En résumé : les collyres du glaucome appartiennent à cinq grandes familles : analogues de prostaglandines, bêta-bloquants, alpha-agonistes, inhibiteurs de l’anhydrase carbonique, miotiques. Chacune agit par un mécanisme propre. Les associations fixes simplifient la prise. La posologie varie d’une goutte par jour à trois fois par jour selon les molécules.
Pourquoi utiliser un collyre ?
Le traitement médical du glaucome repose avant tout sur des collyres hypotonisants. Ils agissent localement pour faire baisser la pression intraoculaire (PIO), soit en diminuant la production d’humeur aqueuse, soit en favorisant son évacuation.
Le collyre est simple, non invasif, modulable. Mais il exige une observance à vie, des gestes bien maîtrisés et une bonne tolérance locale. La SFO et la HAS rappellent que l’observance est un facteur majeur de réussite thérapeutique.
Fadila, 56 ans, a mis plusieurs mois à trouver le collyre qui lui convenait : son premier traitement provoquait une rougeur chronique, son second un allongement des cils qu’elle acceptait mal. Finalement, une association fixe sans conservateur lui a apporté confort et efficacité.
Les analogues de prostaglandines
Mécanisme. Augmentent l’évacuation de l’humeur aqueuse par la voie uvéosclérale.
Molécules. Latanoprost, travoprost, bimatoprost, tafluprost.
Posologie. Une goutte par jour, le soir de préférence, dans chaque œil concerné.
Efficacité. Très élevée : baisse de 25 à 33 % de la PIO. Ce sont les molécules de première intention dans la plupart des glaucomes à angle ouvert.
Effets secondaires. Rougeur conjonctivale, allongement et pigmentation des cils, assombrissement irréversible de l’iris (surtout iris clairs), cernes pigmentés, parfois œdème maculaire (rare), uvéite, réactivation d’herpès.
Précautions. À éviter dans les formes inflammatoires sévères. Grossesse : usage à évaluer au cas par cas.
Les bêta-bloquants
Mécanisme. Diminuent la production d’humeur aqueuse.
Molécules. Timolol, cartéolol, bétaxolol, lévobunolol.
Posologie. Une à deux fois par jour selon la forme galénique (présentation LP ou classique).
Efficacité. Bonne, baisse de 20 à 25 % de la PIO.
Effets secondaires. Locaux : picotements, sécheresse. Systémiques possibles : bradycardie, bronchospasme, fatigue, baisse de tension, troubles de l’humeur.
Précautions. Contre-indiqués en cas d’asthme, de BPCO sévère, de bradycardie, de bloc auriculo-ventriculaire non appareillé. Prudence chez le sujet âgé et le sportif. Le bétaxolol est plus cardiosélectif mais ne dispense pas des précautions.
Astuce pratique. Comprimer la voie lacrymale (angle interne de l’œil) pendant 1 à 2 minutes après l’instillation limite l’absorption systémique.
Les alpha-2-agonistes
Mécanisme. Diminuent la production et augmentent l’évacuation de l’humeur aqueuse.
Molécule. Brimonidine (apraclonidine surtout utilisée en ponctuel).
Posologie. Deux à trois fois par jour.
Efficacité. Intermédiaire, baisse d’environ 20 %.
Effets secondaires. Allergie oculaire fréquente à long terme, sécheresse buccale, somnolence, bouche sèche, hypotension artérielle. Contre-indiquée chez le nourrisson et l’enfant de moins de 2 ans.
Précautions. Prudence chez les personnes sous antidépresseurs IMAO, les patients avec hypotension orthostatique.
Les inhibiteurs de l’anhydrase carbonique topiques
Mécanisme. Diminuent la production d’humeur aqueuse.
Molécules. Dorzolamide, brinzolamide.
Posologie. Deux à trois fois par jour.
Efficacité. Modérée, baisse d’environ 15-20 %.
Effets secondaires. Goût amer, picotements, blépharite. Rares effets systémiques (fourmillements, troubles digestifs).
Précautions. Contre-indication relative chez l’insuffisant rénal sévère. Sulfamide : à signaler en cas d’allergie connue aux sulfamides.
Les miotiques
Mécanisme. Contractent le muscle ciliaire, ouvrant le trabéculum.
Molécule. Pilocarpine.
Posologie. Plusieurs fois par jour.
Indications. Principalement dans les crises de glaucome par fermeture de l’angle, en attente d’iridotomie. Moins utilisés en chronique.
