En résumé : le fond d’œil n’est pas systématique chez toute femme enceinte. Il est recommandé en cas de diabète, d’hypertension gravidique ou de prééclampsie, de myopie forte, et devant tout symptôme visuel nouveau. L’examen est sans risque pour le fœtus. Les collyres mydriatiques sont utilisables avec précaution, le tropicamide étant généralement privilégié. La grossesse peut révéler ou aggraver certaines pathologies rétiniennes.

Priscille, 29 ans, diabétique de type 1, enceinte de 5 mois, doit faire un fond d’œil. Une autre patiente, Clara, 34 ans, vient d’apprendre qu’elle développe une hypertension gravidique et est adressée en urgence pour un bilan oculaire. Deux situations différentes, une même porte d’entrée : le fond d’œil.

Pourquoi examiner la rétine pendant la grossesse

La grossesse modifie la physiologie vasculaire et hormonale. Elle peut :

  • aggraver une pathologie rétinienne préexistante (rétinopathie diabétique, forte myopie) ;
  • révéler des maladies encore silencieuses (hypertension, prééclampsie) ;
  • entraîner des modifications transitoires de la réfraction et de la sécheresse oculaire.

Un fond d’œil ciblé permet d’évaluer ces risques et d’adapter la surveillance.

Les indications reconnues

Diabète préexistant (type 1 ou 2)

La HAS recommande un bilan :

  • en début de grossesse (ou avant conception si possible) ;
  • à chaque trimestre ;
  • en post-partum précoce.

Le risque d’aggravation de la rétinopathie est réel, particulièrement si l’équilibre glycémique s’améliore brutalement dans le but de protéger le bébé. La rétinophotographie est souvent privilégiée pour limiter la dilatation.

Hypertension gravidique et prééclampsie

Devant une hypertension après 20 semaines d’aménorrhée, surtout avec protéinurie, le fond d’œil recherche :

  • hémorragies, exsudats ;
  • rétrécissement artériel ;
  • œdème papillaire (signe de gravité) ;
  • décollement séreux rétinien (dans les formes sévères).

Toute baisse de vision, phosphènes, scotome ou flou chez une femme enceinte hypertendue impose une consultation en urgence.

Myopie forte

Au-delà de -6 dioptries, la rétine est plus fragile (dégénérescences palissadiques, trous, déchirures). Un bilan en début de grossesse permet d’évaluer la rétine périphérique. Un traitement laser préventif peut être proposé en cas de lésions à risque.

Antécédents ophtalmologiques

Les patientes ayant eu uvéite, décollement de rétine, chorio-rétinite, toxoplasmose oculaire ou traitements anti-VEGF doivent être suivies. Les traitements doivent parfois être adaptés pendant la grossesse.

Signes visuels nouveaux

Tout symptôme nouveau justifie un avis :

  • baisse de vision progressive ou brutale ;
  • mouches volantes abondantes, éclairs ;
  • scotome (tache sombre) ;
  • diplopie (vision double) ;
  • douleur oculaire.

Ce que l’on peut voir pendant la grossesse

Modifications physiologiques banales

  • légère variation de réfraction (souvent myopisante) ;
  • sécheresse oculaire liée aux modifications hormonales ;
  • légère photophobie.

Ces modifications sont généralement transitoires et ne justifient pas de changer ses lunettes pendant la grossesse (mieux vaut attendre 2-3 mois post-partum pour renouveler).

Rétinopathie gravidique

Dans la prééclampsie, une rétinopathie hypertensive aiguë peut apparaître avec hémorragies, exsudats, œdème maculaire. Le décollement séreux rétinien est possible dans les formes sévères ; il régresse souvent après accouchement.

Occlusions vasculaires

Rares mais plus fréquentes qu’en dehors de la grossesse : OVCR, OACR, thromboses cérébrales. Toute baisse de vision brutale nécessite une prise en charge urgente.

