En résumé — L’hypertension oculaire désigne une pression intraoculaire supérieure à la normale (>21 mmHg) sans atteinte du nerf optique ni du champ visuel. Elle est généralement asymptomatique et se découvre lors d’un examen ophtalmologique. Ce n’est pas un glaucome, mais un facteur de risque majeur, qui impose un suivi régulier et parfois un traitement préventif.
Henri, 77 ans, se rend chez son ophtalmologue pour un renouvellement de lunettes. Le contrôle montre une pression de 24 mmHg aux deux yeux. Pas de symptôme, pas d’atteinte visible au fond d’œil. Le diagnostic posé est une hypertension oculaire. Cette situation, très fréquente en consultation, fait l’objet d’un suivi codifié par la Société Française d’Ophtalmologie (SFO) et la HAS.
Qu’est-ce que l’hypertension oculaire ?
La pression intraoculaire (PIO) est générée par l’humeur aqueuse, liquide produit en permanence dans l’œil. Elle est régulée par un équilibre entre production et évacuation. La norme se situe entre 10 et 21 mmHg.
On parle d’hypertension oculaire (HTO) lorsque la PIO dépasse 21 mmHg sans :
– Altération du nerf optique (papille normale)
– Atteinte du champ visuel
– Autres signes de glaucome
C’est donc une situation à risque, mais pas un glaucome. La distinction est fondamentale, comme l’illustrent les études Ocular Hypertension Treatment Study (OHTS) reprises dans les recommandations internationales.
Quelle différence avec un glaucome ?
| Paramètre | Hypertension oculaire | Glaucome chronique à angle ouvert |
|---|---|---|
| Pression >21 mmHg | Oui | Souvent oui (mais peut être normale) |
| Nerf optique altéré | Non | Oui |
| Champ visuel altéré | Non | Oui |
| Traitement | Souvent surveillance | Traitement obligatoire |
Environ 10 % des personnes avec hypertension oculaire évoluent vers un glaucome sur 5 ans (données SFO). D’où l’importance du suivi.
Symptômes : souvent aucun
L’hypertension oculaire est silencieuse dans la grande majorité des cas. Pas de douleur, pas de vision floue, pas de rougeur. Elle se découvre :
- Lors d’un bilan visuel de routine
- Pendant un contrôle pour lunettes
- À l’occasion d’un autre motif (cataracte, examen du fond d’œil)
Sarah, 30 ans, a découvert une HTO en consultation pour un renouvellement de lentilles. Son ophtalmologue a mesuré 26 mmHg, sans aucun symptôme. Ce type de diagnostic fortuit est courant et justifie les contrôles réguliers.
Dans de rares cas d’HTO brutale et très élevée (>40 mmHg), des signes d’alerte apparaissent : douleur oculaire, vision floue, halos autour des lumières, nausées. Il s’agit alors d’une urgence ophtalmologique (crise aiguë par fermeture de l’angle).
Facteurs de risque
Plusieurs éléments favorisent l’hypertension oculaire :
- Âge — augmentation nette après 60 ans
- Antécédents familiaux de glaucome
- Origine ethnique — fréquence accrue chez les personnes d’origine africaine et caribéenne
- Myopie forte
- Cornée fine (mesurée par pachymétrie)
- Diabète (facteur débattu)
- Corticoïdes au long cours (collyres, inhalés, comprimés)
- Hypertension artérielle et facteurs cardiovasculaires
La pachymétrie est un examen clé : une cornée fine fausse la mesure de la PIO et constitue un facteur de risque indépendant de glaucome.
Comment dépiste-t-on l’hypertension oculaire ?
Le dépistage repose sur plusieurs examens simples et indolores :
La tonométrie
Mesure de la pression intraoculaire, par :
– Tonomètre à air pulsé — le plus courant, sans contact
– Tonomètre de Goldmann — référence, sous anesthésie locale
– Tonomètre iCare — portable, sans anesthésie
Plusieurs mesures à des heures différentes sont souvent nécessaires, car la PIO varie sur la journée (courbe nyctohémérale).
La pachymétrie
Mesure l’épaisseur centrale de la cornée. Une cornée fine (<540 µm) fait sous-estimer la PIO mesurée et augmente le risque de glaucome.
