En résumé : l’opération de la cataracte peut entraîner des variations de pression intraoculaire, mais elle réduit généralement le risque de glaucome chez les patients à angle étroit. Chez les patients avec glaucome préexistant, un suivi rapproché après l’intervention est nécessaire.

Cataracte et glaucome : deux maladies souvent associées

La cataracte (opacification du cristallin) et le glaucome (atteinte du nerf optique) peuvent coexister, particulièrement après 65 ans. Selon la SFO, un patient sur cinq opéré de la cataracte a également un glaucome ou un risque accru.

Cette association pose plusieurs questions :

  • L’opération de la cataracte peut-elle déclencher un glaucome ?
  • Peut-elle au contraire le soulager ?
  • Quelles précautions prendre chez un patient déjà traité ?

Saïd, 62 ans, suivi pour un glaucome à angle ouvert depuis 5 ans, vient de subir une chirurgie de la cataracte. Son ophtalmologue lui a expliqué que la pression devait être surveillée dans les semaines suivant l’intervention.

L’effet bénéfique : baisser la pression après la chirurgie

Contrairement à une idée reçue, l’opération de la cataracte a un effet plutôt bénéfique sur la pression intraoculaire :

  • le cristallin opacifié est remplacé par un implant artificiel beaucoup plus fin
  • l’angle iridocornéen s’ouvre mécaniquement
  • la circulation de l’humeur aqueuse est améliorée
  • la pression peut baisser de 1 à 3 mmHg en moyenne

Cet effet est particulièrement marqué chez les patients avec angle étroit ou angle fermé. Chez eux, la chirurgie de la cataracte est parfois proposée à titre thérapeutique pour prévenir les crises de glaucome aigu.

Le glaucome phacomorphique : cristallin et pression

Un cas particulier : le glaucome phacomorphique. Il survient quand un cristallin devenu trop volumineux (cataracte avancée) pousse l’iris en avant et ferme l’angle.

Dans ce cas, l’opération de la cataracte est à la fois le traitement de la cataracte et du glaucome. La pression se normalise dans la plupart des cas après retrait du cristallin.

Les pics de pression post-opératoires

Dans les heures et jours qui suivent l’intervention, une élévation transitoire de la pression peut survenir. Les causes :

  • résidu de produit viscoélastique dans la chambre antérieure
  • inflammation
  • blocage pupillaire transitoire
  • réaction aux corticoïdes prescrits en collyre

Ces pics sont généralement :

  • modérés (rarement supérieurs à 30 mmHg)
  • brefs (résolution en 24 à 72 heures)
  • bien tolérés chez un patient sans glaucome préexistant

Ils peuvent être plus problématiques chez un patient déjà glaucomateux.

Le risque de glaucome cortisonique

Les collyres corticoïdes prescrits après la chirurgie (généralement sur 4 à 6 semaines) peuvent provoquer une élévation de la pression chez environ 5 % des patients (on parle de « répondeurs aux corticoïdes »).

Ce glaucome cortisonique est :

  • prévisible chez les patients à risque
  • réversible à l’arrêt du traitement, dans la plupart des cas
  • à surveiller particulièrement chez les patients déjà glaucomateux

Raoul, 75 ans, a vu sa pression monter à 28 mmHg trois semaines après sa chirurgie de cataracte. L’arrêt progressif du collyre cortisoné, associé à son traitement habituel, a permis de la normaliser.

Suivi chez un patient déjà glaucomateux

Quand un glaucome est déjà diagnostiqué, la chirurgie de la cataracte demande quelques précautions :

Avant l’intervention

  • évaluation du stade du glaucome (champ visuel, OCT)
  • discussion sur l’opportunité d’une chirurgie combinée (cataracte + MIGS ou trabéculectomie)
  • choix d’un implant intraoculaire adapté (monofocal le plus souvent)
  • adaptation éventuelle du traitement du glaucome

Après l’intervention

  • surveillance de la pression à J1, J7, M1
  • poursuite habituelle des collyres antiglaucomateux
  • vigilance sur le collyre cortisoné
  • contrôle du champ visuel et OCT à distance

La chirurgie combinée cataracte + glaucome

Chez certains patients, les deux opérations sont réalisées en même temps. Les options :

  • Phaco + MIGS (micro-stents trabéculaires) : peu invasif, récupération rapide
  • Phaco + trabéculectomie : plus agressif, réservé aux glaucomes évolués
  • Phaco + implant de drainage : cas particuliers

L’avantage : une seule intervention, une seule convalescence, souvent un meilleur équilibre tensionnel.

Glaucome néovasculaire post-chirurgie

Dans de rares cas, un glaucome néovasculaire peut apparaître après une chirurgie. Il concerne essentiellement :

  • les patients diabétiques avec rétinopathie avancée
  • les patients avec occlusion veineuse rétinienne
  • les patients avec pathologies rétiniennes ischémiques

Ce glaucome est grave et nécessite un traitement urgent (injections intravitréennes d’anti-VEGF, laser, chirurgie).

Les signes qui doivent alerter après l’opération

Consultez rapidement en cas de :

  • douleur oculaire importante
  • vision brutalement plus floue (au-delà du flou post-op habituel)
  • halos colorés autour des lumières
  • rougeur persistante avec gêne
  • céphalées inhabituelles

Ces signes peuvent évoquer une montée de pression qui nécessite un ajustement du traitement.

Prévention et bonne gestion

Quelques règles :

  • ne pas interrompre ses collyres antiglaucomateux avant ou après la chirurgie, sauf avis contraire
  • respecter scrupuleusement les collyres post-opératoires
  • venir à tous les rendez-vous de contrôle
  • signaler tout symptôme inhabituel

FAQ — Glaucome et cataracte

L’opération de la cataracte soigne-t-elle un glaucome ?
Non. Elle peut baisser la pression, mais elle ne restaure pas les fibres nerveuses détruites.

Peut-on opérer la cataracte avec un glaucome très avancé ?
Oui, mais les bénéfices et risques sont à peser individuellement. Une chirurgie combinée est parfois préférée.

Les collyres post-op sont-ils dangereux pour mon glaucome ?
Ils doivent être surveillés. Ne les stoppez pas de vous-même : parlez-en à votre ophtalmologue.

Après la chirurgie de cataracte, puis-je arrêter mon traitement de glaucome ?
Parfois, oui, si la pression se normalise durablement. Jamais sans avis médical.

Quel implant choisir avec un glaucome ?
Le plus souvent un implant monofocal. Les multifocaux sont rarement adaptés en cas d’atteinte avancée du champ visuel.

Ce qu’il faut retenir

  • L’opération de la cataracte fait plutôt baisser la pression, surtout en angle étroit.
  • Des pics tensionnels transitoires peuvent survenir en post-opératoire.
  • Les collyres cortisonés peuvent faire monter la pression.
  • Chez un patient glaucomateux, le suivi post-op est rapproché.
  • Une chirurgie combinée (cataracte + MIGS ou trabéculectomie) est possible.

Ressources officielles et maillage

  • SFO : recommandations cataracte et glaucome
  • HAS : parcours de soins cataracte
  • Ameli.fr : remboursement chirurgies combinées
  • Association France Glaucome

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Pour aller plus loin :

Expert en problèmes de vue et fatigues des yeux.

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