Effets secondaires. Myosis (pupille serrée), vision sombre, céphalées, accommodation forcée, risque de décollement de rétine chez les myopes forts.
Les Rho-kinase inhibiteurs
Molécule. Netarsudil (disponibilité limitée en France à ce jour).
Mécanisme. Augmente l’évacuation trabéculaire de l’humeur aqueuse.
Posologie. Une fois par jour.
Efficacité. Comparable aux bêta-bloquants.
Effets secondaires. Rougeur, dépôts cornéens réversibles.
Les associations fixes
Pour simplifier la vie des patients qui ont besoin de deux molécules, les industriels proposent des associations fixes dans un même flacon :
– Timolol + latanoprost, travoprost, bimatoprost, tafluprost.
– Timolol + dorzolamide, brinzolamide.
– Timolol + brimonidine.
– Brimonidine + brinzolamide.
– Préservatif ou sans conservateur selon les présentations.
L’intérêt : moins de gouttes, meilleure observance, moins d’irritation cumulée par les conservateurs.
Collyres avec ou sans conservateur ?
Le chlorure de benzalkonium, conservateur fréquent, peut irriter la surface oculaire à long terme, surtout chez les patients polytraités. Les versions sans conservateur (unidoses, flacons multi-doses spéciaux) sont de plus en plus répandues et remboursées au même titre que les versions classiques.
Pour un patient sous plusieurs collyres, pour un porteur de lentilles, ou en cas de sécheresse oculaire, elles sont préférables.
Comment instiller un collyre ?
- Se laver les mains.
- Bascule de la tête en arrière, regard vers le haut.
- Tirer légèrement la paupière inférieure.
- Déposer la goutte dans le cul-de-sac conjonctival (pas sur la cornée).
- Fermer les yeux doucement, sans serrer.
- Comprimer l’angle interne de l’œil 1 à 2 minutes (réduit les effets systémiques).
- Attendre 5 à 10 minutes entre deux collyres différents.
Posologie et horaires : pourquoi c’est important
La PIO varie au cours de la journée et de la nuit. Les prostaglandines agissent mieux prises le soir ; les bêta-bloquants classiques, le matin. Respecter les horaires prescrits conditionne l’efficacité.
Georges, 70 ans, avait pris l’habitude de prendre son latanoprost le matin par commodité. Son ophtalmologue lui a proposé de passer au soir : en trois mois, la PIO avait baissé de 2 mmHg supplémentaires.
Prise en charge par l’Assurance Maladie
Les collyres antiglaucomateux sont remboursés à 65 % par l’Assurance Maladie, à 100 % en cas d’ALD 30 (glaucome chronique bilatéral). Les présentations sans conservateur bénéficient du même taux. Informations détaillées sur Ameli.fr et base de données de l’ANSM.
FAQ
Puis-je sauter une goutte de temps en temps ?
Non. Chaque goutte manquée laisse la pression remonter. Un oubli isolé n’est pas grave, mais les oublis répétés le sont.
Peut-on conduire après avoir mis un collyre ?
Oui, en général. Les miotiques peuvent transitoirement assombrir la vision.
Dois-je signaler mes collyres à d’autres médecins ?
Oui, toujours. Les bêta-bloquants notamment ont un effet systémique.
Combien de temps conserver un flacon ouvert ?
En général, un mois après ouverture pour un flacon multidose classique. Les unidoses sont à usage unique.
Y a-t-il un collyre générique disponible ?
Oui, pour la plupart des molécules. L’efficacité est identique au princeps.
Ce qu’il faut retenir
- Cinq grandes familles : prostaglandines, bêta-bloquants, alpha-agonistes, inhibiteurs de l’anhydrase carbonique, miotiques.
- Les prostaglandines sont la première intention dans le GCAO.
- Les associations fixes améliorent l’observance.
- Les versions sans conservateur sont à privilégier en cas d’irritation ou de polythérapie.
- La technique d’instillation et le respect des horaires conditionnent l’efficacité.
Pour aller plus loin
- Nos articles sur les effets secondaires des collyres, le traitement du glaucome, l’observance.
- Ressources officielles : Ameli.fr, ANSM, SFO, HAS.
- Associations : Association France Glaucome, Association Valentin Haüy.
Pour aller plus loin :
- Trouver un ophtalmologue disponible en France : méthodes et délais
- Maladies oculaires : quand consulter son ophtalmologue ?
- Glaucome à angle fermé : mécanisme et prise en charge
- Vision dédoublée après opération de la cataracte : causes possibles
- Implants intraoculaires : monofocaux, toriques, multifocaux
