En résumé : le glaucome ne présente pas de symptômes fondamentalement différents chez la femme et chez l’homme, mais certains facteurs hormonaux, anatomiques et épidémiologiques particuliers chez la femme influencent sa fréquence et son évolution. Les femmes sont plus souvent touchées par le glaucome à angle fermé et le glaucome à pression normale.
« Pourquoi moi ? Aucun antécédent, en forme, 58 ans. » La question revient fréquemment en consultation. Les études épidémiologiques montrent que si le glaucome à angle ouvert touche hommes et femmes de façon comparable, certaines formes et certains facteurs de risque sont spécifiques au sexe féminin. Mieux les connaître permet un dépistage plus ciblé.
Le glaucome est-il plus fréquent chez la femme ?
Les données françaises (INSERM, SFO) et internationales convergent :
- Glaucome primitif à angle ouvert (GPAO) : légèrement plus fréquent chez la femme après 70 ans
- Glaucome à angle fermé : 2 à 4 fois plus fréquent chez la femme
- Glaucome à pression normale : plus fréquent chez la femme
Ces différences s’expliquent par des particularités anatomiques et hormonales.
Particularités anatomiques féminines
Les femmes ont :
- Des yeux légèrement plus petits (longueur axiale plus courte)
- Une chambre antérieure moins profonde
- Un angle iridocornéen plus étroit
Ces caractéristiques favorisent le glaucome à angle fermé, où l’iris se rapproche du trabéculum et peut le bloquer, notamment chez les femmes hypermétropes ou avec un cristallin épais (cataracte débutante).
L’influence hormonale
Les œstrogènes semblent exercer un effet protecteur sur le nerf optique. Plusieurs observations cliniques le suggèrent :
- La ménopause précoce (avant 45 ans) est associée à un risque accru de glaucome
- L’ovariectomie bilatérale avant la ménopause augmente le risque
- Les femmes sous traitement hormonal substitutif semblent mieux protégées (études observationnelles, à interpréter avec prudence)
L’INSERM rappelle que ces données restent en cours de confirmation et n’entraînent pas de recommandation thérapeutique en routine.
Grossesse et pression intraoculaire
Pendant la grossesse, la pression intraoculaire tend à baisser, probablement sous l’effet des hormones. Cette baisse est généralement favorable aux patientes glaucomateuses.
En revanche :
- Certains collyres anti-glaucomateux (bêtabloquants, prostaglandines) sont contre-indiqués ou à éviter pendant la grossesse
- Un ajustement du traitement s’impose, sous suivi ophtalmologique rapproché
- Les thérapies au laser peuvent être envisagées en alternative
Lucile, 38 ans, a dû adapter son traitement pendant sa grossesse, après concertation entre son ophtalmologue et son gynécologue-obstétricien.
Symptômes : y a-t-il des différences ?
Les signes du glaucome restent les mêmes, indépendamment du sexe :
- Rétrécissement du champ visuel (forme chronique)
- Douleur intense, œil rouge, vision brouillée (forme aiguë)
Cependant, certaines spécificités féminines peuvent orienter :
- Migraines fréquentes : facteur de risque pour le glaucome à pression normale, plus fréquent chez la femme
- Syndrome de Raynaud (doigts qui blanchissent au froid) : associé aux glaucomes vasospastiques
- Hypotension artérielle nocturne : aggrave la perfusion du nerf optique
- Troubles thyroïdiens : l’hyperthyroïdie (Basedow) peut aggraver une hypertension oculaire
Facteurs de risque à surveiller chez la femme
| Facteur | Risque associé |
|---|---|
| Ménopause précoce | Glaucome à pression normale |
| Hypermétropie | Glaucome à angle fermé |
| Migraine avec aura | Glaucome à pression normale |
| Syndrome de Raynaud | Glaucome vasospastique |
| Hypotension nocturne | Atteinte du nerf optique |
| Antécédents familiaux | GPAO |
| Diabète | GPAO et glaucome néovasculaire |
Brigitte, 60 ans, migraineuse depuis sa jeunesse, a été surprise d’apprendre le lien avec son glaucome à pression normale : « Personne ne m’avait jamais mis en garde. »
Le glaucome à angle fermé : une forme à risque chez la femme
Cette forme survient surtout chez la femme de plus de 50 ans, hypermétrope, d’ascendance asiatique ou européenne. Facteurs déclenchants possibles :
- Obscurité prolongée (cinéma, lecture à faible lumière)
- Stress
- Médicaments mydriatiques (dilatation pupillaire) : certains antidépresseurs, antispasmodiques, vasoconstricteurs
- Corticoïdes
Les signes d’alerte de la crise aiguë : douleur violente, vision trouble, halos, nausées. Consultation en urgence obligatoire.
Traitements et particularités féminines
- Collyres bêtabloquants : précautions en cas d’asthme (plus fréquent chez la femme) ou de bradycardie
- Prostaglandines : peuvent allonger et foncer les cils, effet esthétique signalé par les patientes
- Collyres à base de brimonidine : contre-indiqués pendant l’allaitement
- Laser SLT : alternative sûre pendant grossesse et allaitement
- Chirurgie : indications classiques, sans différence notable selon le sexe
La Société Française d’Ophtalmologie publie des recommandations sur la prise en charge péri-gravidique du glaucome.
Dépistage spécifique : quand consulter ?
Une consultation ophtalmologique avec mesure de la pression et examen du nerf optique est recommandée :
- Dès 40 ans si antécédents familiaux
- Dès 45 ans si migraines, hypermétropie ou Raynaud
- Dès 50 ans pour toutes les femmes
- Tous les 2 ans à partir de 60 ans
- Tous les ans si ménopause précoce ou facteurs de risque
Ménopause et suivi ophtalmologique
La période de la ménopause est marquée par plusieurs changements oculaires :
- Sécheresse oculaire accrue (diminution du film lacrymal)
- Fluctuations réfractives possibles
- Risque accru de pathologies chroniques (DMLA, glaucome, cataracte)
Un bilan ophtalmologique au moment de la ménopause, intégré au suivi médical global, est une bonne pratique.
FAQ
Les hormones de substitution protègent-elles du glaucome ?
Des données suggèrent un effet protecteur, mais pas de recommandation officielle à ce jour.
Peut-on prendre des collyres pour glaucome pendant la grossesse ?
Certains oui, d’autres non. Chaque traitement doit être évalué au cas par cas avec l’ophtalmologue.
La pilule augmente-t-elle le risque de glaucome ?
Données limitées, pas de risque significatif démontré.
Les migraines ophtalmiques évoquent-elles un glaucome ?
Pas directement. Mais les migraines fréquentes sont un facteur de risque de glaucome à pression normale.
Le glaucome est-il une ALD ?
Oui, en cas de glaucome évolutif nécessitant un traitement prolongé. Prise en charge à 100 % sur les soins liés.
Ce qu’il faut retenir
- Glaucome à angle fermé et à pression normale plus fréquents chez la femme
- Ménopause précoce, migraines, Raynaud = facteurs à signaler
- Grossesse : adaptation du traitement nécessaire
- Dépistage plus précoce si facteurs spécifiques
- Prostaglandines : effet esthétique sur les cils
Ressources officielles
- Société Française d’Ophtalmologie (sfo.asso.fr)
- HAS (has-sante.fr) — glaucome
- INSERM (inserm.fr) — glaucome et facteurs de risque
- Ameli.fr — ALD ophtalmologie
- ANSM (ansm.sante.fr) — médicaments pendant la grossesse
Pour aller plus loin :
