si la prescription est prolongée.
Les antidépresseurs modernes (ISRS) sont-ils à risque ?
Ils sont globalement mieux tolérés que les tricycliques, mais certains peuvent avoir un effet anticholinergique résiduel. Surveillance utile.
Les anesthésies générales sont-elles contre-indiquées ?
Non, mais l’anesthésiste doit être informé pour choisir des molécules adaptées.
Ce qu’il faut retenir
- Les contre-indications concernent le glaucome à angle fermé, pas le glaucome à angle ouvert.
- Les anticholinergiques, antidépresseurs tricycliques et antihistaminiques de première génération sont les principales classes à risque.
- L’iridotomie préventive au laser supprime la plupart des contre-indications.
- En cas de crise, urgence absolue.
- Demandez toujours avis avant un nouveau médicament si vous avez un angle étroit.
Ressources officielles et maillage
- ANSM : base de données publique des médicaments
- SFO : recommandations glaucome à angle fermé
- HAS : parcours de soins glaucome
- Ameli.fr : prise en charge iridotomie laser
- Association France Glaucome
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