En résumé : la pachymétrie cornéenne mesure l’épaisseur de la cornée en micromètres. La valeur normale centrale se situe autour de 540 à 560 µm. L’examen sert à ajuster la pression intraoculaire mesurée au tonomètre, à dépister un kératocône et à valider une chirurgie réfractive. Il est indolore, dure quelques secondes, et est remboursé à 70 % par l’Assurance Maladie sur prescription médicale.
Colette, 61 ans, traitée pour un glaucome, a passé une pachymétrie lors de son bilan annuel. Sa valeur, 530 µm, a conduit son ophtalmologue à corriger la mesure de pression intraoculaire. Vincent, 36 ans, candidat à un LASIK, a découvert que son épaisseur cornéenne, 510 µm, limitait les options chirurgicales. Dans les deux cas, la pachymétrie a pesé dans la décision médicale.
À quoi sert la pachymétrie ?
La cornée est la lentille transparente qui protège et focalise la lumière à l’avant de l’œil. Son épaisseur influence plusieurs paramètres :
- la mesure de la pression intraoculaire : un tonomètre sous-estime la pression sur une cornée fine et la surestime sur une cornée épaisse.
- la résistance mécanique : une cornée fine est plus vulnérable (ectasies, kératocône).
- la faisabilité d’une chirurgie réfractive : il faut un minimum d’épaisseur pour un LASIK ou une PRK.
- le pronostic du kératocône : l’amincissement progressif fait partie des signes évolutifs.
Les techniques de pachymétrie
Plusieurs méthodes existent, chacune avec ses avantages.
- Pachymétrie ultrasonore : sonde posée sur la cornée anesthésiée. Mesure ponctuelle, précise, au centre et sur quelques points choisis.
- Pachymétrie optique Scheimpflug (Pentacam, Galilei) : cartographie complète sans contact, intégrée à la topographie.
- OCT du segment antérieur : mesure sans contact, haute résolution, utile pour la couche épithéliale.
- Biomicroscopie par lampe à fente : estimation visuelle, moins précise.
En pratique, la pachymétrie par Scheimpflug ou OCT est devenue la référence car elle couvre toute la surface cornéenne.
Valeurs normales et repères
L’épaisseur cornéenne centrale normale se situe entre 520 et 560 micromètres (µm). Des variations existent selon l’âge, l’origine ethnique et la technique de mesure.
- Cornée fine : < 520 µm. Peut modifier la mesure de pression oculaire et compliquer une chirurgie réfractive.
- Cornée moyenne : 520 à 580 µm.
- Cornée épaisse : > 580 µm. Peut majorer artificiellement la pression mesurée.
Les valeurs périphériques sont normalement plus élevées que la valeur centrale. Un amincissement localisé, souvent inférieur, est évocateur de kératocône.
Pachymétrie et glaucome
Dans le glaucome, la pachymétrie corrige la mesure de la pression intraoculaire. Les études ont montré qu’une cornée fine (< 520 µm) constitue un facteur de risque indépendant de progression, identifié dans l’étude OHTS (Ocular Hypertension Treatment Study).
Concrètement, l’ophtalmologue ajuste mentalement ou par algorithme la pression mesurée : la valeur affichée au tonomètre peut sous-estimer la pression réelle sur une cornée fine. Cette correction guide la décision de traiter ou non.
Gaston, 78 ans, suivi pour hypertonie oculaire, a bénéficié d’une pachymétrie qui a révélé une cornée fine : sa pression réelle est plus élevée que la valeur mesurée, ce qui a renforcé l’indication de traitement.
Pachymétrie et kératocône
Dans le kératocône, l’amincissement progressif est un signe de gravité. L’examen recherche :
- un amincissement inférieur (souvent inféro-temporal) ;
- une asymétrie entre la zone centrale et la périphérie ;
- une différence importante entre les deux yeux.
La pachymétrie est répétée chaque année en cas de suspicion ou de kératocône confirmé. Un amincissement progressif peut conduire à proposer un cross-linking cornéen pour stabiliser la maladie.
Pachymétrie et chirurgie réfractive
Avant un LASIK, une PRK ou un SMILE, la pachymétrie est indispensable. Elle permet de vérifier :
- qu’il reste suffisamment d’épaisseur résiduelle après l’ablation laser (minimum 250 à 300 µm selon les écoles) ;
- qu’il n’existe pas de kératocône infraclinique ;
- que la technique choisie est adaptée à l’épaisseur disponible.
En général, un LASIK nécessite au moins 500 µm d’épaisseur pour une myopie modérée. La PRK ménage davantage la cornée et peut être envisagée sur des cornées plus fines.
Déroulement pratique
Pachymétrie ultrasonore
- Instillation d’un collyre anesthésiant (oxybuprocaïne, tétracaïne).
- Appui ponctuel d’une sonde sur la cornée, quelques secondes.
- Mesure affichée en µm.
- Retrait de la sonde, sensation revient en quelques minutes.
Pachymétrie optique
- Installation devant l’appareil, menton sur la mentonnière.
- Acquisition automatique en quelques secondes.
- Cartographie complète affichée sur l’écran.
L’examen est indolore dans les deux cas. Seule la pachymétrie ultrasonore implique un contact, après anesthésie.
