En résumé : le glaucome est une maladie chronique qui endommage progressivement le nerf optique, souvent associée à une pression intraoculaire trop élevée. Il se développe silencieusement et peut aboutir à une cécité définitive si le diagnostic et le traitement sont retardés. En France, plus d’un million de personnes sont concernées, dont la moitié l’ignore.

« Je ne voyais rien, absolument rien, puis un jour à 55 ans, en me cachant un œil, j’ai compris qu’un champ entier manquait. » Cédric, 55 ans, glaucomateux, résume l’insidiosité de la maladie. Contrairement à la cataracte, le glaucome ne donne pas de signe au début : il grignote la vision périphérique sans que le patient s’en rende compte. Comprendre les mécanismes aide à dépister précocement.

Qu’est-ce que le glaucome ?

Le glaucome est une neuropathie optique progressive, c’est-à-dire une maladie qui endommage le nerf optique. Le nerf optique transmet l’information visuelle de la rétine au cerveau ; ses fibres détériorées créent des déficits du champ visuel, puis une baisse d’acuité.

Le glaucome est généralement associé à une pression intraoculaire (PIO) élevée, mais pas toujours : certains glaucomes se développent avec une pression normale.

Selon l’INSERM, le glaucome touche environ 1 à 2 % des Français adultes, soit plus d’un million de personnes. La moitié ignore qu’elle en est atteinte, faute de symptômes.

Qu’est-ce que la pression intraoculaire ?

L’œil est rempli d’un liquide appelé humeur aqueuse, produit en continu et évacué par un filtre (le trabéculum) situé dans l’angle iridocornéen. Cet équilibre maintient une pression interne normale, entre 10 et 21 mmHg.

Si la production dépasse l’évacuation, ou si le filtre se bouche, la pression monte. Cette hypertension oculaire comprime le nerf optique et peut, à terme, endommager les fibres nerveuses.

Une pression élevée n’est pas forcément synonyme de glaucome : on parle alors d’hypertension oculaire isolée, à surveiller.

Les différentes formes de glaucome

Forme Mécanisme Fréquence Évolution
Glaucome primitif à angle ouvert (GPAO) Filtre fonctionnel mais peu efficace 70 % des glaucomes Lente, silencieuse
Glaucome à angle fermé Filtre bloqué par l’iris 10 % Aigu ou chronique
Glaucome à pression normale PIO normale, nerf fragile 10 % Lente
Glaucome congénital Anomalie du développement Rare Précoce
Glaucome secondaire Lié à autre pathologie (diabète, uvéite, traumatisme, corticoïdes) Variable Variable
Glaucome néovasculaire Néovaisseaux dans l’angle Complications diabète, occlusion veineuse Sévère

La Société Française d’Ophtalmologie précise que le GPAO reste la forme la plus fréquente en France.

Quelles sont les causes ?

Plusieurs facteurs concourent au développement d’un glaucome :

  • Pression intraoculaire élevée : principal facteur de risque modifiable
  • Âge : prévalence augmente après 60 ans
  • Antécédents familiaux : risque multiplié par 3 à 4
  • Origine ethnique : plus fréquent chez les personnes d’ascendance africaine ou asiatique
  • Myopie forte : augmente le risque de GPAO
  • Diabète : facteur aggravant
  • Corticothérapie prolongée : par voie orale, topique ou inhalée
  • Apnée du sommeil : probablement un facteur associé
  • Migraines vasospastiques : évoquées dans le glaucome à pression normale

L’hérédité joue un rôle majeur : un premier degré atteint justifie un dépistage dès 40 ans.

Mécanisme d’atteinte du nerf optique

Le nerf optique est composé d’environ 1,2 million de fibres nerveuses (axones des cellules ganglionnaires rétiniennes). Dans le glaucome, ces fibres se détruisent progressivement, commençant par la périphérie.

Deux mécanismes principaux sont proposés :

  • Mécanique : la pression élevée comprime les fibres au niveau de la lame criblée (zone de passage du nerf hors de l’œil)
  • Vasculaire : une mauvaise perfusion sanguine du nerf optique, indépendante ou aggravée par la pression

Les deux mécanismes peuvent coexister, ce qui explique pourquoi certains patients avec PIO normale développent tout de même un glaucome.

