En résumé : l’OVCR (Occlusion de la Veine Centrale de la Rétine) est une pathologie vasculaire fréquente, responsable d’une baisse de vision plus progressive que l’OACR, liée à l’obstruction du drainage veineux rétinien. Le fond d’œil montre des hémorragies étendues en « pluie de pétales ». Le bilan recherche des facteurs de risque (hypertension, diabète, glaucome) et la prise en charge repose largement sur les injections intravitréennes d’anti-VEGF.

Michèle, 68 ans, hypertendue, a constaté sur quelques jours une baisse de vision de l’œil gauche, sans douleur. Son ophtalmo diagnostique une OVCR avec œdème maculaire. Un traitement par injections intravitréennes est débuté dans la semaine.

Qu’est-ce qu’une OVCR

La veine centrale de la rétine (VCR) draine tout le sang veineux de la rétine en passant par la papille puis le nerf optique. Son obstruction provoque une stase veineuse responsable d’hémorragies, d’œdème et parfois d’ischémie.

On distingue :

  • OVCR (tronc central) : atteinte de toute la rétine ;
  • OBVCR (occlusion de branche) : atteinte d’un territoire, souvent quadrant supéro-temporal ;
  • OVCR ischémique : forme grave avec large zone de non-perfusion, risque élevé de néovaisseaux ;
  • OVCR œdémateuse (ou bien perfusée) : meilleur pronostic si traitée.

Symptômes

La présentation est moins brutale que l’OACR :

  • baisse de vision subaiguë, sur quelques heures à quelques jours ;
  • vision floue et centrale ;
  • parfois scotome, sensation de voile ;
  • indolore ;
  • unilatérale le plus souvent.

Une OVCR peut passer inaperçue au début si l’autre œil compense. Certaines formes sont découvertes lors d’un bilan de contrôle.

Aspect au fond d’œil

L’examen est très évocateur :

  • hémorragies rétiniennes diffuses en flammèches, réparties dans les quatre quadrants (« pluie de pétales » ou « coulées de sang ») ;
  • veines dilatées et tortueuses ;
  • œdème papillaire fréquent ;
  • œdème maculaire, cause principale de la baisse de vision ;
  • nodules cotonneux (zones d’ischémie) dans les formes ischémiques ;
  • plus tard : néovaisseaux papillaires, rétiniens ou iriens dans les formes ischémiques.

L’angiographie à la fluorescéine précise la perfusion et l’étendue des zones ischémiques. L’OCT maculaire quantifie l’œdème. L’OCT-angiographie détecte les altérations capillaires sans injection.

Facteurs de risque

L’OVCR est typiquement liée à un terrain vasculaire :

  • hypertension artérielle (facteur principal) ;
  • diabète ;
  • hyperlipidémie ;
  • tabagisme ;
  • glaucome chronique (compression de la veine à la sortie de la papille) ;
  • troubles de la coagulation (plus rares), syndrome des antiphospholipides ;
  • contraception estroprogestative chez la femme jeune ;
  • hyperviscosité (myélome, polyglobulie).

Chez le sujet jeune, le bilan cherchera activement une cause moins fréquente.

Bilan devant une OVCR

Le bilan clinique, biologique et parfois cardiovasculaire comprend :

  • tension artérielle (24 h si besoin) ;
  • glycémie, HbA1c ;
  • bilan lipidique ;
  • NFS, plaquettes, CRP ;
  • ionogramme, fonction rénale ;
  • tonométrie et dépistage de glaucome associé ;
  • recherche de thrombophilie chez le sujet jeune ;
  • bilan cardiovasculaire si signe d’appel.

Traitements

Le traitement vise deux objectifs : traiter l’œdème maculaire et prévenir la néovascularisation.

Injections intravitréennes (IVT)

Les anti-VEGF (ranibizumab, aflibercept, bevacizumab hors AMM selon indication) et la dexaméthasone intravitréenne (implant) sont les traitements de référence de l’œdème maculaire post-OVCR. Schéma : injections répétées selon réponse et persistance de l’œdème.