Tableau : valeurs indicatives selon la situation
| Situation | Épaisseur centrale | Interprétation |
|---|---|---|
| Normale | 520-560 µm | Moyenne de population |
| Cornée fine | < 520 µm | Facteur de risque glaucome, attention LASIK |
| Cornée épaisse | > 580 µm | Pression mesurée parfois surestimée |
| Kératocône débutant | 470-500 µm | Amincissement inférieur |
| Kératocône avancé | < 450 µm | Surveillance rapprochée |
Précautions
Quelques précautions améliorent la fiabilité :
- Arrêter les lentilles de contact avant l’examen (3 à 7 jours pour les souples, 2 à 4 semaines pour les rigides).
- Signaler une chirurgie cornéenne antérieure (LASIK, greffe) qui modifie les valeurs.
- Mentionner une maladie cornéenne (dystrophie, œdème) susceptible d’altérer les mesures.
- Éviter les frottements insistants, surtout en cas de kératocône.
Pachymétrie et cross-linking
Le cross-linking cornéen est un traitement destiné à stabiliser le kératocône. Il consiste à appliquer de la riboflavine (vitamine B2) associée à des rayons UVA pour renforcer les liaisons du collagène cornéen. La pachymétrie est indispensable avant l’intervention :
- Une cornée inférieure à 400 µm contre-indique en général le cross-linking standard (risque de toxicité endothéliale).
- Des protocoles adaptés (cross-linking transépithélial ou accéléré) peuvent être proposés sur cornée fine.
- Le suivi postopératoire inclut des pachymétries régulières pour vérifier la stabilité.
Les recommandations détaillées figurent dans les publications de la SFO et de la HAS.
Pachymétrie et chirurgie de la cataracte
Avant une chirurgie de la cataracte, la pachymétrie n’est pas systématique mais elle peut être utile :
- en cas de cornée guttata (fins dépôts endothéliaux) pour évaluer la réserve fonctionnelle ;
- chez les patients opérés précédemment d’une chirurgie réfractive pour affiner le calcul d’implant ;
- après une greffe de cornée, pour adapter la stratégie.
Une cornée fine avec dysfonction endothéliale peut orienter vers une technique chirurgicale plus protectrice.
Exemple concret : Gaston et sa pachymétrie de contrôle
Gaston, 78 ans, suit un glaucome chronique depuis dix ans. Sa PIO mesurée au tonomètre à air pulsé oscille autour de 18 mmHg, apparemment dans la norme. Une pachymétrie réalisée lors du bilan annuel révèle une épaisseur cornéenne à 495 µm, soit une cornée fine. Corrigée de cette donnée, la pression réelle serait autour de 22-23 mmHg, donc supérieure à la cible. Son ophtalmologue renforce le traitement : ajustement du collyre hypotonisant et programmation d’un contrôle rapproché. Sans la pachymétrie, la pression « mesurée » serait restée faussement rassurante.
Évolution de l’épaisseur avec l’âge
L’épaisseur cornéenne centrale varie peu au cours de la vie adulte. Une légère diminution (quelques micromètres par décennie) est documentée. En revanche, certaines dystrophies cornéennes (dystrophie de Fuchs) s’accompagnent d’un épaississement progressif lié à un œdème endothélial, parfois visible au réveil. La pachymétrie à différentes heures de la journée peut mettre en évidence ce phénomène.
Remboursement
La pachymétrie est inscrite à la CCAM et remboursée à 70 % par l’Assurance Maladie sur prescription médicale. Dans le cadre d’un bilan de glaucome, de kératocône ou de pathologie cornéenne, le remboursement est acquis. En revanche, la pachymétrie réalisée dans le seul cadre d’une chirurgie réfractive de confort peut rester à la charge du patient.
Pour la cotation précise, Ameli.fr publie la grille CCAM actualisée.
FAQ
La pachymétrie fait-elle mal ?
La version optique est sans contact et totalement indolore. La version ultrasonore demande un collyre anesthésiant, la sensation revient en quelques minutes.
Peut-on faire une pachymétrie chez l’enfant ?
Oui, dès qu’il peut coopérer, en version optique de préférence.
Une cornée fine condamne-t-elle la chirurgie LASIK ?
Pas systématiquement. La PRK, voire le SMILE (selon les cas), peuvent rester possibles. L’avis chirurgical individualisé tranche.
La pachymétrie varie-t-elle dans la journée ?
Oui, légèrement. La cornée est un peu plus épaisse le matin. Les examens répétés se font à heure comparable.
Peut-on se passer de pachymétrie pour un glaucome débutant ?
Elle est fortement recommandée pour interpréter correctement la pression intraoculaire, selon la SFO et la HAS.
Ce qu’il faut retenir
- La pachymétrie mesure l’épaisseur cornéenne en micromètres.
- Valeur normale centrale : 520 à 560 µm.
- Utile dans le glaucome, le kératocône et la chirurgie réfractive.
- Examen indolore, rapide, avec ou sans contact selon la technique.
- Remboursement à 70 % sur indication médicale.
Pour aller plus loin
- Topographie cornéenne : à quoi sert cet examen ?
- Mesure de la pression intraoculaire : tonométrie expliquée
- OCT et glaucome : suivi du nerf optique
- Ameli.fr — Actes ophtalmologiques
- Société Française d’Ophtalmologie — Glaucome et kératocône
- HAS — Recommandations glaucome
Pour aller plus loin :