Symptômes et signes

Le glaucome chronique (à angle ouvert) est asymptomatique pendant des années. Les premiers signes ressentis :

  • Réduction insidieuse du champ visuel périphérique
  • Difficulté dans les environnements sombres
  • Collisions avec des objets sur les côtés
  • Difficulté à lire des panneaux de signalisation
  • Réduction progressive de la perception des contrastes

Le glaucome aigu par fermeture de l’angle, au contraire, est une urgence avec :

  • Douleur oculaire intense
  • Œil rouge
  • Vision brouillée, halos colorés
  • Nausées, vomissements
  • Céphalées

Comment est fait le diagnostic ?

Trois examens sont essentiels :

  • Tonométrie : mesure de la pression intraoculaire
  • Examen du nerf optique : à la lampe à fente ou par OCT (Tomographie en Cohérence Optique), analyse du rapport cup/disc
  • Champ visuel : recherche de déficits périphériques

L’examen OCT permet aussi une analyse quantitative des fibres nerveuses péripapillaires. La gonioscopie (examen de l’angle irido-cornéen) complète le bilan pour distinguer glaucomes à angle ouvert et fermé.

Les traitements

Le glaucome ne se guérit pas, mais peut être stabilisé. Les traitements visent à réduire la pression intraoculaire :

  • Collyres : première ligne, plusieurs familles (bêtabloquants, prostaglandines, inhibiteurs de l’anhydrase carbonique, alpha-agonistes)
  • Laser SLT : technique moderne, efficace sur le glaucome à angle ouvert
  • Chirurgie : trabéculectomie, MIGS (Micro-Invasive Glaucoma Surgery) en cas d’échec médical

Le choix dépend du type de glaucome, de la sévérité et de la tolérance aux traitements.

Évolution et pronostic

Un glaucome diagnostiqué précocement et bien traité n’entraîne généralement pas de cécité. Le suivi doit être régulier : contrôle tous les 3 à 6 mois selon la sévérité.

Selon la HAS, le dépistage repose sur l’examen ophtalmologique régulier, recommandé à partir de 40 ans pour les sujets à risque, 50 ans pour la population générale.

Jacques, 82 ans, glaucomateux depuis 20 ans, a conservé une bonne vision grâce à un suivi strict : collyres quotidiens, contrôles tous les 4 mois, adaptation du traitement aux évolutions.

FAQ

Le glaucome est-il héréditaire ?
Oui, dans 20 à 40 % des cas. Un dépistage familial dès 40 ans est recommandé.

Peut-on prévenir le glaucome ?
Pas de prévention primaire. Le dépistage précoce reste la meilleure arme.

Le glaucome rend-il aveugle ?
Sans traitement, oui. Avec un suivi adapté, la cécité est rare.

Les collyres pour glaucome ont-ils des effets secondaires ?
Oui, variables selon la famille (rougeur, picotement, effets cardiovasculaires). L’ANSM encadre leur sécurité.

Le glaucome touche-t-il les deux yeux ?
Le plus souvent, bilatéralement, mais de façon asymétrique.

Ce qu’il faut retenir

  • Glaucome = atteinte du nerf optique, souvent par hypertension oculaire
  • 1 à 2 % des adultes, la moitié non diagnostiqués
  • Forme chronique silencieuse, à dépister activement
  • Traitement à vie, mais la maladie se stabilise
  • Dépistage à partir de 40-50 ans, plus tôt si antécédents familiaux

Ressources officielles

  • Société Française d’Ophtalmologie (sfo.asso.fr) — recommandations glaucome
  • HAS (has-sante.fr) — parcours glaucome
  • INSERM (inserm.fr) — dossier glaucome
  • Ameli.fr — ALD et prise en charge
  • Association France Glaucome (francepresbyacousie.fr partenaires)

Pour aller plus loin :

Expert en problèmes de vue et fatigues des yeux.

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