Photocoagulation au laser

Dans les formes ischémiques avec zones étendues de non-perfusion ou néovaisseaux : laser pan-rétinien pour éviter un glaucome néovasculaire.

Contrôle des facteurs de risque

HTA, diabète, cholestérol, tabac : pris en charge au long cours par le médecin traitant et les spécialistes.

Traitement d’un glaucome associé

Hypotonisants, parfois chirurgie.

Les traitements chirurgicaux (vitrectomie, chirurgie de décompression) restent exceptionnels.

Pronostic et évolution

Le pronostic dépend de :

  • la forme (œdémateuse ou ischémique) ;
  • l’ancienneté de l’occlusion ;
  • la réponse au traitement anti-VEGF ;
  • la survenue de complications (glaucome néovasculaire, hémorragie vitréenne).

Une OVCR œdémateuse traitée peut récupérer une acuité utile. Une OVCR ischémique laisse souvent des séquelles. Un suivi au long cours est nécessaire, avec IVT parfois sur plusieurs années.

Denis, 52 ans, a eu une OVCR de l’œil gauche traitée par aflibercept : après 5 injections en 6 mois, son acuité est passée de 2/10 à 7/10, avec un œdème maculaire résolu. Son hypertension, non diagnostiquée, a été équilibrée.

OBVCR : une forme localisée

L’occlusion de branche (OBVCR) touche un territoire rétinien plus limité, le plus souvent le quadrant supéro-temporal. Elle est :

  • souvent mieux tolérée ;
  • associée fréquemment à une hypertension ;
  • traitable par IVT (œdème) et parfois laser focal ;
  • de meilleur pronostic que l’OVCR du tronc.

Un scotome sectoriel persistant est possible malgré un traitement bien conduit.

Remboursement

Les consultations, fonds d’œil, OCT, angiographies et injections intravitréennes sont remboursés par l’Assurance Maladie. L’OVCR peut justifier une ALD (affection de longue durée) selon son retentissement, avec prise en charge à 100 % du tarif de base pour les actes et traitements liés. Les modalités actualisées sont sur Ameli.fr.

FAQ

Une OVCR est-elle aussi grave qu’un AVC ?
Moins brutale que l’OACR, mais elle partage les mêmes facteurs de risque vasculaires. Un bilan cardiovasculaire est recommandé.

Vais-je perdre la vue définitivement ?
Pas nécessairement. Les traitements par IVT permettent souvent de stabiliser ou améliorer l’acuité, surtout dans les formes œdémateuses.

Combien d’injections sont prévues ?
Variable. 5 à 10 la première année, parfois plus selon la réponse. Le schéma est adapté à chaque patient.

Une OVCR bilatérale est-elle possible ?
Rare, mais possible. Elle impose un bilan étiologique approfondi.

Peut-on prévenir une OVCR ?
En contrôlant HTA, diabète, cholestérol et tabac, et en dépistant un glaucome.

Ce qu’il faut retenir

  • OVCR = obstruction veineuse rétinienne, baisse de vision progressive unilatérale.
  • Fond d’œil : hémorragies diffuses, veines tortueuses, œdème maculaire.
  • Facteurs de risque : HTA, diabète, dyslipidémie, tabac, glaucome.
  • Traitement : anti-VEGF en IVT ± corticoïdes ± laser dans les formes ischémiques.
  • Bilan vasculaire et métabolique systématique.

Ressources officielles

  • Société Française d’Ophtalmologie — sfo.asso.fr
  • HAS — prise en charge des occlusions veineuses rétiniennes
  • Ameli.fr — remboursement des IVT
  • Retina France — maladies vasculaires rétiniennes

À lire aussi

  • OACR au fond d’œil : occlusion artérielle centrale de la rétine
  • OCT maculaire : DMLA, œdème, trou maculaire
  • Angiographie rétinienne : principe et indications

Pour aller plus loin :

Expert en problèmes de vue et fatigues des yeux.

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