En résumé : l’OACR (Occlusion de l’Artère Centrale de la Rétine) est une urgence ophtalmologique et vasculaire majeure, équivalente à un AVC touchant la rétine. Elle provoque une baisse brutale, indolore et profonde de la vision d’un œil. Au fond d’œil : rétine blanchâtre, macula rouge cerise. Prise en charge immédiate comme pour un AVC, car le risque cardiovasculaire est élevé.
Denis, 52 ans, hypertendu, a perdu la vision d’un œil en quelques minutes, un matin, sans douleur. Le diagnostic à l’hôpital : occlusion de l’artère centrale de la rétine. La prise en charge, au-delà de l’œil, vise à éviter un AVC dans les jours qui suivent.
Ce qu’est une OACR
L’artère centrale de la rétine (ACR) est une branche de l’artère ophtalmique, elle-même issue de la carotide interne. Elle irrigue la quasi-totalité de la rétine. Son occlusion prive d’oxygène l’ensemble du tissu rétinien en quelques minutes.
On parle aussi :
- d’OACR quand le tronc central est obstrué ;
- d’OBACR (occlusion de branche de l’artère centrale) pour une atteinte partielle ;
- d’OACO (occlusion de l’artère cilio-rétinienne) quand une petite branche accessoire est touchée, souvent avec pronostic un peu meilleur.
L’atteinte est presque toujours unilatérale.
Symptômes typiques
Le tableau clinique est très caractéristique :
- baisse brutale de vision d’un œil, souvent décrite comme un « rideau qui tombe » ;
- indolore ;
- baisse profonde : de quelques dixièmes à la perception lumineuse seule ;
- parfois précédée d’épisodes transitoires (amaurose fugace), signes d’alerte à connaître.
Contrairement à un traumatisme ou à une conjonctivite, l’œil est extérieurement normal : pas de rougeur, pas de douleur. Le patient peut sous-estimer le danger.
Ce que l’ophtalmo voit au fond d’œil
L’examen est très orienteur :
- rétine blanc-grisâtre, œdématiée, surtout au pôle postérieur ;
- macula rouge cerise : la choroïde reste visible à travers la fovéa amincie, créant un contraste caractéristique ;
- artères filiformes, parfois fragmentées (« train d’enterrement ») ;
- absence de pulsations en dehors de certaines formes ;
- dans les formes anciennes : pâleur papillaire, atrophie rétinienne.
L’OCT montre un épaississement des couches internes de la rétine en phase aiguë, puis une atrophie secondaire. L’angiographie à la fluorescéine confirme le retard de remplissage artériel. L’ERG montre une onde b diminuée.
Causes à rechercher en urgence
L’OACR est très majoritairement d’origine embolique :
- plaque d’athérome carotidien (la plus fréquente) ;
- embolie cardiaque (fibrillation atriale, valvulopathie, endocardite) ;
- maladie de Horton (artérite à cellules géantes) chez le sujet de plus de 50 ans ;
- hypercoagulabilité, vasculite, drépanocytose.
L’OACR est souvent associée à un risque cardiovasculaire élevé dans les jours et semaines suivants : AVC, infarctus du myocarde. C’est la raison pour laquelle elle est gérée comme un AVC oculaire.
Prise en charge immédiate
Toute suspicion d’OACR justifie :
- Appel du 15 ou déplacement aux urgences ophtalmologiques ;
- Bilan vasculaire urgent : examen clinique, écho-doppler des troncs supra-aortiques, ECG, échographie cardiaque ;
- Bilan biologique : NFS, CRP, VS (recherche de maladie de Horton), bilan cardiovasculaire ;
- Imagerie cérébrale (IRM) si doute sur AVC associé ;
- Hospitalisation en unité neuro-vasculaire très souvent, comme pour un AVC.
Le délai est crucial : plus la rétine reste ischémique, plus les lésions sont définitives. Les tentatives de revascularisation (massage oculaire, hypotonisants, ponction de chambre antérieure, thrombolyse dans certains centres) sont discutées mais les résultats restent limités au-delà de quelques heures.
