En résumé : l’anesthésie locale est la règle en chirurgie de la cataracte. Elle repose sur des collyres anesthésiques (topique) ou une injection péri-oculaire. Le protocole comprend préparation, instillation, vérification de l’efficacité et surveillance pendant l’intervention. Le patient reste éveillé, sans douleur, et repart rapidement après l’opération.

Yann, 45 ans, programmé pour une cataracte précoce sur un œil, s’interroge sur la réalité de cette « anesthésie aux gouttes ». Que met-on dans l’œil ? Comment vérifie-t-on que cela fonctionne ? Voici le déroulé type tel qu’il est appliqué dans la majorité des blocs de chirurgie ambulatoire en France.

Pourquoi l’anesthésie locale ?

La chirurgie de la cataracte est courte (15 à 20 minutes), peu invasive, et ne nécessite pas un blocage profond. L’anesthésie locale présente plusieurs avantages :

  • Retour rapide à la vie courante.
  • Pas de jeûne strict systématique.
  • Pas de surveillance anesthésique prolongée.
  • Risque cardiovasculaire minime, compatible avec la plupart des patients âgés.
  • Coopération possible du patient pendant l’intervention.

La SFO considère l’anesthésie topique comme la technique de référence pour les cataractes non compliquées.

Les produits utilisés

Collyres anesthésiques (topique)

  • Tétracaïne 1 % ou oxybuprocaïne 0,4 % : instillés à plusieurs reprises avant l’intervention.
  • Effet en 1 à 2 minutes, durée 10 à 20 minutes.
  • Renouvellement possible en cours d’intervention si besoin.

Injectables (péri-bulbaire, sous-ténonienne)

  • Lidocaïne 2 % ou ropivacaïne, parfois associée à de la hyaluronidase pour une meilleure diffusion.
  • Volume adapté selon la technique (3 à 8 ml).

Sédation associée

  • Midazolam ou alfentanil par voie intraveineuse, à petite dose, pour détendre sans endormir. Optionnel.

Le protocole pas à pas

Étape 1 — Accueil et vérifications

  • Identification du patient et de l’œil à opérer (marquage cutané).
  • Vérification du jeûne si sédation IV.
  • Prise des paramètres vitaux.
  • Pose d’une voie veineuse si sédation prévue.

Étape 2 — Dilatation pupillaire

Instillation répétée de collyres mydriatiques (tropicamide, phényléphrine) 30 à 60 minutes avant l’intervention. Une pupille suffisamment dilatée est indispensable pour accéder au cristallin.

Étape 3 — Anesthésie topique

  • Première instillation de tétracaïne en salle de préparation.
  • Deuxième instillation à l’entrée en bloc.
  • Troisième instillation après désinfection et pose du champ.
  • Test de sensibilité cornéenne avec un écouvillon.

Étape 4 — Désinfection et mise en place

  • Antisepsie cutanée et conjonctivale à la povidone iodée 5 %.
  • Pose d’un champ stérile couvrant le visage hormis l’œil.
  • Mise en place d’un écarteur à paupières.
  • Oxygène nasal de confort.

Étape 5 — Intervention

Le chirurgien procède à la phacoémulsification et à la pose de l’implant. Le patient entend les bruits du phacoémulsificateur, voit des lumières, peut ressentir une sensation de pression. Il est invité à fixer la lumière du microscope et à ne pas bouger l’œil.

Une voix (infirmière, chirurgien) rassure et communique avec le patient. En cas d’inconfort, une instillation supplémentaire de collyre ou une dose de sédation peut être administrée.

Étape 6 — Fin et retour en salle de réveil

  • Ablation du champ, nettoyage de la paupière.
  • Pose d’une coque transparente sur l’œil.
  • Retour en salle de surveillance 30 minutes à 1 heure.
  • Sortie avec les ordonnances et consignes.

Péri-bulbaire et sous-ténonienne : variantes

Lorsque la topique est jugée insuffisante, une injection locale complète l’anesthésie.

Péri-bulbaire

  • Aiguille fine introduite en zone infratemporale à travers la paupière inférieure.
  • Injection de 4 à 8 ml d’anesthésique.
  • Effet en 5 à 10 minutes : œil immobile, paupière fermée.

Sous-ténonienne

  • Petite incision conjonctivale après anesthésie topique.
  • Canule mousse glissée sous la capsule de Tenon.
  • Injection de 2 à 4 ml d’anesthésique.
  • Efficacité comparable à la péri-bulbaire, avec moins de risques liés à l’aiguille.

Surveillance peropératoire

Pendant toute l’intervention :

  • Monitoring cardiaque et oxymétrie de pouls.
  • Mesure intermittente de la pression artérielle.
  • Dialogue avec le patient pour vérifier le confort.
  • Possibilité d’ajouter une sédation ou de stopper un instant si besoin.

Suites immédiates

  • Après topique : reprise immédiate des activités courantes, lecture possible le soir même avec une vision encore un peu floue.
  • Après péri-bulbaire/sous-ténonienne : paupière tombante et vision double transitoires pendant 3 à 6 heures.
  • Collyres antibiotique et anti-inflammatoire à démarrer selon l’ordonnance.

Contre-indications et précautions

L’anesthésie locale est largement accessible. Quelques situations demandent discussion :

  • Allergie connue à un anesthésique local (rare).
  • Anticoagulants à dose curative : plutôt privilégier la topique.
  • Difficulté à rester allongé et immobile : prévoir sédation ou anesthésie générale.
  • Troubles cognitifs sévères : anesthésie générale préférée.

Ce qu’il faut retenir

  • L’anesthésie locale est le standard pour la chirurgie de la cataracte.
  • La topique (collyres) suffit dans la grande majorité des cas.
  • La péri-bulbaire ou la sous-ténonienne complètent pour les situations complexes.
  • Une sédation légère peut accompagner sans remplacer l’anesthésie locale.
  • Le patient reste éveillé, non douloureux, et sort rapidement de l’hôpital.

FAQ

Est-ce que je sentirai quelque chose ?
Pas de douleur. Une pression, un picotement ou une sensation de liquide peuvent être perçus.

Combien de temps avant que l’effet disparaisse ?
L’anesthésie topique cesse en 15 à 30 minutes après l’intervention. Une péri-bulbaire persiste 2 à 6 heures.

Puis-je demander une sédation ?
Oui, si l’anxiété est importante. L’anesthésiste adapte la dose.

Faut-il être à jeun ?
Pas systématiquement pour une topique simple. Obligatoire si sédation IV significative ou anesthésie générale.

Peut-on rentrer seul chez soi ?
Non, un accompagnant est nécessaire, surtout après péri-bulbaire ou sédation.

Ressources officielles

Voir aussi : quelle anesthésie choisir, anesthésie générale : indications, déroulement pas à pas, précautions post-opératoires.


Pour aller plus loin :

Expert en problèmes de vue et fatigues des yeux.

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