Autres atteintes

  • choriorétinopathie séreuse centrale : baisse de vision centrale, images floues ; plus fréquente en fin de grossesse.
  • réactivations de toxoplasmose oculaire chez les patientes déjà infectées.
  • œdème papillaire dans l’hypertension intracrânienne post-gravidique.

Quels collyres pendant la grossesse ?

La dilatation pupillaire utilise des collyres qui passent très peu dans la circulation systémique.

  • Tropicamide : utilisable, c’est le plus fréquent.
  • Phényléphrine : évitée ou à concentration réduite (2,5 %), surtout en cas d’hypertension ou de prééclampsie.
  • Atropine : rarement nécessaire en routine de grossesse.

Quand la dilatation peut être contournée (rétinophotographie non mydriatique, OCT, imagerie ultra-wide field), elle est privilégiée.

L’anesthésie par collyre (oxybuprocaïne, tétracaïne) pour tonométrie ou verre à trois miroirs est jugée sans risque à dose diagnostique.

Traitements possibles pendant la grossesse

Photocoagulation au laser

Possible pour rétinopathie diabétique sévère, déchirures rétiniennes. Pas de risque fœtal.

Injections intravitréennes

Les anti-VEGF (bevacizumab, ranibizumab, aflibercept) pendant la grossesse sont évités quand c’est possible, par prudence. La discussion est au cas par cas : balance bénéfice-risque selon la pathologie maternelle.

La dexaméthasone intravitréenne peut être une option dans certains œdèmes maculaires, sous décision concertée.

Chirurgie rétinienne

En cas d’urgence (décollement de rétine, hémorragie vitréenne obstruant la vision), la chirurgie peut être réalisée avec anesthésie adaptée.

Post-partum et allaitement

Après l’accouchement :

  • contrôle de la rétinopathie diabétique en post-partum précoce (risque de flambée) ;
  • régression attendue des anomalies liées à la prééclampsie ;
  • réévaluation de la réfraction 2 à 3 mois après, une fois le corps stabilisé ;
  • allaitement compatible avec la plupart des collyres diagnostiques.

En cas de prééclampsie sévère, le suivi ophtalmologique peut se poursuivre plusieurs semaines pour vérifier le retour à la normale.

Remboursement et parcours

Les consultations et actes techniques (fond d’œil, rétinophotographie, OCT) sont remboursés par l’Assurance Maladie. Pendant la grossesse, la couverture maternité peut s’appliquer pour certains actes. Les diabétiques enceintes en ALD bénéficient d’une prise en charge à 100 % du tarif de base pour les actes liés. Détails sur Ameli.fr.

FAQ

Le fond d’œil présente-t-il un risque pour le bébé ?
Non. L’examen en lui-même est sans danger, et les collyres utilisés passent très peu dans la circulation maternelle.

Je n’ai aucun facteur de risque, dois-je faire un fond d’œil ?
Pas systématiquement. Seulement en cas de pathologie, d’antécédent à risque ou de symptôme nouveau.

Puis-je renouveler mes lunettes pendant la grossesse ?
Mieux vaut attendre 2 à 3 mois après l’accouchement pour une correction stable.

Le laser rétinien est-il sûr ?
Oui, il est utilisé chez la femme enceinte sans effet fœtal connu.

Les anti-VEGF sont-ils autorisés ?
Évités autant que possible. La décision est individuelle selon la pathologie et le terme.

Ce qu’il faut retenir

  • Fond d’œil recommandé si diabète, HTA gravidique, myopie forte, symptôme visuel nouveau.
  • Sans risque pour le bébé ; collyres utilisables avec précaution (tropicamide privilégié).
  • Suivi trimestriel chez la diabétique enceinte.
  • Prééclampsie : fond d’œil en urgence devant tout trouble visuel.
  • Renouvellement de lunettes à différer au post-partum tardif.

Ressources officielles

  • HAS — suivi ophtalmologique de la grossesse
  • Société Française d’Ophtalmologie — sfo.asso.fr
  • ANSM — collyres et grossesse
  • Ameli.fr — couverture maternité
  • Retina France — maladies rétiniennes

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Expert en problèmes de vue et fatigues des yeux.

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