Maladie de Horton : l’urgence dans l’urgence
Chez un patient de plus de 50 ans, surtout femme, toute OACR impose de rechercher activement une maladie de Horton :
- céphalées récentes ;
- claudication de la mâchoire ;
- douleur du cuir chevelu ;
- signes généraux (fièvre, amaigrissement) ;
- VS et CRP élevées.
Un traitement par corticoïdes est débuté immédiatement dès la suspicion, sans attendre la biopsie de l’artère temporale, pour éviter la bilatéralisation (atteinte du deuxième œil possible dans les jours suivants).
Pronostic visuel
Il dépend :
- du délai entre survenue et prise en charge ;
- de la présence d’une artère cilio-rétinienne qui préserve la macula (environ 10 à 20 % des patients) ;
- de la cause sous-jacente ;
- de l’étendue de l’occlusion (tronc complet ou branche).
Dans beaucoup de cas, la baisse de vision est définitive. Le rôle du bilan est surtout de prévenir les événements vasculaires ultérieurs.
Ayoub, 41 ans, diabétique, a eu une OBACR limitée : seule la partie temporale de sa vision a été affectée, avec une récupération partielle et un bilan cardiaque qui a détecté une fibrillation atriale paroxystique non connue.
Après l’OACR : surveillance et prévention
Le patient est pris en charge sur le long cours :
- traitement antithrombotique : antiagrégant plaquettaire, parfois anticoagulant selon la cause ;
- contrôle des facteurs de risque : HTA, diabète, dyslipidémie, tabac ;
- traitement étiologique : endartériectomie carotidienne, anticoagulation pour FA, corticoïdes pour Horton ;
- suivi ophtalmologique : surveillance de néovaisseaux rétiniens ou iriens (complication possible) ;
- rééducation basse vision si baisse d’acuité définitive, avec bilan orthoptique et éventuelle reconnaissance MDPH.
Remboursement et parcours
L’OACR est considérée comme une urgence médicale. La prise en charge hospitalière et les examens complémentaires (doppler, IRM, écho-cardiaque) sont remboursés selon les règles habituelles.
Une ALD peut être accordée pour les conséquences vasculaires (AVC, cardiopathie). Les actes ophtalmologiques liés au suivi et la rééducation basse vision suivent leur remboursement propre. Détails sur Ameli.fr.
FAQ
Récupère-t-on la vision après une OACR ?
Rarement complètement. Une récupération partielle est possible dans les premières heures.
Est-ce un signe d’AVC ?
Oui, c’est un équivalent d’AVC. Le risque d’AVC cérébral dans les semaines suivantes est élevé sans prise en charge.
Peut-on avoir une OACR des deux yeux ?
Rarement simultanément, mais une OACR d’un œil peut être suivie d’une atteinte de l’autre, notamment dans la maladie de Horton. D’où l’urgence du traitement.
Quel délai pour consulter ?
Immédiat. Toute baisse brutale et indolore de vision d’un œil = urgence.
Le fond d’œil est-il définitivement anormal ?
Dans les premiers jours oui. Plus tard, l’aspect évolue vers une pâleur papillaire et une atrophie rétinienne.
Ce qu’il faut retenir
- OACR = urgence vasculaire équivalente à un AVC rétinien.
- Baisse de vision brutale, indolore, unilatérale.
- Fond d’œil : rétine blanchâtre, macula rouge cerise.
- Bilan cardiovasculaire immédiat (Horton, carotide, cœur).
- Pronostic visuel souvent réservé ; la priorité est la prévention des récidives vasculaires.
Ressources officielles
- Société Française d’Ophtalmologie — sfo.asso.fr
- HAS — prise en charge des occlusions vasculaires rétiniennes
- Ameli.fr — urgences ophtalmologiques
- Retina France — maladies vasculaires rétiniennes
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