Le fond d’œil
Examen de la papille optique à la recherche d’une excavation anormale. Si la papille est normale, on reste dans l’HTO. Si elle est atteinte, on bascule vers le glaucome.
Le champ visuel
Examen automatisé qui cartographie la sensibilité visuelle. Normal dans l’HTO.
L’OCT de la papille
Mesure de l’épaisseur des fibres nerveuses rétiniennes. Permet de détecter une atteinte précoce avant même le champ visuel.
Faut-il traiter une hypertension oculaire ?
Tout dépend du risque de conversion en glaucome, évalué par :
- Niveau de la PIO (<24, 24-27, >27 mmHg)
- Pachymétrie (cornée fine = risque majoré)
- Excavation papillaire (ratio cup/disc)
- Antécédents familiaux
- Âge
Trois attitudes possibles :
- Surveillance simple — PIO modérée, pas de facteur de risque. Contrôle annuel ou semestriel.
- Traitement par collyre — PIO élevée ou risque majoré. Souvent analogues de prostaglandines (latanoprost, travoprost).
- Laser SLT — alternative au collyre dans certaines situations.
L’objectif est de réduire la PIO de 20 à 30 % pour diminuer le risque de glaucome. Les recommandations SFO et HAS guident la décision. L’ANSM veille à la sécurité des collyres hypotonisants.
Suivi à long terme
Une fois l’HTO diagnostiquée, un suivi régulier s’impose :
- Tous les 6 à 12 mois : PIO, fond d’œil
- Tous les 1 à 2 ans : champ visuel, OCT papille
La durée du suivi est à vie. Une conversion en glaucome peut survenir à tout moment, surtout en cas de facteurs de risque cumulés.
Hypertension oculaire chez les populations spécifiques
- Enfants : toujours pathologique, évoquer un glaucome congénital. Examen sous anesthésie souvent nécessaire.
- Femmes enceintes : certains collyres sont contre-indiqués. Discussion cas par cas.
- Personnes sous corticoïdes : dépistage systématique avant et pendant le traitement long.
- Diabétiques : PIO souvent un peu plus élevée, surveillance renforcée.
FAQ
Peut-on avoir une PIO élevée sans jamais développer de glaucome ?
Oui. Environ 90 % des personnes avec HTO ne développent pas de glaucome dans les 5 ans. Mais le risque reste présent et justifie un suivi.
Les collyres hypotonisants ont-ils des effets secondaires ?
Oui. Les plus fréquents : rougeur, sensation de grain de sable, cils plus longs (prostaglandines), pigmentation de l’iris. Certaines familles (bêta-bloquants) sont contre-indiquées en cas d’asthme ou de problème cardiaque. L’ANSM détaille les précautions.
Le stress fait-il monter la pression oculaire ?
Faiblement et transitoirement. Le stress chronique, la consommation importante de caféine ou d’alcool peuvent jouer à la marge. L’impact reste bien inférieur aux facteurs intrinsèques.
Peut-on conduire avec une hypertension oculaire ?
Oui, l’HTO n’affecte pas la vision. En revanche, si elle évolue vers un glaucome avec atteinte du champ visuel, les règles du permis de conduire s’appliquent (voir article dédié).
À quel âge faut-il faire un dépistage ?
À partir de 40 ans, un contrôle tous les 2 à 3 ans est recommandé, plus précoce en cas d’antécédents familiaux de glaucome. La SFO propose ce repère général.
Ce qu’il faut retenir
- HTO = PIO >21 mmHg sans atteinte du nerf optique
- Asymptomatique le plus souvent, découverte au bilan
- Facteur de risque majeur de glaucome
- Dépistage : tonométrie + pachymétrie + fond d’œil + OCT
- Traitement parfois préventif (collyres, laser SLT)
- Suivi à vie tous les 6 à 12 mois
- Dépistage recommandé dès 40 ans, plus tôt si antécédents
Ressources officielles
- Ameli.fr — remboursement ophtalmologie
- Société Française d’Ophtalmologie (SFO)
- HAS — recommandations glaucome
- INSERM — dossier glaucome
- ANSM — collyres hypotonisants
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